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LE TEXTE CI-DESSOUS REPREND LES ÉLÉMENTS HISTORIQUES  ÉTABLIS PAR LA DÉLÉGATION GÉNÉRALE À L'OUTRE-MER DE LA MAIRIE DE PARIS ( Jean-Claude  CADENET) SUR LE RÔLE DES "VIEILLES COLONIES" ET DES TERRITOIRES DU PACIFIQUE PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE.

C'est en hommage aux combattants pour la liberté de ces pays que le Maire de Paris représenté par  plusieurs de ses  adjoints a fait conduire une cérémonie ce 8 mai 2008 Quai Henri IV devant la plaque commémorative  consacrée à tous les combattants d'outre-mer.

 
Lors de la première guerre mondiale, plus de vingt mille hommes des trois colonies d’Amérique avaient été appelés, dont presque trois mille ne revinrent pas. La Grande guerre a donc laissé des traces profondes dans les régions françaises d’Amérique.


Les Départements Français  d'Amérique subirent très tôt le régime de Vichy. Pendant que certains des ultra marins  s’illustraient sur le sol de la métropole, petit à petit, sur place, dans les îles et  en Guyane, la résistance s’organisait. Nombreux furent ceux qui tentèrent par tous les moyens de rejoindre le général de Gaulle et les Forces Françaises Libres. Considérés comme anarchistes et déserteurs par le régime anti-républicain qu’il administre, l’amiral Robert, la plus haute autorité française aux Antilles-Guyane, appelle ces hommes et ces femmes : "les dissidents". On s’imagine à peine aujourd’hui le courage qu’il fallut à ces hommes pour partir dans ces conditions. Qui n’a pas traversé sur un petit canot, de nuit et par mer un peu forte, le canal de la Dominique, ne peut pas le savoir. D’autant que les frêles esquifs n’avaient pas que les dangers de la mer à affronter. L’espace maritime de la Guadeloupe et de la Martinique faisait en effet l’objet d’une étroite surveillance de la part des représentants de Vichy. Il n’était pas rare que les patrouilleurs de la marine interceptassent quelque barque chargée de volontaires pour le départ. Parfois aussi, on signalait des disparitions en mer. Soulignons au passage l’héroïsme discret et donc aussi souvent oublié, des marins pêcheurs de la Guadeloupe et de la Martinique. Lorsque les candidats au combat arrivaient à la Dominique, ou à Sainte-Lucie, un nouveau périple commençait, qui devait les mener jusqu’en Europe.
Ainsi fut formé le Bataillon de Marche des Antilles n° 1 (B.M.A. 1), à partir des dissidents des Antilles françaises et de la Guyane qui avaient atteint Sainte-Lucie ou la Dominique. Acheminés vers les États-Unis, en passant par Trinidad, les jeunes recrues reçurent une formation rapide à Fort Dix, dans le New Jersey. Les premiers volontaires arrivèrent en 1942 et l’essentiel des effectifs en 1943.

Le B.M.A.1 quitta les États-Unis le 28 septembre 1943 et débarqua à Casablanca  le 12 octobre 1943. Après avoir passé par le camp d’El Hajeb, il traverse l’Algérie et arrive à Sousse en Tunisie. Le 12 décembre 1943, affecté à la 1ère Division Française Libre (1ère D.F.L.), il devenait le 21e Groupe Antillais de D.C.A. Il débarque à Naples le 3 mai 1944. Commence alors la marche victorieuse au sein de la glorieuse 1ère D.F.L., avec laquelle il participe à tous les combats de la Libération, soit comme unité antiaérienne, soit comme unité antichars. Il se distingue en particulier lors des combats pour la libération de Strasbourg. Son fanion porte inscrits les noms des combats de Ponte Corvo, Hyères, Fresse, Herbsheim, Benfeld. Il est cité en mars 1945 à l’ordre de la division.
Le Bataillon de Marche des Antilles n° 5 est formé aux Antilles et rejoint la France en 1945 en passant par Casablanca, Guercif, El Hajeb, Alger, Oran. Il débarque à Marseille le 15 septembre 1945. Il participera à la campagne de France au sein de la Division Gironde, sous les ordres du général d’Anselme, sous groupement Fauconnier.

C’est lors de l’attaque de Royan qu’il trouvera son heure de gloire en avril 1945. Cette ville avait été constituée en véritable forteresse par les Allemands. La citation à l’ordre de la Division du B.M.A. 5 est plus éloquente que tout autre récit, aussi suffit-il de la lire :
    « Formé aux Antilles et venue en France en 1945, a pris sous le commandement du lieutenant-colonel Tourtet une part active aux opérations pour la libération de Royan. Le 15 avril 1945, a enlevé de haute lutte la cote 39, puis le village de Didonne, où son chef de corps a trouvé une mort glorieuse à la tête du bataillon. A continué le combat sous les ordres du Capitaine Perrier et, en fin de journée, s’est emparé de tous les objectifs qui lui avaient été fixés, malgré une résistance acharnée de l’ennemi. Au cours de cette opération, a capturé de nombreux prisonniers. La présente citation comporte l’attribution de la Croix de Guerre avec Étoile d’argent. » Et c'est dans le cimetière de Retaud en Charente-Maritime où ils sont inhumés que sont inscrits les noms des soldats d’origine antillaise  , tous morts pour la  France.

