Le problème des retraites est clair et soluble. Mais sa solution est compromise
- évidemment par le libre échange commercial obligeant à écarter, de manière à ménager notre "compétivité" une part raisonnable d'augmentation des
cotisations (ce qui serait très loin de suffire)
- ensuite - et en acceptant le cadre actuel de la contrainte concurrentielle mondiale pour traiter de la question telle qu'elle se pose
aujourd'hui - par l'affrontement des postures politiciennes.
Ce qu'affichent pour le moins comme objectif tous les partenaires de ce débat est de maintenir le niveau des
retraites, et même si leurs préconisations combinées pouvaient conduire le régime à une perspective d'équilibre, il est évident
- d'une part que ce ne peut être garanti avant d'être validé par la réalité tant des situations diverses seront en jeu unies à l'évolution
aléatoire des paramètres nationaux (croissance, inflation, emploi);
- d'autre part que le prix d'achat de cet équilibre sera forcément une augmentation des contributions ( par allongement du temps de
travail) et des charges ( par ressources fiscales complémentaires indispensables ) qui pèseront sur les (jeunes) classes cotisantes
(inévitable traduction de la pression sur nos niveaux de vie de la mondialisation sauvage).
Sous ces réserves devant bien établir que - toutes choses égales par ailleurs - il ne peut y avoir de miracle, revenons aux quatre paramètres
:
- le niveau des retraites affiché: intouchable et dont personne ne peut jouer encore que certains savent pertinemment que l'on peut escompter une
certaine érosion;
- les cotisations : une flexibilité très limitée à la hausse à raison du coût du travail; mais alors que présentement ces trois questions n'ont pas
été clairement abordées
* au moins l'alignement des cotisations des fonctionnaires (puisque ce n'est pas le secteur marchand),
sur le niveau privé, ce qui va peser sur leurs revenus et/ou sur les finances publiques ( une part alors de simple transfert compable de déficit)
* des hypothèses de transfert de cotisations entre régimes
complémentaires et régimes de base au bénéfice de ce dernier, ce qui en fait aboutirait en diminuant les complémentaires à diminuer le niveau de vie des retraités
* des hypothèses de cotisations sur les retraités eux-mêmes qui
aboutiraient à la même chose, mais qu'une part des actifs verraient d'un bon oeil et qu'une part des retraités pourraient accepter (?) s'il s'agissait du seul financement de la couverture de la
dépéndance.
En fait les deux paramètres essentiels semblent bien
- les mesures "démographiques" (décalage de l'âge légal, augmentation des durées de cotisations), traduisant la réalité
d'une dégradation fantastique du nombre d'actifs par rapport au nombre de retraités. Voilà ce qui rend, hors de l'appel, à cette partie de solution, le problème évidemment insoluble. Et c'est là
où le gouvernement à raison de conduire un effort pédagogique vis à vis des Français, dès lors qu'il garantit que les pénibilités (il faudrait y ajouter bien clairement des distorsions de
carrière, comme entre homme et femme, temps complet et partiel, etc. )- seront prises en compte pour moduler les durées de cotisations;
- l'affectation de nouvelles recettes hors augmentation des cotisations existantes, ce qui pose la question de savoir quelles
ressources et à charge de qui.
Chacun étant dans sa posture respective...
- le gouvernement privilégie les mesures démographiques en restant flou sur les compléments de recettes ( qui seraient toutefois hors bouclier fiscal,
mais dont on peut craindre que la mise au point pourrait être dissociée du volet mesures d'âge pour ne venir qu'en tant que de besoin abonder le "fonds de réserve" créé par la gauche qui
redoute son pillage )
- l'opposition de gauche campe - avec un réel et regrettable déni de réalité et l'obligation de bémols pratiques - sur le principe de l'âge légal
de 60 ans et trouve - intelligemment au demeurant - des recettes ailleurs que dans l'augmentation des cotisations qui n'est préconisée que de manière
modérée, puisque le PS ( malgré les idées de protection commerciale par des "écluses sociales et environnementales" présentes dans son projet ) se soumet lui aussi à l'Europe et
à la concurrence non faussée du "libre échange" .
