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POURQUOI CE BLOG



L'objet de ce site est de baliser par quelques souvenirs éloquents l'histoire récente et de faire contribuer ces expériences, par des commentaires d'actualité, à éclairer et choisir les changements, en s'interrogeant sur les propositions des politiques et les analyses des essaiystes. Par ailleurs, à côté des problèmes de société (parfois traités de manière si impertinente que la rubrique "hors des clous"a été conçue pour les accueillir), place a été faite à "l'évasion" avec des incursions dans la peinture, le tourisme, la littérature,  des chansons, ce qui constitue aussi des aperçus sur l'histoire vécue.

 

Identité de l’auteur
vous pouvez lui écrire à <gerard.belorgey@wanadoo.fr>


Né en 1933, appartenant à la génération dont l'enfance a été marquée par la deuxième guerre mondiale, l'occupation et la Résistance, l'adolescence par la Libération, la guerre froide, puis par de clairvoyants engagements pour les décolonisations, l'auteur a ensuite partagé sa vie professionnelle entre le service public (il a notamment été préfet, délégué à l’emploi, directeur des affaires économiques de l’outre-mer, président de la chaîne de radio-télévision, RFO), l'enseignement et la publication d’ouvrages de sciences politiques (il est aujourd’hui membre du comité de rédaction et
collaborateur régulier de la "Revue Politique et Parlementaire"). Il a également assumé des missions dans de grandes entreprises en restructuration (Boussac, Usinor/Sacilor), puis a été conseil d’organismes professionnels.


Alors que ses condisciples ont été en particulier Michel Rocard et Jacques Chirac (il a partagé la jeunesse militante du premier dans les années cinquante et fait entrer le second à Matignon dans les années 60, avant d'être son premier collaborateur à l’Emploi, pour la négociation de Grenelle et au secrétariat d’Etat aux Finances, il n'a suivi ni l'un, ni l'autre dans leurs itinéraires. En effet, dans le domaine politique, comme il ressort de ses publications (cf. infra), Gérard Bélorgey n’a rallié ni la vulgate de la Veme république sur les bienfaits de l’alternance entre partis dominants, ni les tenants du catéchisme du libre-échange mondial. Il ne se résigne donc pas à TINA ("there is no alternative" au libéralisme). Tout en reconnaissant les apports autant que les limites de ceux qui ont été aux affaires et avec lesquels il a travaillé, il ne se résigne pas non plus à trouver satisfaction dans tel ou tel programme de camp. Mesurant combien notre société multiculturelle, injuste et caricaturalement mondialisée, souffre aussi bien des impasses de l’angélisme que des progrès de l’inégalité et des dangers de l’autoritarisme, il voudrait contribuer à un réalisme sans démagogie.

Partie de ses archives est déposée dans les Fonds d'Histoire contemporaine de la Fondation des Sciences Poltiques (http://centre-histoire.sciences-po.fr/archives/index.html)

Il a écrit et existé sous d'autres noms que celui sous lequel il a signé des ouvrages fondamentaux que furent "le gouvernement et l'administration de la France" ( 1967), "la France décentralisée" ( 1984), "Les Dom-Tom" (1994)  : le peuso de Serge Adour correspond à l'époque de la guerre d'Algérie et à une grande série de papiers dans Le Monde en  1957 , celui d'Olivier Memling à l'écriture du recueil de poèmes "Sablier " (couronné en 1980 par l'Académie Française et référé  dans l'histoire littéraire du XXeme Siècle de Hachette) et aux chansons qui en sont issues, celui de  Gérard Olivier à son analyse dans de  grands quotidiens de la décentralisation en 1981/82; celui de Solon  (malheureusement partagée par erreur avec d'autres auteurs) à la publication en 1988 de "la démocratie absolue" . Cessant de vivre un peu masqué, il retrouve son nom en 1998 pour "Trois Illusions qui nous gouvernent", puis à compter de 2000 pour "Bulles d'Histoire et autres contes vrais " (série de coups de projecteurs sur notre monde  qui seront souvent repris ci-dessous), ainsi que pour de  nombreux articles dans  diverses revues. En 2009, son récit "la course de printemps" revient sur la guerre d'Algérie.