A La Réunion, après la défaite de mai-juin 1940, le gouverneur de la Réunion, Pierre-Emile Aubert, rejette les propositions britanniques et la volonté du général De Gaulle de continuer la lutte : il impose l'obéissance au régime de Vichy. En 1942, un commando de F.F.L., du navire Le Léopard, débarque à Saint-Denis. Sans difficulté, le régime républicain est restauré. N'ayant connu ni l'occupation ni la collaboration, l'île ne subit pas l'épuration.


Quant au Bataillon du Pacifique, il fut créé le 27 septembre 1940 et composé de 300 volontaires tahitiens. Réuni à Nouméa à une compagnie de 300 volontaires calédoniens, il commence son périple vers le front de Libye. Après son baptême du feu à Tobrouk, le Bataillon va particulièrement s'illustrer dans la défense acharnée de Bir-Hakeim, en juin 1942, au sein de la 1ère  Brigade Française Libre, commandée par le général Koenig. Ces quinze jours de succès défensifs assoient définitivement la réputation des FFL, en même temps que de lourdes pertes sont infligées à l'ennemi. Le Bataillon poursuivra cette campagne de l'Egypte jusqu'à la Tunisie. En avril 1944, le Bataillon du Pacifique est débarqué à Naples, à la suite des divisions de l'armée d'Afrique, pour appuyer les armées alliées qui sont alors très éprouvées par les difficultés de la campagne d'Italie. Il ouvre la route de Rome, de village en village et, le 4 juin, il peut enfin défiler dans la capitale italienne. Le Bataillon du Pacifique est alors relevé pour participer à la campagne de France. Il débarque en Provence, le soir du 16 août 1944 au sein de la 1ère Division Française libre : c'est le moment que tous attendent depuis quatre ans et, pour beaucoup, leur premier contact avec le sol de France. Avec l'armée du général de Lattre, ils vont ainsi refouler l'ennemi, jusqu'à ce que l'hiver oblige à retirer du front ces soldats, plus habitués au climat tropical qu'aux rigueurs des Vosges.


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Jeudi 8 mai 2008 4 08 /05 /Mai /2008 18:28
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : outre-mer - Ecrire un commentaire
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Mes amis d'outre-mer m'avaient demandé, pour le 8 mai,  de leur  écrire un texte en hommage aux morts d'outre-mer pour la France. J'ai écris le premier texte qui suit.  Bien trop long à prononcer devant la plaque commémorative qui est au 38 du Quai Henri IV. C'est pourquoi ils ont eu le second texte très court suivant à leur disposition.



Comme ils furent nombreux
ces soldats des outre-mers de la France
tombés sur les champs de batailles
de l’Europe et du proche Orient
jetés dans la première guerre mondiale
dans les bourbiers de la Marne, les tranchées des Dames
ou  sur les routes des Dardanelles
et dans la seconde sur celles de Tobrouk, du mont Cassino, de Paris
au piège des Ardennes, de sacrifices en victoires
de la Rhénanie à Berlin

combien ils furent nombreux encore
ceux qu’à jamais marquèrent des blessures
mal pansées de glorieuses médailles
ou de dérisoires pensions
 
comme ils furent nombreux
tous ceux qui venaient de ces lointains
dont les sociétés et les histoires n’avaient pourtant rien à voir
avec les sanglantes querelles des européens
tous ceux qui sont morts ou estropiés
par discipline ou pour la gloire
longtemps pleurés chez eux
et parfois survivants
dans quelque village retrouvé des empires défunts

Il y avait ceux qui portaient les traits
de pays d’Afrique
et que l’on nommait
« les tirailleurs sénégalais »
et pour lesquels on a mis plus d’un demi siècle
à reconnaître tous les droits qu’ils s’étaient acquis
à des allocations pour l’honneur et la survie

Il y avait ceux  dont le film « Indigènes »
a montré les misères et les vertus
et  auxquels il a rendu justice
les « goums » et les « tabors »
serrés dans les djellabas du Maghreb
qu’ils apprirent à vouloir décoloniser
en faisant avec les colons patriotes
la  guerre pour l’ingrate  France

ces unités de légende
ayant fait longtemps chanter l'hymne de virile union
C'est nous les Africains qui revenons de loin
qui fit réver d'intégration toute une génération
Des Africains dont certains  s
ous officiers de métier
dix ans après franchirent le  Rubicon
pour arracher ce qu'on ne leur avait pas donné

Il y avait ces « spahis » aussi
dont l’un des officiers amputé d’une jambe
après la charge de la Horgne en mai 40
contre les panzers allemands
Si Bekkaï, devint en 1956, en ami
le premier des premiers ministres du Maroc indépendant

Aux côtés des soldats surgis des pays de « l’Empire »
il y avait bien sûr dans tous nos bataillons, régiments et garnisons
mêlés à toutes les recrues de nos régions et départements
les conscrits nés dans les « vieilles  colonies »
appelés au nom même de cette égalité
que leurs peuples avaient enfin gagnée
dans ce couple souvent inégal
des métropolitains et des ultra marins
à partager le pire, les dettes de sang
en espérant pour un jour,  le meilleur :
que la France honore en leurs descendants
des créanciers de l’Histoire
en effaçant par les progrès,  la traite et l’esclavage

Mais comme il en fallut du temps
pour l’arracher cette égalité
en la revendiquant d’ailleurs
devant la guerre et la mort elles-mêmes
Ainsi pendant la guerre de quatorze
il y eut à la Réunion
de la part de cafres, de coolies, de tamouls, de tous ces « ti-moun »
des « engagés »  dits « volontaires » venus de pays voisins
pour un travail qui était encore « forcé »
des manifestations réprimees
pour être mobilisés à l’égal des européens
dans les troupes de la Nation

et  bien montrer ainsi combien
ils voulaient en assumer les devoirs
autant qu’ils en demandaient les droits


Devenus citoyens depuis 1848, les ultra marins
luttèrent un siècle et demi durant pour gagner l’égalité sociale
couronnant l’égalité politique
Celle-ci leur avait permis de porter les armes
comme de porter les bulletins des électeurs et des écharpes d’élus
mais pour de tels mandats, longtemps exclusivement outre-mer.

