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histoire et societe

En complément de l'article précédent voici une bibliographie sur la guerre du Rif et des repères.
 

BIBLIOGRAPHIE

 

 La guerre du Rif a engendré des publications, études, et travaux en nombre sans pareil : par les acteurs du temps, par des militants de telle ou telle cause politique,  puis par des chercheurs , des historiens, des journalistes,  maghrébins et européens. Dans cette impressionnante bibliographie, indiquons de manière très sélective

*au titre de la recherche

- l’ouvrage fondamental de Germain Ayache, « les Origines de la guerre du Rif » (Smer, Rabat , 1981)

- « les Actes du colloque du cinquantenaire de la guerre du Rif » (collectif, Maspéro, 1976)

* au titre de documents d’époque

- « Les mémoires d’Abd el Krim » de Roger Mathieu ( Lib. Des Champs Élysées, 1927) , recueil des entretiens que ce journaliste du Matin s’étant embarqué avec Abd el Krim sur le bateau menant celui-ci en exil  a  alors transcrits comme témoignage de première main sur la vue par l’émir lui-même de son action.

-« Abd el Krim » , Pierre Dumas,  Ed. Le bon plaisir ( Toulouse, 1927) . FAC-SIMILE DE COUVERTURE DANS ARTICLE PRÉCÉDENT.  Cet ouvrage – qui est à lui seul un document sur le temps -  illustre parfaitement l’époque en exprimant avec véhémence l’exaltation coloniale qui a imprégné plusieurs générations; il informe plus sur les ennemis d’Abd el Krim que sur celui-ci.

rif points* au titre de travaux historiques très nourris et éloquents

- la somme de  Zakya Daoud «  Abdelkrim, une épopée d’or et de sang » Séguier , 1999.

- « La guerre du Rif - Maroc 1921 26 », Vincent Courcelle-Labrousse et Nicolas Marmié , Tallandier, 2008 - FAC- SIMILE DE COUVERTURE CI-CONTRE.

 

* un ouvrage espagnol récent (Alianza Editorial, 2005),  « En el barranco del lobo – las guerras de Marruecos », par l’historienne Maria Rosa de Madariaga qui a beaucoup oublié sur la question et qui revient sur les évènements tragiques qui marquèrent profondément la mémoire collective des Espagnols tout au long du premier quart du siècle dernier en voyant dans la victoire sur Abd el Krim l’une des sources du facisme

* Pour la période succédant à l’indépendance, voir « Les trois Rois » , Ignace Dalle, Fayard 2004

 

 

 

 

 

Les Sultans de l’époque

 

Appartenant à la dynastie des Alaouites régnant depuis le XVIIeme siècle, succédant à Hassan 1er, Abd el Haziz (1894-1908), intéressé par les modes et techniques nouvelles,  lance des modernisations qui déclanchent contre son « impiété »  des rébellions au regard desquels il fait appel au secours de la France ; mais, dans une politique de balance,  à l’instigation de l’Allemagne, il demande la convocation d’une conférence internationale sur le Maroc qui aboutit,  du fait d’un considérable  endettement du pays, au traité d'Algésiras. Il est détrôné, dans l’esprit de cantonner l'influence étrangère, le 4 janvier 1908 par Abd el Hafid, son frère, soutenu par Thami El Glaoui, pacha de Marrakech. Mais en 1911, assiégé dans Fès par des tribus dissidentes, Abd el Hafid demande l'aide française ; toutefois, il  abdiquera au lendemain de la signature du protectorat en faveur de Moulay Youssef, lequel cherchant la sécurité, se transféra de Fès vers Rabat. Au décès de celui-ci en 1927, succèdera son plus jeune fils, préféré par les autorités françaises et qui deviendra Mohammed V, ayant réussi la jonction entre le Maroc de Lyautey et celui de l’indépendance.

 

Le pouvoir des sultans s’exerce sur le « bled makhzen » qui accepte leur administration et paie les impôts. Mais le « bled siba » aux sinueux contours selon les dissidences et les « mehallas » ( les expéditions guerrières) est un défi permanent à leur autorité et un recours peuplé de multiples intrigues pour leurs rivaux ( les « roghis »).