Le problème des retraites est clair et soluble. Mais sa solution est compromise

- évidemment  par le libre échange commercial obligeant à écarter, de manière à ménager notre "compétivité"  une part raisonnable  d'augmentation des cotisations (ce qui serait très loin de suffire) 

- ensuite - et en acceptant  le cadre actuel  de la contrainte concurrentielle mondiale  pour traiter de la question telle qu'elle se pose aujourd'hui  - par l'affrontement des postures politiciennes.

 

Ce qu'affichent pour le moins comme objectif tous les partenaires de ce débat est de maintenir le niveau des retraites, et même si leurs préconisations combinées pouvaient conduire le régime à une perspective d'équilibre, il est évident

- d'une part que ce ne peut être garanti avant d'être validé par la réalité tant des situations diverses seront en jeu unies à l'évolution aléatoire des paramètres nationaux (croissance, inflation, emploi);

- d'autre part que le prix d'achat de cet équilibre sera forcément   une augmentation des contributions ( par allongement du temps de travail)  et des charges  ( par ressources fiscales complémentaires indispensables ) qui pèseront sur  les (jeunes) classes cotisantes   (inévitable traduction de la pression sur nos  niveaux de vie de la mondialisation sauvage).

 

Sous ces réserves devant bien établir que - toutes choses égales par ailleurs - il ne peut y avoir de miracle, revenons aux quatre paramètres  :  

- le niveau des retraites affiché:  intouchable et dont personne ne peut jouer encore que certains savent pertinemment que l'on peut escompter une certaine érosion;

- les cotisations : une flexibilité très limitée à la hausse à raison du coût du travail; mais  alors que présentement ces trois questions n'ont pas été clairement abordées

             * au moins l'alignement des cotisations des fonctionnaires (puisque ce n'est pas le secteur marchand), sur le niveau privé, ce qui va peser sur leurs revenus et/ou  sur les finances publiques ( une part alors  de simple transfert compable de déficit)  

                * des hypothèses de transfert de cotisations entre régimes complémentaires et régimes de base au bénéfice de ce dernier, ce qui en fait aboutirait en diminuant les complémentaires à diminuer le niveau de vie des retraités

                * des hypothèses de cotisations sur les retraités eux-mêmes qui aboutiraient à la même chose, mais qu'une part des actifs verraient d'un bon oeil et qu'une part des retraités pourraient accepter (?) s'il s'agissait du seul financement de la couverture de la dépéndance.

 

En fait les deux  paramètres  essentiels semblent  bien

 - les  mesures  "démographiques" (décalage de l'âge légal, augmentation des durées de cotisations), traduisant la réalité d'une dégradation fantastique du nombre d'actifs par rapport au nombre de retraités. Voilà ce qui rend, hors de l'appel, à cette partie de solution, le problème évidemment insoluble. Et c'est là où le gouvernement à raison de conduire un effort pédagogique vis à vis des Français, dès lors qu'il garantit que les pénibilités (il faudrait y ajouter bien clairement des  distorsions de carrière, comme entre homme et femme, temps complet et partiel, etc. )-  seront prises en compte pour moduler les durées de cotisations;  

l'affectation de nouvelles recettes hors augmentation des cotisations existantes, ce qui pose la question de savoir quelles ressources  et à charge de qui.

Chacun étant dans sa posture respective... 

- le gouvernement privilégie  les mesures démographiques en restant flou sur les compléments de recettes  ( qui seraient toutefois hors bouclier fiscal, mais dont on peut craindre que la mise au point pourrait être  dissociée du volet mesures d'âge pour ne venir qu'en tant que de besoin abonder le "fonds de réserve" créé par la gauche qui redoute son pillage )  

-  l'opposition de gauche  campe - avec un réel et regrettable déni de réalité et l'obligation de bémols pratiques -  sur le principe de l'âge légal de 60 ans et trouve - intelligemment au demeurant -  des recettes ailleurs que dans l'augmentation des cotisations qui n'est préconisée que de manière modérée, puisque le PS ( malgré les idées de protection commerciale  par des  "écluses sociales et environnementales" présentes dans son projet ) se soumet lui aussi à l'Europe et à  la concurrence non faussée du "libre échange" .  