C’est à Sablé, qu’il y eut comme maire
entre 1929 et  1940,  en avant garde de la « diversité »
oui, longtemps avant Monsieur Fillon
un excellent vétérinaire
(bel atout électoral en pays rural)
Raphaël Elizé originaire de La Martinique
Premier maire de couleur d’une commune de l’hexagone
Mais qui paye  le prix de la guerre et celui de son sang
Il est comme Noir, déporté par les Allemands
Qu’il soit au nombre  des soldats de l’ombre
que nous honorons aussi aujourd’hui

En nous souvenant en même temps de tous ceux
qui ont été victorieux et libérateurs :
Quand l’Afrique donnait à la France Libre les noyaux de ses divisions
et que les Antipodes offraient leurs bataillons du Pacifiquel
Saint-Pierre et  Miquelon était le premier archipel
à accueillir un  sous-marin de la Libération
Puis peu à peu toutes les îles des océans Atlantique et Indien furent ralliées
Dès 1941 avec ses « dissidents »
puis à nouveau, après le départ des gouverneurs de Pétain
la Caraïbe avait envoyé à la gloire et au sacrifice
les régiments de marche des Antilles.

Entendons maintenant 
comme se sont mêlés pour les outre-mer
aux ardeurs de la guerre
les chants des abolitions
et la voix de la Liberté


Sur fond de percussions, Emilie Benoît interprète Paul Éluard
"Liberté, j'écris ton nom"


Et voici le texte court qui a précédé cette lecture


Oui, comme ils furent nombreux
ces soldats des outre-mers de la France

Comme ils furent nombreux
tous ceux qui venaient de ces lointains
dont les sociétés et les histoires n’avaient pourtant rien à voir
avec les sanglantes querelles des européens
et qui tombèrent ainsi en terres étrangères

Comme ils furent nombreux aussi ces estropiés
mal pansés de glorieuses médailles ou de dérisoires pensions
et qui vécurent révoltés ou amers
au fond des villages oubliés d’un empire défunt

Et comme ils furent ardents
à côté des « tirailleurs  d’Afrique »
à côté des « goums » et des « tabors » surgis du Maghreb
nos « bataillons du Pacifique »
nos « ti-moun » de la Réunion
nos "régiments de marche des Antilles"
avec leurs engagés de Guadeloupe
et leurs  « dissidents de Martinique »

Enfin, comme ils furent attentifs
tous nos conscrits  des « vieilles  colonies »
ayant payé dans la guerre  le prix même de cette égalité,
à ce que la France avec eux libérée
efface bien la traite et l’esclavage






 

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Jeudi 8 mai 2008 4 08 /05 /Mai /2008 09:22
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : outre-mer - Ecrire un commentaire
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Je complète les informations données dans le texte sur les départements  d'outre-mer et les territoires du Pacifique pendant la seconde guerre mondiale par la relation ci-dessous de ce qui s'est passé à  SAINT PIERRE ET MIQUELON
(selon mon ouvrage, avec Richard Chane Tune,  "Saint-Pierre et Miquelon et le droit de la Pêche dans l’Atlantiquetique Nord Ouest" ; la Documentation Française, 1993)

En juin 1940, quarante navires métropolitains de tout type, dont quinze gros chalutiers, pêchent encore sur les bancs de Saint Pierre et de Terre Neuve et la flotte est accompagnée par l'aviso protecteur Ville d'Ys.    3i

Alors que les Saint Pierrais n'ont pas été mobilisés, ils adressent au président de la République, dès après l'armistice, le télégramme suivant: « Population unanime des fles Saint Pierre et Miquelon prête à tous les sacrifices vous supplie continuez la lutte contre l'envahisseur avec l'aide de toutes les colonies françaises et la collaboration étroite et fraternelle de I'Empire britannique. » Ce n'est pas Albert Lebrun qui saisira l'appel mais, un peu plus tard, Charles de Gaulle.

Le mouvement local est conforté par les quelque 1500 marins de la grande pêche métropolitaine qui ont cherché abri à Saint Pierre et- ¬Miquelon, dont la situation retient par ailleurs la vigilante attention de la Grande Bretagne. Celle ci veut surtout éviter que les bateaux français ne tombent aux mains adverses et cherche à les récupérer pour les forces alliées. En septembre, à l'instigation du gouvernement britannique, Terre ¬Neuve envoie trois personnalités en mission pour proposer aux comman¬dants de bord de rejoindre les forces gaullistes et sonder leurs intentions En revanche, les navires qui voudraient aller en France seraient saisis et vendus. Les incertitudes quant aux réponses données consolidèrent le blocus de fait que les Anglo Saxons avaient établi. Avant de quitter Saint Pierre-et Miquelon, les chargés de mission envoyés par Londres mettent en place un système d'information sur les mouvements de navires. Un journal d'expression gaulliste, La Liberté, s'implante parallèlement.