 

Abd el Krim qui, dans le fil des chefs de guerre du nord ayant appuyé Abd el Hafid, tenta de se faire reconnaître (en ne se déclarant pas sultan, en ordonnant aux imams du Rif de faire la prière du Vendredi au nom du sultan, en ne remettant jamais en question l'autorité du roi, en cherchant à lui adresser part des impôts) ne reçut jamais ni réponse, ni soutien. Le temps n’était pas venu de la future révolution nationale marocaine.

 

 


 

Étapes schématiques de la pénétration française au Maroc

 

- 1903 , le général Lyautey occupe Colomb Béchar aux confins algéro-marocains.

- 1904, Parallèlement à « l’entente cordiale - largement bâtie sur le « troc » accordant le Maroc à la France et l’Égypte à l’Angleterre - des accords franco-britannique et franco espagnol aboutissent à la définition de la frontière entre les deux futurs protectorats de Paris et de Madrid , selon le tracé porté sur la carte ci-contre et qui sera confirmé par un traité franco-espagnol du 27 novembre 1912.

- 1906, 7 avril, Conférence d’Algésiras : douze pays reconnaissent l’intégrité du Maroc et son ouverture aux entreprises de toutes les nations,  un droit de regard étant reconnu à l'Allemagne. Mais ce sont la France et l'Espagne qui obtiennent des droits particuliers et notamment la police des ports. En outre, la surveillance des frontières avec l’Algérie, et la présidence de la Banque centrale sont confiées à la France. 

- 1907, à l’assassinat à Marrakech du docteur Mauchamp, répond l’occupation de Oujda par les Français ; les émeutes qui éclatent en juillet à Casablanca, à la suite de l’ouverture d’un chantier de voie ferrée à l’emplacement d’un cimetière, entraînent le bombardement de la ville et le contrôle du port

- 1908, l’autorité française est imposée aux tribus installées entre la région d’Oujda et la Moulouya, le général d’Amade prend le contrôle de la Chaouïa, Lyautey cherche à sécuriser le couloir de Taza.

- 1911, devant une révolte des tribus qui a gagné Fès, la colonne Moinier y entre le 21 mars. Meknès est prise en juin. En contrepartie, l’Espagne occupe Larache et Ksar-el-Kébir. «Pour protéger ses intérêts économiques»  l’Allemagne envoie la canonnière Panther à Agadir ouvrant une crise réglée, selon accord  du 4 novembre 1911,  par un nouveau « troc » : l’Allemagne laisse les mains libres à la France dans le royaume chérifien contre le rattachement d’une partie de l’Afrique équatoriale au Cameroun allemand.

- 1912 le  protectorat français est imposé le 30 mars 1912 ; quelques jours après la signature, Fès se soulève, des Français sont assassinés, le mellah juif est pillé. Le 27 avril, Lyautey est nommé résident général et, un mois plus tard, Gouraud écrase la révolte de Fès. En août, les tribus du Sud, sous la conduite de Hel Hiba, entrent en dissidence et veulent prendre Marrakech, mais  Lyautey obtient la neutralité des chefs de l'Atlas ;  parmi ceux-ci, Thami El Glaoui  qui  est nommé Pacha de Marrakech, occupé fin septembre. 

- A compter de 1919, se déroulent, apparaissant d’abord sur le versant espagnol  les soulèvements du Rif.

- Après la reddition, en 1926, d’Abd el Krim, il faut attendre 1934 pour que  la « pacification » ( qui aurait fait 37.000 morts français, selon Le dictionnaire historique et géopolitique  du XXeme siècle, La découverte  ) atteigne la dernière région, le djebel Saghro, l’année  même où, d’une nouvelle inspiration, est fondé le premier parti politique national, « le comité d’action marocaine » , dirigé par Allal el Fassi, Mohammed Hassan Ouazzani et Ahmed Balafrej.