 

Or il est patent - comme l'a rappelé le bon arbitre du débat  "A vous de juger" du 20 mai sur F2 que fut l'économiste Daniel Cohen que   des mesures démographiques sévères ne pourraient financer à l'horizon 2030 que la moitié du besoin, l'autre moitié devant avoir été  couvert par d'autres produits. L'échange  devenant technique  sur les questions fiscales, celles-ci furent  obligatoirement vite exclues comme hors sujet par l'animatrice. Mais il apparu  schématiquement que la solution moitié/moitié était parfaitement concevable.    Et  c'est bien pourquoi, la présidente de la CNAV présente à ce débat et exprimant  à la fois le bon sens et, sans doute l'opinion de beaucoup,  a pu appeler à une solution mixte combinant les deux approches pour sauvegarder les retraites des Français. Cela a été une bonne leçon pour les politiques qui ont été dépassés  ( le ministre en charge du dossier et le porte parole du PS), parce qu'ils  confrontaient moins dans ce débat des solutions élaborées  que des plate formes électorales,

 

Hors sujet était sans doute hélas aussi l'emploi,  car on en parla guère, malgré sa prise en compte macro économique par Cohen et l'observation d'ouverture de B. Hamon selon  lequel il ne servait à rien de repousser l'âge de la retraite si les salariés ne parvenaient pas à être employés jusqu'à cet âge là .    Malheureusement ceci n'a pas été développé sans doute parce qu'on eut débouché sur les moyens d'un meilleur emploi et que si B. Hamon est à titre personnel convaincu de nécessaires protections commerciales, le porte parole qu'il était ne pouvait s'engager sur ce terrain non consensuel  entre socialistes .

 

Or, sans un meilleur emploi,  la solution mixte  - bien que ce soit la seule raisonnable - reste purement théorique. Lorsque les cotisations retraites devront être payées des années de plus par le régime d'assurance chômage à la place des salariés sans emploi, le résultat comptable  sera de transférer du  déficit du "régime retraite" sur le "régime chômage" et le résultat réel sera la dégradation des retraites, parce que  - quoiqu'on leur demande - il n'y aura pas assez d'actifs employés. 

 

La leçon du problème des retraites dépasse celle qu'ont reçue dans ce débat les politiques : l'absurdité de positions fermées ( ce que semble avoir bien compris, à titre personnel,  Woerth )  . Elle est que la gestion de la France doit se débarrasser du poids malsain de certains héritages. A gauche, on doit se débarrasser de l'héritage MItterrand qui a apporté  trois boulets lourds à porter : une Europe intégrée au plan commercial et monétaire, mais non harmonisée aux plans fiscal et économique;  la retraite à soixante ans, comme un principe de vie et, dans sa filiation,  l'erreur des 35 heures consistant à partager l'insuffisance de travail alors qu''il fallait trouver les moyens de garantir des activités.  A droite, on doit se débarrasser  de l'héritage de ceux qui n'ont "rien appris et tout oublié" :  en se fondant sur l'injustice fiscale pour être le moteur d'une société dont le carburant  est l'inégalité, en attendant de l'absence de protections commerciales que la concurrence internationale  soit le rouleau compresseur des progrès sociaux.       

 

Si les meilleurs éléments de la gauche et de la droite savaient se débarrasser de ces héritages, il s'ouvrirait plus,  peut-être, que des convergences techniques dont nous sommes d'ailleurs bien loin : des facultés de rassemblement pour en finir avec la meurtrière bipolarisation de ce pays. Il faudrait encore qu'en même temps, aux alternances politiques sans véritable alternance stratégique - et donc trouvant très vite leurs limites  en matière de faculté  sociale protectrice, comme l'a bien montré la contribution de DSK à  l'émission précitée  -  se substitue une conception de l'économie française vraiment délivrée, par autre chose que des régulations ponctuelles ou conjoncturelles,  des excès  redoutables  du libre échange. 

 

 

 
Vendredi 21 mai 2010 5 21 /05 /2010 12:25
- Par * - Publié dans : politique éco et emploi
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Il faut relayer cette analyse parfaitement conduite de H. El Karaoui et E. Todd :


L'Europe, la burqa et la crise

Tribune de Hakim El Karoui, banquier d'affaires et essayiste, et Emmanuel Todd, historien et démographe, parue dans le quotidien La Tribune, mardi 11 mai 2010.