Le gouverneur de l'archipel, Gilbert de Bournat, ne s'étant pas démarqué du régime de Vichy, différents incidents se succèdent tandis que le blocus n'est pas levé malgré une démarche du gouverneur au Canada. La Ville d'Ys, seule unité militaire de Saint Pierre, doit quitter l'archipel pour la Martinique afin d'obtenir ce résultat. Une tentative de « plébiscite » pour décider du soutien à Pétain ou à de Gaulle ne se concrétise pas. Le gouverneur ayant pris clairement position à partir de janvier 1941 dans le sens de l'adhésion à « I'Etat français », le général de Gaulle, pour éviter I'annexion des ;les par le Canada et les Etats Unis et afin de rallier des forces complémentaires, envoie à l'aube du 24 décembre 1941 trois corvettes (I'Alysse, le Mimosa et l'Aconit) et le sous marin Surcouf  sous le comman¬dement de l'amiral Muselier. Le gouverneur, assigné à résidence jusqu'en février 1942 et ensuite renvoyé en métropole, est remplacé par 1'un des chefs d'unité, le lieutenant de vaisseau Alain Savary (*)

Un référendum organisé les 25, 26 et 28 décembre suivant approuve le rattachement à la France     Libre à plus de 98 % des suffrages exprimés. Tandis que des déchirements  de l'opinion marquent néanmoins la situation psychologique locale, un mouvement    .d'engagement des hommes de l'archipel en faveur de la France libre se déploie. A la quarantaine d'hommes qui avaient secrètement quitté le territoire via Terre Neuve par des doris pour rejoindre les Forces françaises libres, s'ajoutent les volontaires qui remplacent à bord des navires les hommes de Muselier restés à Saint Pierre pour constituer une base militaire.

Vingt deux personnes périront dans les combats de la France    .libre, en escortant les convois des navires traversant l'Atlantique. Cinq autres, parmi les cent dix neuf mobilisées le 10 janvier 1944 pour intogrer la 2e division blindée du général Leclerc, ne reviendront pas de la guerre.


(*)Alain Savary deviendra plus tard député socialiste de Saint Pierre et Miquelon, puis en 1956 secrétaire d'Etat aux Affaires algériennes et marocaines   poste dont il démissionnera à lasuite de l'arraisonnement de l'avion des chefs du FLN dont Mohammed Ben Bella. En 1981, il    .`devint minstre dans le gouvernement de Pierre Mauroy).



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Jeudi 8 mai 2008 4 08 /05 /Mai /2008 00:00
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : outre-mer - Ecrire un commentaire
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-  Substance et développement de mon unique intervention  orale écourtée , faute de temps, au second jour du colloque

Puisque l’on débat de la notion de « décolonisation » , je souhaite revenir à des « fondamentaux ». Ma génération – celle d’un M. Rocard ( prêt comme moi-même aux démarches décolonisatrices)  ou d’un J. Chirac ( en ayant progressivement admis  la nécessité ) , mes condisciples – a été confrontée à deux types de situations coloniales si différentes que deux formes de dénouement également bien distinctes en ont  résulté, mais qu’aucune ne s’applique au cas calédonien

Dans le premier cas – celui des vieilles colonies -  des minorités européennes s’étaient implantées dans des pays quasi vides d’habitants en même temps qu’elles importaient des populations esclaves. L’évolution a été de passer progressivement d’une situation de cruauté à une situation de citoyenneté partagée . Par une logique de l’égalité ( d’abord politique, puis sociale) qui était la revendication essentielle et qui a finalement été honorée après l’étape de la départementalisation : parce qu’il n’y avait pas d’histoires antécédentes  différentes, qu’il y avait des facultés de conciliations culturelles, et - point matériel important de faisabilité -  parce que les défis démographique, économique, budgétaire,  restaient à l’échelle des capacités de la métropole.

Dans le second cas, alors même qu’il y a eu, et  sincèrement chez certains,  ce rêve de l’intégration  par l’égalité – comme en Algérie – ce fut impossible ; non seulement parce que l’égalité venait trop tard ; non seulement parce que le prix à payer pour cette égalisation des chances sinon des conditions était trop élevé pour la métropole ( la France n’eut jamais pu porter le développement social intégré algérien),  mais parce que des colonies largement de peuplement   (avec que cela implique de dures rivalités d’intérêts) s’étaient superposées, en les expropriant souvent de leurs droits, à des sociétés anciennes, à des civilisations préexistantes offrant la défense d’une autre culture organisée. Ce troisième élément est aussi celui du Pacifique ou préexistait des sociétés maoris ou kanaques  et des systèmes mélanésiens de valeurs.

A la logique de l’égalité prévalant dans les DOM et conduisant à « l’autre décolonisation », à la Césaire ( et aujourd’hui à la Vergès) en quelque sorte,  à l’intérieur de la République, s’oppose une décolonisation qui doit s’inscrire dans la logique des différences ayant toujours été celle des autres pays colonisés que les "vieilles colonies". Par le passé et puis de façon continue, mais d'autres manières, l’ institutionnalisation de ces différences s’est traduite par le régime de spécialité législative, par l’autonomie complète vis à vis de l’Europe et très large vis à vis de la France,  par l’existence de droits locaux (fiscaux, sociaux, commerciaux souvent, personnels parfois, etc.)  qui a longtemps joué en faveur des colonisateurs et qui doit jouer aussi en faveur des « premiers habitants »,  dans le cadre de redistributions de pouvoirs pour la gestion des intérêts collectifs  et par le jeu  de transferts substantiels  de compétences.