 

 

TANGER : Les 275 km2 de la zone internationale définie par les accords anglo-franco-espagnols de 1904 et 1912 restèrent en dehors de la guerre du Rif, mais non des trafics approvisionnant les insurgés, des passages et rencontres des émissaires des parties en conflit et des puissances qui s’y intéressent, ni ensuite d’une grande tension diplomatique : la première guerre mondiale avait aiguisé les concurrences et il fallut attendre 1923/25 pour un statut international plaçant la ville sous l’autorité théorique du sultan et en confiant l’administration à des services multinationaux. C’est le lieu que choisit en avril 1947, le sultan Mohammed V pour prononcer le premier discours qui fait référence à un Maroc unifié et indépendant rattaché à la nation arabe. Il subsiste de l’histoire de Tanger des spécificités fiscales qui n’ont pas complètement disparu avec le retour de Tanger en 1956 dans l’empire chérifien.

 

La guerre du Rif en chiffres

 

Quelle était la population de cette République ? Dans lequel de ses périmètres mobiles ?  On ne  trouve pas  d’estimation, mais si l’on réfère d’une part, en osant quelques translations, à la démographie du Maroc français, telle qu’appréciée pour 1926 (4, 9 millions d’habitants ?) et d’autre part à un ratio, pour 80.000 hommes,  d’un « fusil » mobilisable  pour 6 habitants,  pourrait-on risquer le chiffre de  quelque 500.000 berbères pour le Rif et les Djebala ?

Quelles furent au total,  de part et d’autres, les pertes ? Il faudrait décompter celles indiquées dans les combats recensés ou par les maladies connues et y ajouter celles subies en embuscades par les troupes coloniales et celles, pas toujours recensées, de leurs partisans,  ainsi que celles des moujhadins et des populations dans des djebels en feu : 20 à 30. 000 par an dans les barouds de la première année, plus la dernière année ? et moins, certainement,  au coeur de la période... Est-on autour de 100.000 ? 

 

LES BERBÉROPHONES au MAROC

 

40 %environ de la population marocaine de souche Amazigh est berbérophone répartie en  trois régions de dialectes : le tamazight rifain, ou tarifit au nord, le chleuh ou tachelhit au sud, le tamazight berber au centre du pays. Toutefois le dialecte arabe– qui est la darija, langue maternelle des arabophones – contribue au creuset marocain, car elle est, aujourd’hui, couramment parlée dans la vie courante et pratiquée bien souvent par les berbérophones.

Le tamazight n'est pas reconnu comme langue officielle ; cependant Mohammed VI a créé « l’Institut Royal de la Culture Amazighe » qui a pour vocation de donner avis « sur les mesures de nature à sauvegarder et à promouvoir la langue et la culture amazighes dans toutes leurs formes et expressions ».

 

 

Dimanche 24 janvier 2010 7 24 /01 /Jan /2010 17:22
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : histoire et societe
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Simplement, quelques observations personnelles à propos de ce piège qu'il faut objectivement contribuer à démonter pour qu'il ne devienne pas un brulot.

La notion peut être descriptive  :  quelle est "notre" identité - ou normative : quelle doit être cette identité.
Les apprentis sorciers sont aux deux extrêmes : ceux qui   ont une conception  fixiste de l'identité : une âme enracinée dans les passés ( au demeurant lesquels ?) et qu'il ne faudrait pas polluer; ceux qui ont une conception évolutive, absorbante, de cette identité : elle est tout ce qu'elle devient par les évolutions des démographies et des moeurs.

Ainsi ce qui est ressenti comme "l'identité" est à la fois, au plan normatif,  le produit de  subjectivités qui peuvent être  opposées et, tout factuellement, au plan descriptif, des photographies successives  mobiles d'un existant mouvant .