 

L'Europe doute et cherche des boucs émissaires. Le vrai problème, c'est la crise économique et l'Europe n'a pas de modèle de sortie de crise. Ce qui nous attend, c'est une récession sans fin. Il est temps de nous attaquer à l'atonie de notre demande intérieure et de promouvoir une régulation continentale des échanges commerciaux par un protectionnisme européen raisonnable.
Une nouvelle forme de xénophobie politique - diverse mais constante dans son orientation Nord-Sud - ravage l'Europe. Les politiciens flamands ne veulent plus des Wallons, ces pauvres du Sud. Le gouvernement français se passionne tout d'un coup pour la burqa et la polygamie, problèmes statistiquement marginaux, et tente d'activer le ressentiment contre des Français venus du Sud. Les hommes politiques de l'Europe du Nord, conservateurs allemands en tête, nous proposent de rejeter hors de la zone euro, ou de mettre en tutelle financière, des Européens du Sud - Grecs, Portugais, ou Espagnols ou Italiens - s'ils ne se tiennent pas bien : "pourquoi soutenir des "Pigs" en qui on ne peut avoir confiance, ces pays du "Club Med" qui n'auraient peut-être jamais dû rentrer dans l'euro ?" C'est la question posée à Londres, c'est la question posée à Francfort.

Pour le moment, les peuples ne suivent pas. La France a déjà montré, lors des élections régionales, qu'elle n'était guère sensible à la question de l'identité nationale. Mais l'obstination de son gouvernement à activer les thématiques ethniques, le passage instantané de l'identité nationale à la burqa et à la polygamie conduit à une nouvelle inquiétude. Nos gouvernants sont-ils à ce point égarés qu'ils cherchent à se rassurer eux-mêmes en traquant une inexistante menace religieuse ? Que de temps perdu ! La division, la recherche du bouc émissaire, la xénophobie disent l'incertitude française, l'incertitude européenne. Déchirons-nous, trouvons des responsables, identifions-les ethniquement, persuadons-nous qu'ils sont fondamentalement différents de nous, et surtout, surtout, évitons de parler du vrai problème.

Le vrai problème, c'est la crise économique qui n'est pas qu'une crise financière ou une crise des finances publiques. Le vrai problème, les marchés l'ont bien vu, est simple : l'Europe n'a pas de modèle de sortie de crise ; l'Europe n'a pas de perspective de reprise de croissance forte. Suprême paradoxe, les marchés, ce marché, qui a conquis les élites françaises depuis trente ans, se retourne contre l'autre totem national, l'Europe. Les marchés contre l'Europe : ce n'était pas prévu. Et ça fait mal.

Revenons en arrière, à la panique financière de septembre 2008. La crise ne résulte pas de la seule folie des banquiers comme veulent nous le faire croire ceux qui ne veulent rien changer à l'organisation économique ; l'origine immédiate de la crise, c'est l'accumulation d'une montagne de dettes, publiques ou privées suivant les pays. Cette dette était destinée à compenser la stagnation des salaires des classes moyennes et des milieux populaires dans les pays développés, stagnation qui était et reste la conséquence de l'ouverture brutale des échanges commerciaux avec les pays émergents.

L'ouverture totale des échanges avec des pays bénéficiant de salaires faibles et d'une productivité moyenne qui augmente beaucoup plus vite qu'en Europe tire inlassablement vers le bas les salaires européens. Comme la recherche de rentabilité du capital est toujours forte, cette situation encourage les entreprises à aller là où se trouve la croissance, à compresser les salaires pour augmenter leurs marges et à déprimer durablement l'économie du continent. Là est la cause profonde de la crise, son non-dit, qui apparaît aujourd'hui brutalement dans son expression financière, véritable retour du refoulé.

La crise de la demande est aggravée par une gestion égoïste, nationale, ou devrait-on dire ethnique plutôt qu'européenne, de l'économie allemande. L'Allemagne a fait le choix d'un modèle économique entièrement tourné vers l'exportation - avec une consommation intérieure faible, des gains de productivité et de compétitivité et, depuis dix ans, une réforme drastique de son modèle social - pour accroître ses chances dans la mondialisation. Cette réforme s'est faite dans un esprit non européen, peut-être post-européen : l'aire d'influence de l'Allemagne, dans l'esprit de ses dirigeants, ce n'est plus l'Europe, c'est le monde.

Alors tant pis si les réformes structurelles font chuter la demande allemande pour les produits européens. Et tant pis, ou plutôt tant mieux, si les entreprises allemandes gagnent des parts de marché hors d'Europe sur d'autres entreprises européennes. Cela n'améliore pas la balance des paiements européenne mais cela améliore la situation allemande. Chacun pour soi. Nous retrouvons dans la gestion même des économies européennes ce problème latent de l'identité nationale, mais sous une forme non fantasmatique cette fois, avec des conséquences réelles pour le niveau de vie des peuples.