Or il est patent - comme l'a rappelé le bon arbitre du débat "A vous de juger" du 20 mai sur F2 que fut l'économiste Daniel Cohen que des
mesures démographiques sévères ne pourraient financer à l'horizon 2030 que la moitié du besoin, l'autre moitié devant avoir été couvert par d'autres produits. L'échange devenant technique sur les questions fiscales, celles-ci furent obligatoirement vite exclues comme hors sujet par l'animatrice. Mais il apparu
schématiquement que la solution moitié/moitié était parfaitement concevable. Et c'est bien pourquoi, la présidente de la CNAV présente à
ce débat et exprimant à la fois le bon sens et, sans doute l'opinion de beaucoup, a pu appeler à une solution mixte combinant les deux approches pour sauvegarder les retraites
des Français. Cela a été une bonne leçon pour les politiques qui ont été dépassés ( le ministre en charge du dossier et le porte parole du PS), parce qu'ils confrontaient
moins dans ce débat des solutions élaborées que des plate formes électorales,
Hors sujet était sans doute hélas aussi l'emploi, car on en parla guère, malgré sa prise en compte macro économique par Cohen et
l'observation d'ouverture de B. Hamon selon lequel il ne servait à rien de repousser l'âge de la retraite si les salariés ne parvenaient pas à être employés jusqu'à cet âge là .
Malheureusement ceci n'a pas été développé sans doute parce qu'on eut débouché sur les moyens d'un meilleur emploi et que si B. Hamon est à titre personnel convaincu de nécessaires
protections commerciales, le porte parole qu'il était ne pouvait s'engager sur ce terrain non consensuel entre socialistes .
Or, sans un meilleur emploi, la solution mixte - bien que ce soit la seule raisonnable - reste purement théorique. Lorsque les cotisations retraites devront être payées des années de plus par le régime d'assurance chômage à la place des salariés sans emploi, le résultat comptable sera
de transférer du déficit du "régime retraite" sur le "régime chômage" et le résultat réel sera la dégradation des retraites, parce que - quoiqu'on leur demande - il n'y aura pas assez
d'actifs employés.
La leçon du problème des retraites dépasse celle qu'ont reçue dans ce débat les politiques : l'absurdité de positions fermées ( ce que semble avoir bien compris, à titre personnel, Woerth ) . Elle est que la gestion de la France doit se débarrasser du poids malsain de certains
héritages. A gauche, on doit se débarrasser de l'héritage MItterrand qui a apporté trois boulets lourds à porter : une Europe intégrée au plan commercial et monétaire, mais non
harmonisée aux plans fiscal et économique; la retraite à soixante ans, comme un principe de vie et, dans sa filiation, l'erreur des 35 heures consistant à partager l'insuffisance de
travail alors qu''il fallait trouver les moyens de garantir des activités. A droite, on doit se débarrasser de l'héritage de ceux qui n'ont "rien appris et tout oublié" : en se
fondant sur l'injustice fiscale pour être le moteur d'une société dont le carburant est l'inégalité, en attendant de l'absence de protections commerciales que la concurrence
internationale soit le rouleau compresseur des progrès sociaux.
Si les meilleurs éléments de la gauche et de la droite savaient se débarrasser de ces héritages, il s'ouvrirait plus, peut-être, que des convergences
techniques dont nous sommes d'ailleurs bien loin : des facultés de rassemblement pour en finir avec la meurtrière bipolarisation de ce pays. Il faudrait encore qu'en même temps, aux alternances
politiques sans véritable alternance stratégique - et donc trouvant très vite leurs limites en matière de faculté sociale protectrice, comme l'a bien montré la contribution de DSK
à l'émission précitée - se substitue une conception de l'économie française vraiment délivrée, par autre chose que des régulations ponctuelles ou conjoncturelles, des
excès redoutables du libre échange.
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