C’est la voie qui a été ouverte en N. C.  A l’inverse,  si des facultés de reconnaissance d’identité, de gestion politique partagée entre communautés,  de dignité humaine et de progrès économique et social  n’étaient pas venues renouveler les données de ce pays tel que je l’ai connu en 1968 (le miracle proposé par les médiateurs du Pacifique et saisi par les signataires des accords est qu’ils aient reconnu un rapport de forces rendant une nouvelle donne nécessaire ), l’évolution calédonienne conduisait à une crise de décolonisation de type maghrébin ( conflits entre peuplements, incompatibilités de cultures, inégalités aux frontières de l’apartheid sans métissage significatif, installation dans les concurrences de violences ) dont la logique est la marginalisation de la population européenne, ce qui  a été imposé aux Français d’AFN,  mais ce qui est naturellement regardé en NC comme inacceptable pour une population européenne très enracinée représentant la moitié des habitants du pays. 

Ainsi la NC et sans doute la P. F.  (mais en ce qui la concerne,  sur la base de données ethno démographiques bien plus nuancées),   ne peuvent rentrer ni dans le  schéma égalité/intégration  ( décolonisation interne), ni dans le schéma de la décolonisation par retrait. Le modèle de l’identité à la française, comme la référence à l’indépendance au sens de  l’ONU n’y sont pas recevables et c’est bien pourquoi il y a eu , pour relayer les affrontements  d’intérêts et de sensibilités, un concert de recherches d’ intelligences que poursuit d’ailleurs ce colloque.   
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Dimanche 27 avril 2008 7 27 /04 /Avr /2008 01:24
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : outre-mer - Ecrire un commentaire
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"Balises et Résonances", tel est le titre d'une pièce à  réciter que j'avais mise au point il y a quelques années pour Emilie Benoit, une comédienne de la créolité, d'une énergie et d'une  voix prodigieuses et qu'elle eut l'occasion de donner, dans quelques réunions municipales ou associatives, pour l'un des anniversaires de l'Abolition.

C'est le texte que je vous offre ci-dessous, hélas  sans sa voix  ( que j'espère vous faire bientôt entendre en reprenant ici une vidéo de son dernier spectacle "flamme noire"). Je le fais en avance par rapport aux dates anniversaires de l'abolition, car je veux le faire en modeste hommage personnel à Aimé Césaire.

 Lorsque j'avais moins de vingt ans, il a été des maîtres à penser  de nos étroites équipes qui alors militaient et luttaient contre les racismes et les colonialismes et lorsque j'eus plusieurs fois - dans les années 1988 à 2004,  soit que je fus directeur à l'outre-mer, ou président de Rfo ou consultant  - la faveur de le revoir en Martinique il savait s'en souvenir avec une émouvante fidélité .
 

Les minoritaires  dont je fus de ces temps du demi siècle d'hier, heureusement dépassés,  où l'on était loin du concert de louanges envers l'homme, l'auteur et le combattant politique,  se rappellent qu'agir pour la liberté, la dignité et l'égalité - en bref décoloniser, fut-ce au sein même  de la République - ne faisait pas partie  du consensus ni de l'opinion, ni des "élites". Aussi, en vérité, nous n'aimons  guère  que  des milieux culturels ou polItiques  qui furent ceux  du conservatisme ou de la "réaction" , dans l'unanime émoi convenu des deuils,  récupèrent  hypocritement le grand homme dont beaucoup ont longtemps continué à combattre plus ou moins franchement  les valeurs, l'influence et la famille. (Et  je me souviens qu'au sein de Rfo, je ne parvins même pas, contre des cabales,  à promouvoir à la responsabilité d'une belle unité de production, l'un de ses  fils  sans doute parce qu'il portait son nom). Tous les ultra marins ne sont pas sur la ligne des exemplaires  Françoise Vergès ou Daniel Maximin que nous offrit France Inter ce matin.

La  belle victoire, tous les jours à consolider et à amplifier, de l'égalité sur le servage, c'est celle de la République et c'est, outre-mer, celle des abolitions sur les esclavages, l'une et l'autre  si douloureusement acquises par le sang, les luttes et  la parole.

Pour le rôle de la parole, voici mon témoignage qui reprend presque un exposé que je fis à Sc. Po  Paris en 1951 ( sauf pour ceux des poètes qui émergèrent ensuite comme Edouard P. Maunick),  non pas à cette époque  sous l'unanimité,  mais en faisant face alors à plus de moquerie que de sympathie. 





BALISES ET RÉSONANCES
Un canevas de Gérard Bélorgey, pour Émilie Benoît (1998)

Quand, sur l'air de la Marseillaise
le chant des esclaves devient l'hymne des Citoyens de couleurs
à ces accents s'ouvrent les cœurs...

(Émilie chante....)

“Divinité de la Patrie
Raison et Sainte Liberté
Soeurs immortelles du Génie
Compagnes de la Liberté
.......
Raison et vérité
Daignez, daignez
Sourire aux voeux de la Fraternité"


Entendez comme se mêle le chant de la Révolution
et la voix de la Liberté.
Mais comme il faudra du temps pour que le souffle de la Révolution
devienne le souffle de la Liberté;
il faudra deux fois du temps.

Il faudra d'abord un demi  siècle
de 1793 à 1848
pour que l'Esclavage soit aboli.
La Révolution l'efface un moment en Guadeloupe.
L'aristocratie anglo française le maintient en Martinique.
L'Empire le rétablit partout dans le sang.

1848 proclame enfin l'Abolition.