Quant aux regards sur cette identité - et sur ses contenus de fait ou souhaitables - ce  sont des regards multiples : notamment ceux tantôt des héritiers d'une longue  histoire personnelle  familiale vécue en France , tantôt  d'itinéraires plus variés mêlant des souches provinciales qui ont mis assez longtemps souvent  à se fondre un peu dans le melting pot national, des souches étrangères qui y ont trouvé une seconde patrie, sans oublier , ce qui est bien légitime, leurs origines culturelles; ajoutons que pour les uns c'est une rente, pour les autres une conquête , ou un havre; et que les valeurs que chacun place en cette identité  comportent toutes les variantes et souvent toutes les contradictions. En effet- comme je l'ai marqué dans ma chronique  (reprise sur ce site)  de la Revue Politique et Parlementaire (les tensions et les progrès d' une société de plus en plus multi ethnique et multi culturelle) , si les Français sont souvent accueillant, ils accueillent surtout plus aisément des gens qui acceptent de leur ressembler; d'où cette longue  politique d'assimilation/intégration ( allant de pair avec cette réserve, sinon cette hostilité,  envers les "communautarismes") qui répond à la fois à une conception égalitaire ouverte des droits de l'homme ( et de la femme), mais aussi à un penchant très fort pour une uniformisation  réductrice.

Mais oh combien, l'appréciation de l'identité, varie-t-elle à travers le temps. L'idée des tempéraments nationaux, provinciaux, également est une idée force rémanente qui a eu ses chantres , et particulièrement, bien après Montesquieu,  un Élie Faure dans sa "Découverte de l'Archipel", alors qu'aujourd'hui les ressemblances entre Européens semblent avoir  progressé plus vite que les différences héritées de l'histoire ou pour une part talentueusement systématisées ( car où était le "scientifique" plus que le littéraire dans toute ces proses ?) par les écrivains qui en ont décrit les réalités et entretenu les légendes

De plus, Souveraineté et identité sont dans une étrange dialectique. Les transferts de souveraineté peuvent se faire parce qu'ils vont de pair avec cette érosion (sous l'effet des modes de vie et des intérêts réputés communs ) des personnalités nationales. En contrepartie la perte même de souveraineté nationale pourrait expliquer  une revendication de maintien d'une personnalité identitaire. La recherche des racines ou des particularités n'est-elle le dernier refuge de ceux qui ont perdu le pouvoir propre de leur communauté sur une large part de leur destin ?

Et cette idée qui nous semble  de plus en plus obsolète ( parce que les jeunesses de chacun de nos pays d'Europe sont largement conditionnées par les mêmes moules contemporains et par des communications partagées) de personnalités française, allemande, espagnole, italienne, britannique absolument irréductibles les unes aux autres ne fut pas la seule qui conféra dans les temps passés un caractère récurrent à des appartenances historico-géographiques. La croyance autrefois en un rôle éminent des types régionaux a été très illustrée notamment par la célèbre somme  des "Français peints par eux-mêmes" de la monarchie de Juillet rédigée sous les plus prestigieuses signatures du temps ( Balzac, Hugo, Nodier, etc.)  : le Basque, le Breton, le Franc-Comtois, etc. y sont sculptés comme de quasi immuables santons. Plus grand chose de tout cela dans le remake 2003 ( en quatre volumes : la rue, l'entreprise, le sexe, la politique ) à  "la Découverte" des "Français peints par eux-mêmes".

Il y a donc bien une relativité, une usure dans le temps, des notions de personnalités attachées à un territoire national ou régional, sans que s'efface le goût que des personnalités différentes existent, ce qui est d'ailleurs l'argument partout en filigrane dans les promotions touristiques de tel ou tel pays , de telle ou telle région.


Nous poursuivons à la fois une universalisation des profils humains et un  profond attachement à leurs différences qui font la saveur du monde.  Et voilà que ces différences - au delà de celles de nos provinces hexagonales et de nos outre-mers  -  nous  les connaissons  en notre sein national lui même, puisque ( dès lors que nous avons été chez eux et qu'ils ont bien fondés à venir chez nous )  - qu'ils y  trouvent, avec plus ou moins de difficulté résidence ou qu'ils accèdent à la nationalité - des immigrants nous enrichissent de leurs présence et nous posent - ce qui est bien naturel - les problèmes d'accueil et des coûts induits qui en résultent en contrepartie des apports qu'ils constituent à notre travail,  notre culture, notre démographie, nos succès.