Ce qui nous attend est assez facilement prévisible et les marchés l'ont bien vu : le coup d'arrêt programmé à l'endettement met en lumière la faible capacité de croissance de la plupart des économies européennes dont le moteur interne est grippé. Celles-ci subissent de plein fouet la désindustrialisation (France), un effort d'innovation insuffisant (Espagne, Portugal, Grèce), des gains de productivité faibles (France et tous les pays du Sud), les conséquences d'une bulle immobilière (Espagne, Irlande), une dette publique déjà immense (Italie), le sous-investissement (tous), la Grèce cumulant tous ces problèmes. Qui dit croissance faible dit hausse des déficits publics. Mais si au nom de la lutte contre les déficits publics, on coupe dans les dépenses de l'Etat, on arrête l'un des principaux moteurs de la croissance et on ramène la stagnation. Ce qui attend l'Europe aujourd'hui, c'est une récession non pas longue, mais sans fin.

La discipline budgétaire publique n'est donc pas la réponse parce que nous ne sommes pas sortis de la crise. La possibilité de s'endetter à un niveau européen ou la création d'un fonds de garantie ne sont pas non plus une solution : une dette continentale plutôt que nationale ne serait qu'un subterfuge de plus pour fuir la réalité. Nous devons nous attaquer à la vraie cause : l'atonie de la demande intérieure européenne, un temps masquée par l'endettement public et privé. La maîtrise budgétaire ne sera pas la réponse à la crise. Elle l'aggravera.

Tant que les gouvernements européens n'auront pas trouvé le moyen de relancer les salaires, ils seront contraints de trouver dans des thématiques ethniques, dans la xénophobie, la justification de leur existence. Chacune des aggravations de la situation économique nous promet donc une accentuation de la politique du ressentiment.

Il est en vérité une solution fort simple et simultanée à nos maux économiques et à la xénophobie, qui ne demanderait qu'un peu de lucidité politique et beaucoup de travail gouvernemental. Une régulation continentale des échanges commerciaux par un protectionnisme européen raisonnable (il ne s'agit pas d'autarcie !) permettrait la hausse des salaires et de la demande, et la résorption des dettes. Elle serait fondée sur des critères économiques, sociaux, environnementaux et ne serait d'ailleurs qu'une réponse normale à des pays comme la Chine qui pratique, quant à elle, un protectionnisme agressif, que nous tolérons bêtement et lâchement pour ne pas nous fermer les portes de son marché, volontairement comprimé par le contrôle des salaires et la sous-évaluation de la monnaie.

L'Allemagne a encore trop besoin de nous pour prendre à la légère une telle proposition. Ses échanges avec l'Europe représentent encore en effet plus de 63% de son commerce extérieur (dont 43% vers la zone euro et 7% vers le Royaume-Uni). Ses dirigeants politiques et économiques ne peuvent pas croire qu'elle continuera de prospérer si les autres pays du continent se mettent à l'imiter dans sa politique de compression des salaires, de réduction des déficits publics ou de faillite programmée. Quand elle se présente en victime de la folie dépensière des économies faibles, l'Allemagne est soit aveugle aux avantages qu'elle en tire en termes de demande, soit hypocrite. L'Allemagne a, comme les autres, besoin de la demande intérieure européenne. Un tel projet ne peut mener dans un premier temps qu'à un dialogue ferme avec les dirigeants chinois. Mais, il ne serait en rien tourné contre le peuple chinois qui bénéficierait rapidement et inévitablement d'une réorientation de la croissance de son pays vers le marché intérieur.

Nous devons comprendre que la lutte pour l'équilibre économique et la lutte contre la xénophobie sont désormais étroitement liées. Seule la définition d'un horizon économique décent nous permettra d'échapper à la généralisation d'une politique du ressentiment tournée contre les plus faibles de nos pays, enfants et petits-enfants d'immigrés. Seule une conception égalitaire des rapports entre les peuples européens permettra de trouver une solution à la crise économique. Seul un monde économique réorganisé selon le principe d'un protectionnisme coopératif, assurant une croissance par les demandes intérieures plutôt que par la recherche de débouchés extérieurs et par le désir d'écraser la concurrence, permettra une bonne entente entre les peuples.