Mais on ne change pas, d'un coup, la société par décret.
Il faut ensuite un siècle entier pour que l'égalité républicaine
au bénéfice de l'outre mer,
soit établie par la loi de départementalisaton d'Aimé CÉSAIRE.
Voilà ce qu'il dit alors à L'Assemblée Nationale, le 26 Février 1946 :
« Dans l'état actuel des choses, près d'un million de citoyens français sont livrés sans défense à l'avidité d'un capitalisme sans conscience et d'une administration sans contrôle. Et alors on se prend à répéter le mot de Diderot : “Avoir des esclaves n'est rien. Ce qui est intolérable, c'est d'avoir des esclaves en les appelant citoyens “.


Pour passer de la Liberté à l'Égalité, il faudra encore un demi siècle,
le temps que les droits sociaux soient portés au niveau de ceux de la métropole.
Quelle longue et dure histoire, et qui n'est pas finie.
Il reste 100 millions d'enfants esclaves à travers le monde...
Triste épopée de l'inachevé...

L'esclavage, c'était les razzias d'hommes, de femmes et d'enfants... déportés, décimés, séparés, mutilés, embarqués comme sardines dans les fers et les maladies par des cargaisons d'infamie, jetés, s'il le fallait, à la mer et aux requins et dont il n'arrivait, franchis des océans de calvaire, qu'une fraction à vendre aux plantations de coton, de café, de canne.

Ce négoce reçoit ses lettres royales de droit, il est doté des blasons de son ignominie.
En septembre 1698, le Prince accorde ce qui suit à la Flotte Royale de Saint-¬Domingue:

"Portera la dite Compagnie pour Armoiries, un Écu en cartouche d'Azur à deux Vaisseaux équipé d'Or allant vent arrière sur une mer de Sinople, un Soleil d'Or en chef, à côté de deux Fleurs de Lys de même, pour supports un Américain au naturel à droite, et un Nègre à gauche... "


En janvier 1716, le Roi de France persiste... Perseverare diabolicam...:

"Nous avons permis et permettons à tous les Négociants de notre Royaume, de faire librement à l'avenir, le commerce des Nègres, de la Poudre d'or et de toutes les autres Marchandises qu'ils pourront tirer des Côtes d'Afrique, à condition qu'ils ne pourront armer ni équiper leurs vaisseaux que dans les Ports de Rouen, la Rochelle, Bordeaux et Nantes."


La traite organisée comme un trust du temps, c'est la sauvagerie pour le lucre.

Le Code Noir lui donne son ordre économique;
le Code Noir ose fixer les règles d'une abomination .

"Louis, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre: À tous présents et à venir,
Salut.
• Tous les esclaves qui seront dans nos Iles seront baptisés et instruits dans la Religion Catholique, Apostolique et Romaine...
• Déclarons les esclaves être meubles...
• Défendons aux curés de procéder aux mariages des esclaves sans le consentement de leurs maîtres...
• Les enfants qui naîtront seront esclaves...
• Les esclaves abandonnés seront adjugés à l'hôpital...
• Les esclaves non baptisés seront enterrés de nuit dans un champ voisin...
• Déclarons les esclaves ne pouvoir avoir rien qui ne soit à leur maître...
• Voulons que l'esclave qui aura frappé son maître au visage soit puni même de mort...
• L'esclave fugitif aura les oreilles coupées, s'il récidive il aura le jarret tranché et la troisième fois il sera puni de mort...
• Enjoignons de gouverner les esclaves comme bons pères de famille...

Car tel est notre plaisir... “


L'esclavage, ce fut le pire, ce fut la nostalgie, c'est devenu la servitude imitative.

David DIOP
illustre ainsi le pire...

"Le Blanc a tué mon père
Mon père était fier
le Blanc a violé ma mère
Ma mère était belle
Le Blanc a courbé mon frère sous le soleil des routes
Mon frère était fort
Le Blanc a tourné vers moi
Ses mains rouges de sang Noir
et sa voix de Maître:
"Hé boy, un berger, une serviette et de l'eau "


Guy TIROLIEN évoque la nostalgie...

"Rendez les moi mes poupées noires
que je joue avec elles les jeux naïfs de mon instinct
Le sauront ils jamais cette rancune de mon cœur
à l'œil de ma méfiance ouvert trop tard
Ils ont cambriolé l'espace qui était mien
la coutume les jours la vie
la chanson le rythme l'effort
le sentier l'eau la case
la terre enfumée grise
la sagesse les mots les palabres
les vieux
la cadence les mains la mesure les mains
les piétinements du sol
Rendez les moi mes poupées noires
mes poupées noires
poupées noires
noires"


Léon DAMAS traduit la servitude imitative.

"Ma mère voulant d'un fils très bonnes manières à table
les mains sur la table
le pain ne se coupe pas
le pain se rompt
le pain ne se gaspille pas le pain de Dieu
le pain de la sueur du front de votre père
le pain du pain

Ma mère voulant d'un fils mémorandum
si votre lecon d'histoire n'est pas sue
vous n'irez pas à la messe Dimanche avec vos eHets de Dimanche
cet enfant sera la honte de notre nom
cet enfant sera notre
nom de Dieu,Taisez vous
Vous aije dit qu'il vous fallait parler français
le français de France
le français du français
le français français...

Il m'est revenu que vous n'étiez encore pas
à votre leçon de violon
un banjo
vous dites un banjo
comment dites vous un banjo
vous dites bien un banjo
non monsieur vous saurez qu'on ne souffre chez nous
ni ban
ni jo
ni gui
ni tare
les mulâtres ne font pas ça
Laissez donc ça aux nègres."


(Émilie chante ici… )
POV' ESCLAV'
suivi du CHANT DES PARTISANS “
“ C'est nous qui brisons les barreaux des prisons pour nos frères...”