Et, au delà des faiblesses des moyens qui peuvent leur être dédiés, au delà même de ce rôle ingrat de volant d'ajustement quantitatif et qualitatif ( par les taches qu'ils acceptent) du marché du travail, notre rigueur et notre erreur sans doute à leur égard , et même pour la solidité de notre société - est de vouloir trop vite, trop systématiquement trop d'assimilation.

S'ils entendent rester parmi nous, il faut donner le temps au temps, comme par le passé celui-ci a du jouer  pour l'intégration progressive en deux ou trois générations des Polonais, ses Italiens, sinon des Bretons et  des Auvergnats, etc. Nombreux sont ceux qui sont passés par les "sas"  en quelque sorte de communautés acceptées de fait, avec leurs particularités dans le tissu national français, un tissu qu'ils ont si bien continué à nourrir tout en restant souvent culturellement eux-mêmes, comme nous aimons d'ailleurs les reconnaître dans leurs singularités.

La force d'une Nation (et la séduction qu'elle exerce)  n'est pas seulement dans les points d'identité, les droits, les devoirs, les valeurs que partagent ses membres , ni même dans la seule vertu des métissages qui en sont le lien mais n'en sont pas le tout , mais dans sa capacité de réunir des communautés différentes, des singularités qui ne sont pas écrêtées par l'obligation de ressemblance pour compter parmi ses citoyens et être regardées comme tels. D'ailleurs chacun d'entre nous appartient à des communautés de passés, d'engagements,  de goûts, de valeurs, d'affinités  qui ne disloquent pas en fiefs la communauté nationale absorbant toutes les autres. Comme elle peut englober et unir des  communautés s'identifiant par le fait de correspondre à des minorités ethniques  et/ou spirituelles dont le besoin est souvent d'autant plus ressenti qu'elles réunissent des membres de miniorités visibles et/ou culturelles, appréciant des solidarités entre ceux qui se ressemblent, des liens de groupes qui peuvent les rassurer  si elles sont stigmatisées  C'est à la condition nécessaire et suffisante que les valeurs de la Nation et les valeurs de chaque communauté y participant soient compatibles entre elles, mais pas forcément  identiques. Quant les coexistences sont réussies c'est le bel ancien modèle Andalou, et plus près de nous peut-être l'exemple Réunionnais. Recherchons ces compatibilités, respectons les singularités qui ne portent pas atteinte à l'ordre public : pas plus;   et cessons de croire que le modèle français  a été le meilleur et que ce que de manière dominante nous pensons de tout doit partout triompher.

Laissons aussi les temps d'étapes qu'il faut à des communautés jouant leur rôle de transition,  de relais et de conciliation pour savoir avec elles coudre des morceaux originaux dans une identité française qui peut  - comme  c'est le cas dans toutes les grandes nations nées d'une part d'Empire - comporter  quelques
patchworks sans que ces apports nuisent à  la cohérence d'une  composition d'ensemble riche  de sa tolérance  
 

              
Mercredi 6 janvier 2010 3 06 /01 /Jan /2010 17:49
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : histoire et societe
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Deux publications relatives à  "l'Histoire économique globale" viennent d'avoir lieu.

C'est sous ce titre d"abord que Philippe Norel publie un  ouvrage,  aux éditions du Seuil.