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Mercredi 12 mai 2010 3 12 /05 /2010 09:19
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : politique éco et emploi - Ecrire un commentaire
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Chacun est pertinent à sa manière :

- il y a déjà quelque temps sortaient les souvenirs du Ministre Yves Jego qui eut à gérer la crise de la Guadeloupe et qui, en fait, ne s'en est pas mal sorti

- voici que Roger Anglo, sympathique infatigable animateur de l'Unom sort le sien , "Martinique,  Guyane,  Gaudeloupe : les raisons de la colère... les conditions du changement".

Ces textes ont en commun d'appeler à plus de responsabilité locale et au développment endogène pour libérer les DOM de l'économie de comptoir. Leurs auteurs qui appartiennent à la majorité présidentielle sont certainement des gens de qualité. Mais cette appartenance à une idélogie libérale  les musèlent sans doute :  ils ne peuvent aller jusqu'à proposer que les DOM bénéficient d'une protection  par des droits d'entrée permettant une économie locale réelle mise  à l'abri des assauts  du négoce mondial qui y stérilise l'emploi  Les clefs sont simples. il faut avoir la liberté de les trouver. 

Dimanche 9 mai 2010 7 09 /05 /2010 17:01
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : outre-mer
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Tout ce que les dévots et profiteurs de l'Europe, du libre échange et de la rigueur sociale voudraient cacher est bien révélé par la crise grecque et ses contagions.


- c'est la libre circulation des capitaux en même temps que la concurrence sur les biens et services par les prix qui a conduit à la ruine grecque, comme à la grande crise dont nous avons toujours bien montré qu'elle était dans le produit  logique inévitable du système économique mondial


- le traitement de cette crise par des injections de liquidés d'État relayant les injections spéculatives des systèmes bancaires est une erreur complète qui a paru revenir au progrès du keynésianisme, alors que les techniques du keynésianisme sont inutilisables en économie ouverte et, pire, perverses


- leur contre-coup est de conduire aux endettements insupportables qu'il est impossible de gérer par les moyens qui furent traditionnels de la dévaluation, du contrôle des changes et des protections commerciales


- ainsi, les pays piégés ne peuvent sortir de leurs abîmes que par la recherche de liquidités qui ne leur donneront pas la solvabilité parce que celle-ci ne pourrait s'acquérir que par un rebond des économies nationales

 

-rebond qu'exclut l'attaque à la hache, selon les diktats de l'UE et du FMI  de la demande par les réductions de pouvoir d'achat des populations prisonnières de l'Europe


-  Il faudrait une dévaluation européenne qui, ne pouvant provenir   d'une décision politique,  est assurée par le jeu du marché et qui pourrait d'ailleurs conduire un pays comme l'Allemagne à choisir lui de sortir de l'euro 

 

- en fait, faute d'une dose sérieuse de protectionnisme et de contrôle des mouvments de capitaux,  la dépréciation de la monnaie européenne  devrait aller très loin pour compenser par elle-même la mise en compétition des pays "normaux" avec les économies prédatrices des pays à  monnaie faible et à niveaux sociaux inadmissibles

 

Le résultat , d'affrontements entre nantis et victimes,  est bien aujourd'hui comme l'exprime, pour une fois  avec pertinence "Alternatives Économiques" qui est bien obligée de voir qu'il n'y a que les régressions sociales comme système d'équilibre de l'Europe libre-échangiste ( et c'est pourquoi tous les gouvernements droitiers y sont attachés) que "   Les Etats, qui ont sauvé la finance d'elle-même il y a quelques mois, se retrouvent accusés de mauvaise gestion par les agences de notation. Et les marchés profitent de la crise qu'ils ont provoquée pour s'attaquer à la protection sociale… ".

 

Mais tout cela n'est que descriptif des enchaînements libéraux. Les remèdes sont à trouver dans l'analyse que nous venons de publier de Jacques Sapir.

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Vendredi 7 mai 2010 5 07 /05 /2010 18:06
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : actualité - Ecrire un commentaire
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inv
:: 
30/04/10 :: 17:57

Je reproduis ci dessous ce texte partciulièrement clairvoyant

de Jacques Sapir



 
Cette fois, nous y sommes ; la crise grecque déborde des frontières comme c’était prévisible, et avait été prévu depuis septembre 2009.


Les problèmes de la Grèce sont en effet connus depuis septembre 2009 (et même avant) par le grand public. Il était évident qu’un effet de contagion se manifesterait. Tout ceci a été indiqué à plusieurs reprises. Désormais, on peut craindre qu’il ne soit trop tard pour réagir et sauver l’Euro.