Comment ?
Par l'insurrection et la mort
par la réforme
par l'affirmation de soi
et par la révolution
grâce enfin aux Nouveaux Chants du Monde.

L'insurrection et la mort, c'est TOUSSAINT LOUVERTURE
Affranchi en 1776, il entre à 18 ans dans la bataille à la tête d'une armée d'esclaves. Colonel chez les espagnols, il rallie l'armée abolitionniste française à Saint Domingue. Devenu général en chef et symbole du pouvoir noir, il tente de proclamer une république haïtienne. I1 est vaincu par l'armée de Bonaparte. Déporté en France, il meurt en 1803.

“Point d'esclavage, vive la mort “

Ce fut, à Matouba
le cri de 500 soldats, femmes et enfants.

Sous la conduite de Louis DELGRES,
ils choisirent de sauter avec le fort
plutôt que de se rendre.
L'esclavage venait, en 1802 d'être rétabli en Guadeloupe.

Pourtant, la volonté de réforme s'était fait jour dès avant la Convention.
Ce  fut le prosélytisme de la Société des Amis de Noirs. 
Ce fut, devant l'Assemblée Constituante,
la passion de l'Abbé GRÉGOIRE pour la cause des hommes de couleur.

C'est seulement en 1848 qu'une autre croisade sera couronnée de succés
celle de Victor SCHŒLCHER.
Le décret ARAGO du 27 Avril porte abolition de l'esclavage dans les colonies.
L'article 6 de la Constitution du 4 Novembre 1848 confirme:

"L'esclavage ne peut exister sur aucune terre francaise".

Il faudra du temps, encore du temps, pour faire rentrer ces textes dans les  mœurs.
Des accords internationaux de 1841 et 1845
ont bien défini la traite comme crime de piraterie.
Mais des vaisseaux négriers sillonnent toujours les océans:
rapides bâtiments coursiers
qui s'allègent de leurs humaines cargaisons en les virant à la mer
s'ils risquent d'être pris.

Et la mort et la souffrance continuent à rôder par le monde.
Dans bien des pays reste vraie la légende de cette vieille gravure de 1772:

" Ce qui sert à vos plaisirs est mouillé de nos larmes".

C'est surtout par l'affirmation de son identité
que l'on peut rompre les chaînes de la dépendance et de la ressemblance.


Aimé CÉSAIRE dans le "Cabier d 'un retour au pays nataΔ
retrouve la force des sources:

"Ma négritude n'est pas une pierre, sa surdité ruée contre la clameur du jour
Ma négritude n'est pas une taie d'eau morte sur l'œil mort de la terre
Ma négritude n'est ni une tour ni une cathédrale
Elle plonge dans la chair rouge du sol
Elle plonge dans la chair ardente du ciel
Elle troue l'accablement opaque de sa droite patience"


La voie de la Révolution  est celle de Jacques ROUMAIN

"Afrique j'ai gardé ta mémoire
Afrique tu es en moi
Comme l'écharde dans la blessure
Comme un fétiche tutélaire au centre du village
Fais de moi la pierre de ta fronde
de ma bouche les lèvres de ta plaie
de mes genoux les colonnes brisés de ton abaissement

Pourtant
je ne veux être que de votre race
ouvriers paysans de tous les pays
Ouvrier blanc de Detroit
péon noir d'Alabama...
Peuple innombrable des galères capitalistes
le destin nous dresse épaule contre épaule
et reniant l'antique maléfice des tabous du sang
nous foulons les décombres de nos solitudes
Comme la contradiction des traits se résout en l'harmonie du visage
nous proclamons l'unité de la souffrance
et de la révolte
de tous les peuples sur toute la surface de la terre
et nous brassons le mortier des temps fraternels
dans la poussière des idoles”

Ces temps fraternels sont ceux que cherchera Frantz FANON.

"Je suis nègre, et des tonnes de chaines, des orages de coups, des fleuves de crachats ruissellent sur mes épaules. ( pour autant ) La densitéde l'Histoire ne détermine aucun de mes actes. Ne perdons pas de temps en stériles litanies ou en mimétismes nauséabonds. (... ) Pour l'Europe, pour nous mêmes et pour l'humanité, camarades, il faut faire peau neuve, développer une pensé neuve, tenter de mettre sur pied un homme neuf."


N'a t il pas commencé à grandir cet homme neuf
grâce aux Nouveaux Chants du Monde ?
C'est d'abord le chant de SAINT JOHN PERSE:

"Il est temps de brûler nos vieilles coques chargées d'algues. La Croix du Sud est sur la Douane. La frégate aigle a regagné les îles; l'aigle harpie est dans la jungle, avec le singe et le serpent devin. Et l'estuaire est immense sous la charge du ciel. Grand âge, vois nos prises: vaines sont elles, et nos mains libres. La course est faite; la chose est dite et n'est point dite. Et nous rentrons chargés de nuit, sachant de naissance et de mort plus que n'enseigne le songe d'homme. Après l'orgueil, voici l'honneur, et cette clarté de l'âme florissante dans l'épée grande et bleue."

Ils apprendront aussi, peu à peu, à vivre moins durement ensemble, ces hommes et ces femmes de toutes origines qui peuplent les îles: malgré les férocités, les mépris, les haines, affrontés, confrontés, mais unis les uns aux autres, par la terre, les fruits, par les vents, les eaux, les cyclones, portés par les changements de l'Histoire, sous le grand mouvement pendulaire des jours et des nuits des tropiques, sans larges aubes, ni lents crépuscules, ils font un long chemin de mutuelle reconnaissance. Elle n'est jamais parfaite; elle n'est jamais finie.