"L'histoire économique n'est pas d'abord celle de l'Europe. La genèse de l'économie moderne est aussi orientale, comme le montre, bien avant notre Renaissance, la circulation afro-eurasienne des biens, des hommes et des techniques. Ce livre analyse les réseaux commerciaux asiatiques plurimillénaires, la technicité financière du monde musulman entre le VIIIe et XIe siècle, le poids récurrent d'une Chine qui, la première, conçut à peu près toutes les techniques productives de base. Il cherche à comprendre les institutions de ces premiers échanges globaux, notamment les diasporas qui, après l'effondrement de l'empire romain, continuent d'animer les faibles échanges intra-européens sur un modèle pratiqué de longue date sur les routes de la soie. Notre eurocentrisme spontané n'en sort pas indemne: l'Europe est longtemps dépassée par l'Orient, en matière de PIB par tête, de croissance démographique, d'urbanisation, de techniques. Si l'histoire économique globale cherche à comprendre ces inégalités à travers le concept de "système-monde", elle est surtout confrontée à un paradoxe de taille: comment l'Europe, économiquement plus fruste, peut elle connaître cet essor spectaculaire à partir du XVIe siècle? C'est le défi que relève cet ouvrage en construisant pas à pas l'originalité du capitalisme européen, de fait largement fondé sur l'économie globale qui l'a précédé."

 

 

Aux Editions de la Découverte, "Histoire globale, mondialisations et capitalisme", dirigé par le même auteur , mais  plus orienté recherche, vient également de sortir. Quatrième de couverture :


"En quoi l'actuel renouveau de l'Asie plonge-t-il ses racines dans une " longue durée globale " ?

Quelle est la nature des changements structurels accompagnant la croissance démographique, le développement de l'Etat et du commerce, l'accumulation localisée des richesses et des savoirs ?

Comment rendre intelligibles une expansion géographique des flux d'échange et le déploiement parfois concomitant du capitalisme à l'échelle nationale, puis mondiale ?

L'ouvrage réunit anthropologues, économistes, polilologues, sociologues et historiens pour répondre à ces questions et esquisser les grandes lignes d'un nouveau programme de recherche : l'Histoire globale.

Celle-ci recouvre d'abord une analyse du rôle crucial du monde non européen dans l'histoire de l'humanité pour sortir enfin d'une démarche trop " eurocentrée ".

Elle constitue ensuite un profond renouvellement de l'analyse en termes de système-monde, au-delà des oeuvres incontournables de Braudel et de Wallerstein.

Elle inclut enfin l'analyse comparative des processus de mondialisation.

Le pari de cet ouvrage est de présenter l'Histoire globale à partir de textes classiques ou inédits de quelques-uns de ses auteurs les plus marquants. Un prologue propose une synthèse de ses problématiques et recherches les plus caractéristiques, en soulignant leurs enjeux épistémologiques pour les sciences sociales. Les contributions de Beaujard, Bentley, Goody, Hall et Chase-Dunn éclairent les processus pluriséculaires d'intégration intercontinentale ; celles d'Aglielta, Arrighi et Silver, Gills et Denemark, Wallerstein abordent la naissance, le développement et les crises du capitalisme global ; les écrits de Berger, Goldstone, Norel, Pomeranz, Wong analysent les liens entre les épisodes de croissance et de créativité culturelle récurrents (ou " efflorescences "), et les processus de mondialisation".

 

 

Ces mises en perspective et ces relativisations des approches occidentales de l'histoire économique sont d'importants apports à la compréhension des passés, des évolutions et des enjeux du monde.

On peut y trouver les moyens de comprendre  d'ailleurs aussi bien comment ces mondes ont  accouché de richesses  que de monstruosités, de périodes d'équlibre que de moments d'écroulements.

 

Mais de tels remarquables travaux  ne risquent-ils d' offrir, par certains de leurs aspects,  en parallèle de ces qualités,  une  boite à outils  à ceux qui  sont tout acquis à des ordres du monde dans lesquels  les valeurs humaines et sociales  n'ont aucun rôle gouvernant ?


Ne peuvent-ils y  trouver la part intellectuelle de parfaite justification historique à l'effondrement, du fait de la nouvelle mondialisation, de ce que - malgré tout ce qu'on peut  dire de critique sur les sociétés d'Occident - celles-ci ont plus ou moins réussi à mettre en oeuvre?  Des modèles sociaux , ou au moins  des compromis, respectant les intérêts des catégories socio-profesionnelles les plus modestes, les dignités et survies  des exploités, des marginaux et  des exclus, de tous ces "ti moon"  que l'histoire globale du monde ,sous l'effet des puissances qui ont triomphé ailleurs et autrefois (et qui sont en train de recommencer  par des méthodes souvent comparables) ,  s'est parfaitement satisfait depuis des millénaires d'écraser ?