La zone Euro est bien entrée en crise avec le transfert de la spéculation sur le Portugal (en raison de la baisse de sa note), et les problèmes qui commencent à monter sur l’Espagne et l’Italie en raison des difficultés que ces pays rencontrent pour placer leur dette à moyen et long terme. Ce ne sont pas ici les articles lénifiants, comme celui de Mme Nathalie van Ypersele dans TRENDS, ou les ronflantes déclarations de M. Barroso (1) , qui y changeront quelque chose (2).


Les difficultés (pour ne pas dire plus) des pays de la Zone Euro à réagir à ce qui aurait pu n’être au départ qu’une crise localisée, la mauvaise volonté allemande à jouer le jeu de la solidarité ont été des éléments clefs dans le déclenchement de cette crise. Mais, sur le fond, c’est bien le principe même de la zone Euro qui est en cause, soit la tentative d’imposer une règle monétaire unique à des pays dont les économies sont profondément différentes et le tout sans mécanisme institutionnel de solidarité.



Cette crise va prendre la forme d’une succession d’attaques spéculatives contre divers pays. Tant que l’on ne décrètera pas un contrôle sur les mouvements des capitaux à court terme, les capacités à résister à de telles attaques sont des plus limitées. La crise va donc empirer, et connaîtra une accélération brutale avec soit la sortie de la Grèce de la zone Euro, soit l’annonce d’un défaut sur sa dette, soit les deux.



Une décision rapide s’impose, et elle risque de s’avérer très coûteuse.


Le plan d’aide à la Grèce prévoyait 45 milliards d’Euros. Aujourd’hui, on parle d’un montant de 55 à 75 milliards d’Euros (4). Derrière cette somme se profilent des montants encore plus énormes. On parle ainsi de 600 milliards d’euros pour faire face à une crise qui déborderait de la Grèce et toucherait les autres pays que l’on a cités.


Il est clair que la crise s’accélère désormais de jour en jour. Lors d’un séminaire à Caracas, en novembre 2008, j’avais qualifié cette crise de « virus mutant ». Jamais le terme n’a été aussi justifié.


Faut-il sortir de la zone euro?


La question a été posée pour la Grèce par plusieurs responsables conservateurs allemands dont Hans-Peter Friederich (CDU-CSU), et elle est reprise par le Bild et le Spiegel.


Si l’on voit clairement pointer l’égoïsme allemand dans ces déclarations, il n’en est pas moins vrai qu’elles décrivent ce qui est très probablement la meilleure des solutions pour Athènes. Une sortie de la zone Euro accompagnée d’une forte dévaluation (30% au minimum) ET d’un défaut partiel sur sa dette publique sont très certainement les conditions d’un retour de la Grèce à la croissance.



Mais, le problème de la zone Euro reste entier.


Il faut ici rappeler que la zone Euro est très intéressante pour l’Allemagne dans la mesure où elle lui ouvre un vaste marché sur lequel elle peut accumuler les excédents commerciaux sans qu’elle ne soit menacée de dévaluations compétitives en retour. Ceci implique, néanmoins, que l’Allemagne n’abuse pas de sa position et ne mette ses principaux partenaires dans une situation intenable.


C’est pourtant très exactement ce que l’Allemagne a fait, en transférant une bonne partie des charges patronales vers l’impôt. Elle a dans le même geste diminué les charges de ses entreprises, leur permettant de baisser les prix, et diminué sa demande intérieure privant ainsi ses partenaires d’une partie de son marché potentiel. Ceci a été l’équivalent d’une dévaluation de 10% de la part de l’Allemagne.


Les conséquences ont été un accroissement brutal du déficit commercial des pays de la zone Euro.
Dans ces conditions, le refus, à peine déguisé, de l’Allemagne de participer à une aide collective en faveur de la Grèce, les conditions qu’elle y met, apparaissent bien comme des incohérences. La seule explication possible est que l’Allemagne ne croit pas en une sortie massive de ses partenaires hors de la zone Euro. Mais, est-ce un bon calcul ?