Bien des femmes y travailleront par la force de leur race, par des talents faisant éclater leurs sincérités: qu'elles disent les mondes noirs et clair obscurs comme Maryse CONDÉ,
ou la violence des ravines comme Gisèle PINEAU; qu'elles soient blanches comme Marie Reine de JAHAM dont l'Or des Isles dit la saga des sangs.

"Mon aïeul était Soundiata Kango Tara le Sculpteur, mais je suis née aux îles. Les Blancs ont fait de moi une esclave et pourtant j'ai aimé un Blanc. Son sang coule dans les veines de mon fils. Crois tu qu'il soit plus heureux que toi ? Ni nègre ni blanc. Nulle part à sa place. Beaucoup d'enfants naissent ainsi dans les cases. Beaucoup d'enfants ni blancs ni noirs ni indiens. Ils sont là, semés comme des graines dans le ventre de la terre. Mais le temps passe et les graines germent. Elles deviennent des arbres. Un jour, la forêt lèvera. Tous ces enfants, au lieu de se cacher, réclameront leur place. Alors, peut être qu'un peuple naîtra, un peuple nouveau, mélange de Caraïbes, de Blancs et de Nègres. C'est ce que je me dis parfois quand je regarde la lune un soir comme celui ci.”


"Trois fleuves
trois fleuves coulent ~
trois fleuves coulent dans mes veines"


Ainsi parlait déjà Léon. G.  DAMAS.
Ces fleuves s'unissent dans un même estuaire, la créolité caraïbe.

Edouard GLISSANT
voit dans cette créolité:
" Non seulement une rencontre, un choc, un métissage, mais une dimension inédite qui permet à chacun d'être là et ailleurs, enracinés et ouvert, perdu, dans lamontagne et libre sous la mer, en accord et en errance ".

Dans "l'Eloge de la créolité", BERNABÉ ,CHAMOISEAU, CONFIANT, ni Européens, ni
Africains, ni Asiatiques, se proclament Créoles.

" Cela sera pour nous une attitude intérieure, mieux: une vigilance. ou mieux encore une sorte d'enveloppe mentale au mitan de laquelle se bâtira notre monde en pleine conscience du monde. Notre Histoire est une tresse d'histoires. Véritable galaxie en formation autour de la langue créole comme noyau"

À la Réunion, on se souvient certes de LECONTE DE LISLE
On promène sur la société le regard tamoul
d'un personnage romanesque d'Alex GAUVIN.
On célèbre la "créolie", unissant des essayistes et des poètes
à l'êvèque Gilbert AUBRY.
Celui ci en est naturellement le porte foi:

" Ici nous vivons de Créolie, comme ailleurs de négritude ou d'Occitanie. Nous savons que nul ne peut nous assimiler à une autre histoire. Au contraire. dans la recherche et le respect des racines propres aux divers groupes, c'est l'ensemble qui prend les cultures des quatre horizons pour en faire son trésor et son partage quotidien ".


Tous ces Nouveaux Chants du Monde
parviennent ils à dissoudre l'héritage de l'esclavage
dans la fécondité des métissages ?
Devons nous dire ensemble, comme il est de mode
 “le métissage est l'avenir du monde” ?
Ou, respectueux aussi de chaque identidé
dire à plusieurs voix que l'Autre existe sans pareil.
Chacun - égal et irremplaçable - se nourrit des réciproques différences.
Qu'elles perdurent pour la richesse de l’univers.

Que notre monde s'enrichisse aussi de brasser
- dans l'exaltation de la pensée et la chamade des corps –
tous les esprits et tous les sangs.
Un monde réconcilié
si loin encore et pour lequel tant restè â faire    
celui où il n'y a plus de férocité, de boucs émissaires, d'humiliation...

Il n'est pas de vraie joie tant qu'il y aura encore tant d'esclaves sur notre planète.


Parmi tant d'autres d'outre mer
qui portent et disent les joies et les douleurs de ce temps
Edouard MAUNICK, de l'Océan Indien,
ne cédera jamais
dans son fertile combat avec l'Histoire et avec la Mer:

".. Mon Ile est un ghetto
si mes yeux ne se rivent qu'au nombril de la terre...
Mon Ile est une aubaine
si je monte à l'assaut des chemins océans
.................. ...
Que le rêve se casse
que cesse le va et vient
entre imposture du jour et menaces de la nuit
.................
Que je dise bois d'ébène
et que l'aubier durcisse au seul nom du bois noir...
Que je dise outremer
pour dire nous sommes vivants
pour scinder la lumière en égal héritage...

Que le rêve se casse
que je revienne ici
vers ma foule arc en ciel

... De quel peuple sommes nous plus
neuf que l'an deux mille
nos visages confondus
nos langues s'entremêlant
nos veines se tutoyant
nos dieux plantés en terre de même cérémonial
et nos gorges mouillées par les mêmes prières
Nous sommes le lendemain des siècles à venir
avec danse à nos reins
.................
Nous fûmes de toutes les cales
nous sommes sur tous les ponts
de l'Ile notre navire..."



Voilà ses ”Paroles pour solder la Mer "
la mer qui n'était pas l'évasion
mais le support de la traite
et le mur de la prison des îles
dans lesquelles on rattrappait
presque toujours les esclaves  enfuis
sauf dans ces forêts de Guyane où les marrons ont fait les bonis

ailleurs, EN SÉ LAN MÈ..
Une vision pour solder l'Esclavage.



  
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Vendredi 18 avril 2008 5 18 /04 /Avr /2008 09:40
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : outre-mer - Ecrire un commentaire
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