Voici donc des travaux à consommer avec circonspection sans jamais perdre le sens des valeurs de notre propre civilisation amendée par les  exigences idéologiques - chrétiennes, révolutionnaires, socialistes - qui en font l'originalité et, à côté de ses vices, ses vertus.   Le salut ne passe pas par l'alignement.  

 

Mardi 3 novembre 2009 2 03 /11 /Nov /2009 11:00
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : histoire et societe
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Après avoir fait il y a quelques jours les deux affligeants constats de la  puissance de la mondialisation ( telle qu'elle existe)  et de l'impuissance de la démocratie (telle qu'elle fonctionne) , la démarche positive consisterait à se demander comment   la mondialisation pourrait être disciplinée et comment la  démocratie pourrait être efficace. Mais dans l'un et l'autre cas il faudrait jugement et  vertu.

Que l'un et l'autre ne soient pas garantis  ne peut évidemment porter à  "la haine de la démocratie" - cette haine  dont traite si éloquemment Jacques Rancière ( La Fabrique, 2005). Mais ce qui est  "le moins mauvais" ou plutôt le réputé moins dangereux  des régimes politiques  peut toutefois engendrer, par les résultats qu'il permet,  comme tout grand attachement qui rencontre des obstacles, une part de  dépit .

Reflet plus ou moins déformé de la réalité des hommes, la démocratie reflète bien aussi, surtout dans les pénuries et les crises,  que "l'homme est un loup pour l'homme" et qu'il n'est sans doute pas - à l'inverse du message des rêves optimistes humanistes - de régime politique qui puisse être la rédemption de la nature humaine.   Et ce qu'il y a de redoutable dans la démocratie c'est que les résultats qu'elle engendre, par sa nature démocratique inspirant une adhésion de principe,  elle les légitime. Quels qu'ils soient ? Si on ne pense pas  que le label "démocratie" peut légitimer tout ce dont ont accouché des démocraties - et on ne  peut pas le penser lorsque qu'on voit ( c'est l'exemple limite, mais il y en a d'autres bien inquiétants aussi...)  comment le fascisme a pu venir aux Nations,  par le jeu démocratique lui-même - il  faut parvenir à expliquer comment une démocratie  peut dérailler . Et alors même qu'on l'explique, cela ne sert  ne sert à rien si on ne parvient pas à réformer à temps le fonctionnement et/ou l'esprit  de telle ou telle démocratie.   

Or ce qui a inspiré mes constats est le sentiment que bien des citoyens confrontés à l'âpreté et aux cupidités du monde, loin de chercher, par un effort de jugement,  des conciliations, mais pour s'assurer, d'instinct,   des dominations ou des sécurités, éprouvent le besoin et sont portés à faire  choix de dirigeants  - qui leur ressemblent -  optant, sous l'habillage des habiletés indispensables, pour les lignes de conduite aussi dures et agressives qu'ils l'estiment nécessaire vis à vis des autres.  

Un bon correspondant  me fait observer que l'idée selon laquelle les Français auraient besoin de tels  dirigeants est en partie diffusée par  ceux-là même qui satisfont  ce profil  et que c'est donc de  l'autojustification. Il laisse entendre  que si j'exprime l'opinion que  ce type de candidats a plus de chances que des candidats "vertueux", c'est  parce que, au fond,  je serais intoxiqué par les idées dont  ces  "contre-modèles" parviennent à imbiber le corps social en faisant promotion d' une forme de prophétie qui vise à l'auto-réalisation.

 


Je voudrais que mon critique ait raison. Mais  j'estime néanmoins  que ce n'est pas parce que ces "contre-modèle" diffuseraient, soutiendraient ce type d'analyses pessimistes  qu'elles seraient  fausses pour autant .