On a beaucoup glosé sur les avantages, réels et supposés, de la monnaie unique. Si l’on met de côté la réduction des coûts de transaction liés au change (mais qui seraient réduits tout aussi bien par un système de taux de changes fixes révisables annuellement), le seul avantage réel de la monnaie unique a été la baisse des taux d’intérêts. Il est vrai que si l’on compare les taux sur les emprunts publics à 10 ans, le taux allemand est de 3,04% alors que le taux français est de 3,32% soit un écart (spread) de 28 points. On remarquera cependant que le taux de l’Italie est à 4,12% (un spread de 108 point) alors que le taux de la Grande-Bretagne n’est que de 3,93%.


Si la convergence des taux a bien été une réalité jusqu’en 2007, il n’en va plus de même aujourd’hui. Ici encore, il convient de remarquer que l’on pourrait facilement dissocier les taux d’intérêts par un système de contrôle strict sur les capitaux, accompagné par le retour d’un montant obligatoire de bons du Trésor que les banques commerciales devraient détenir. Un tel système créerait artificiellement un « appétit » pour les titres publics, qui pourraient être, provisoirement, escomptés par la Banque Centrale du pays considéré. Le taux d’escompte de la Banque Centrale redeviendrait ainsi le taux directeur pour ce pays.


En fait, l’Euro ne s’est imposé comme un choix logique que dans la mesure où nous sommes entrés dans une situation de liberté totale des capitaux. Or, rien ne l’impose à la France et aux pays du noyau historique de l’Europe, si ce n’est bien évidemment les profits des banques.


Si l’Allemagne se montrait par trop inflexible sur sa politique monétaire, une sortie de l’Euro devrait alors être envisagée. Il est clair, compte tenu de l’importance des échanges entre la France et l’Allemagne, qu’une dévaluation de la France de 20% à 25% aurait des conséquences catastrophiques sur l’économie allemande.


Ceci ne signifie pas qu’une telle sortie soit simple et facile. Elle devrait s’accompagner de mesures structurelles importantes quant au contrôle des capitaux et au contrôle des changes. Un défaut, au moins partiel sur la dette publique, s’imposerait aussi. Le statut de la Banque de France devrait, bien entendu, être modifié. Mais, dans le cadre d’une politique qui reconstituerait un pôle public du crédit et qui ferait le choix de l’industrie contre les banques, cette politique aurait une cohérence.



Le réel problème est celui de la dynamique qui serait créée par les anticipations des marchés. Que nous fassions publiquement état de cette possibilité et les conditions de refinancement de la France dans la zone Euro se détérioreraient rapidement, rendant alors inévitable notre sortie. Mais, tant que cette menace est tenue secrète, peut-elle être prise au sérieux par l’Allemagne ? La liste est longue des abandons consentis par notre pays au nom du « binôme Franco-Allemand ». Mais pour qu’un tel « binôme » existe, il faut être deux.


L’heure des choix a sonné pour la France. Soit elle sera contrainte par la crise, et devenue objet et non sujet de sa propre histoire elle assistera impuissante aux évolutions monétaires et économiques, soit elle décidera de faire de malheur vertu. La crise de la zone Euro, on l’a dit, est inévitable. Au lieu d’être le jouet des événements il convient de les convoquer et de les organiser au profit d’une autre politique. Peut-être que l’Allemagne, mise ainsi au pied du mur, se rendra compte des désastres que sa politique a provoqués. Une réforme radicale, à la dernière heure, de la zone Euro n’est pas complètement impossible. Mais, si l’Allemagne s’entête dans l’autisme au moins aurons-nous une porte de sortie viable.


Ces choix, cependant, ne semblent pas pouvoir être portés par l’équipe au pouvoir, et probablement pas par une partie de l’opposition. Il nous faut en France une nouvelle alliance.
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(1) La dernière en date est du 28 avril depuis Tokyo…

(2) http://trends.rnews.be/fr/economie/opinion/chronique-tendances/un-peu-de-serieux-s-il-vous-plait/opinie-1194707502032.htm#

(3) Cette présentation en terme d’instabilité financière hypothétique s’inspire de la présentation de l’hypothèse de H.P . Minsky faite par Vercelli, A., « A Pesrpective on Minsky Moments : The Core of the Financial Instability


(4) Simon Kennedy, «Greece Turning Viral Sparks Search for EU Emergency Solutions », Bloomberg.com, URL, http://www.bloomberg.com/apps/news?pid=20601087&sid=a5lqHqLT1CeQ&pos=2
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Vendredi 7 mai 2010 5 07 /05 /2010 00:00
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : Europe - Ecrire un commentaire
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