Plus que jamais les  défis majeurs s'adressent à l'esprit  :  comment l'outiller - alors que tant de facteurs le modèlent quotidiennement  en sens contraire - pour qu'il perçoive   les  dérives de la démocratie, comme les abus de la mondialisation ?

 

 


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Lundi 2 novembre 2009 1 02 /11 /Nov /2009 16:32
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : histoire et societe - Ecrire un commentaire
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L'identité nationale ne se décrète pas,  ne s'invente, ne se cisèle pas,  par des débats (surtout lorsque leur "timing" semble plus d'opportunité politique pour le pouvoir qui les lance que d'exigence instantanée impérieuse pour des citoyens qui peuvent y voir comme une diversion au regard des faisceaux de problèmes concrets qui les assaillent et dont la question de l'identité n'est qu'un aspect parmi d'autres qui mériteraient un traitement prioritaire )  

Une identité nationale, c'est la réalité mouvante qu'élaborent des parts  d'histoire partagées entre des hommes pouvant être de  différentes origines , mais vivant dans une même communauté à la composition plurielle, caractérisée par une capacité de communication interne ( faite, sans doute,  au premier chef par  la langue et entretenue par les valeurs que celle-ci d'ailleurs véhicule) , par une représentation politique unitaire et, fondamentalement, par des intérêts solidaires préservés.

C'est pourquoi l'identité nationale se fissure lorsque  ces intérêts solidaires de tous ceux qui composent cette communaté sont compromis et menacés. Et tel est le cas lorsque ces intérêts ne sont pas protégés par suite du déclin des actvités qui s'exercent dans le périmètre territorial de la communauté plurielle considérée.

Cimenter, vivifier, faire vivre une identité nationale  n'est pas d'en sélectionner, voire d'en purifier 
les composants , mais - et d'ailleurs pour assurer à ceux qui s'y agrègent les moyens de bien s'intégrer  -  d'en assurer les ressources en garantissant des activités rentables sur le sol national : c'est à dire dans le périmètre géographique sur lequel s'exerce la compétence d'un pouvoir politique désigné par les habitants de ce périmètre

La faculté et la richesse d'une identité nationale  appelle la part nécessaire de protection économique des activités et emplois correspondant aux besoins des habitants qui vivent dans une même communauté réunie,  dans cet espace géographique hérité de l'Histoire, sous  la responsabilité ( pour la part où ils ne s'en sont pas désaisis en faveur d'autorités supra nationales)  des gouvernants qui ont été portés à sa direction.

Une réflexion sur l'identité nationale devrait avant tout conduire à une réflexion sur les besoins de protection économique et sociale  de la Nation aujourd'hui livrée à toutes les conséquences funestes du  libre-échange international.

Assurer une identiité nationale est impossible si l'on s'abandonne à la mondialisation sauvage qui non seulement  compromet emploi, niveau de vie et  sécurité de ceux qui constituent notre communauté, mais qui naturellement,  de manière simultanée, substitue, sur le plan culturel,  aux valeurs  de notre héritage  moral  et républicain, des références dominantes aux valeurs que gouverne l'argent et les types de vie qu'il génére et exalte.

Assurer des identités nationales ne doit pas ( ou ne doit plus, comme par de meurtriers passés)  aboutir à des concurrences entre Nations, mais  à une solidarité des volontés nationales   pour garantir leurs moyens  économiques propres et souverains , leurs modèles sociaux s'ils sont de progrès , leurs références culturelles contre la colonisation par la marchandisation du monde  et la dééfication  du profit.

Le soin de l'identité nationale française, à la fois enracinée et ethniquement  plurielle  doit aller de pair avec le respect des autres identités des communautés de notre planète . Et le combat pour  chacune, pour les moyens propres que chacune doit conserver et developper pour se survivre,  est le combat commun des hommes contre la disparition de la diversité du monde.            
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Lundi 2 novembre 2009 1 02 /11 /Nov /2009 10:49
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : histoire et societe - Ecrire un commentaire
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