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histoire et societe

Mes évocations récentes des affaires d'Afrique du Nord au cours de plus d'un  dernier demi siècle m'ont reporté au livre datant de 1953 de Robert Montagne " Révolution au Maroc" * ( France Empire) venant à chaud expliquer et commenter le remplacement du Sultan par Ben Arafat dans l'alliance provisoire  des tribus, d'une part du Maghzen , de la Résidence (assurée alors, après Juin, par le Général Guillaume et de la majorité de la colonie française). L'auteur à la date où il publie est professeur au collège de France après avoir été ethnologue itinérant du Golfe persique à l'Atlantique dans des pays d'Islam et l'un des opérateurs de la reddition d'Abd el Krim ( d'ailleurs la partie de son ouvrage relative à la guerre du Rif  enrichit de son attachant éclairage très averti  le dossier que j'ai publié à propos de cette guerre sur ce site et dans Actualités de l'Histoire).

Ce livre est captivant car  porteur d'enseignements contradictoires importants qu'on découvre mieux des décennies après sa sortie , alors même  qu'il se trompe à l'évidence , mais si sincèrement qu'il faut  comprendre  les raisons mêlées de ses  thèses erronées qui sont les suivantes : 

- de justifier l'opération de déposition  ( tout en regrettant qu'elle eut été "nécessaire" )

- d'attendre de l'arrivée de Moulay ben Arafat au pouvoir sous étroite tutelle française une période positive ( alors qu'en 1956,  le retour de Mohammed V fut inévitable et  inévitablement lié à la reconnaissance de l'indépendance chérifenne)

- de voir dans le modèle algérien voisin une réussite administrative, sociale et politique pouvant faire envie, notamment  à des  Français du Maroc ( alors  qu'un an après la sortie du livre c'était le début de la guerre d'Algérie)

- de croire qu'entre un modèle d'assimilation   par la France ( sous lequel Montagne ne voit pas le Maroc), un modèle de Nation Arabe à l'image du  Moyen Oient (qu'il ne souhaite évidemment pas,  mais qu'il imagine le seul possible s'il y a indépendance, alors que le Maroc a été, non sans moments très durs ,  depuis lors d'un format sensiblement différent de celui  des pays arabes du Moyen-orient), il y a un modèle viable à construire entre Marocains et Français : un "nationalisme ouvert".

Tout tient en fait à ce que la conception de ce nationalisme ouvert est considérablment influencé par celle du protectorat. C'est en fait une idée de co-souveraineté où les Français (alors 400.000; une population ayant, comme la décrit  Montagne,  considérablement changé depuis Lyautey  par des arrivées massives datant de  la guerre ayant formé une  classe économique très fortunée et une classe moyenne européenne aisée  et largement coupée des réalités du pays sauf pour l'exploiter ou l'encadrer) ne seraient pas "des hôtes de passage" , mais où ils se se verraient étroitement associés par des représentations ad hoc au pouvoir central comme aux pouvoirs locaux.   Tels furent d'ailleurs bien les premiers objets des dahirs promulgués sous le nouveau sultan provisoire , ceux là même qu'avait refusés celui qu'on chassa parce qu'il faisait,  avec l'incitation et le soutien de l'Istiqual, "la grève du sceau" , veto rendu impossible par un transfert du pouvoir à un Conseil des vizirs et directeurs.

 

Or ce transfert était à la fois

- la négation du système Lyautey qui consista - dans une politque de double appui sur les Tribus ( notamment Berbères) et sur l'appareil chérifien (et de bascule lorsqu'il le fallait) -  à faire largement gérer le pays par habilitation de Pachas, Caîds et Cadis  ( ce qui n'empêcha pas un  large passage de fait à l'admnistration directe, mais sans un affichage de compétences pour la communauté française locale, alors même que celle-ci la revendiquait  pour mieux gérer ses intérêts. )

- la mise en cause, au delà du traité de 1912, du principe de  la souveraineté chérifienne, et ceci  au moment même où le monde était mu par des courants pour l'indépendance.

 

  Montagne est d'une part remarquble par ses très fines analyses de la société marocaine (tribus, villes, maghzen, pondération arabo berbère sous un Islam pouvant être un peu  décliné, place de charnière souvent des communautés Juives ; bouleversements de la migration rurale, de l'urbanisation sauvage, de l'insuffisance des formations des jeunes et des voies d'accès aux emplois notamment publics pour les Marocains;  acceptation  , sans législation sociale appliquée,  de la prolétarisation peu combattue  dans une société coupée en morceaux   ; avec toutefois quelques illusions sur les progrès agricoles du bled  ,   ou sur la qualité réelle des relations entre élites, tribus et administration des "affaires indigènes" ou du "contrôle civil" ); mais le même excellent  Montagne , d'autre part,  semble ne pas percevoir l'essentiel : ce qui est en jeu c'est la question de l'affichage du pouvoir, c'est celle de la souveraineté; un nationalisme ne peut accepter de partager l'exercice de ce pouvoir avec une minorité qui reste faite  - même s'il y a des sympathies, des collaborations - d'étrangers qui garderaient leur nationalité et pourraient imposer leurs façons de voir à un double pouvoir spirituel et temporel d'un souverain d'origine, quels que puissent être les défauts ou qualités de celui-ci.

 

Montagne conçoit - comme bien des responsaables, des administrateurs, des généraux, des ethnologues -  la bataille de la dernière guerre , du dernier défi qui n'a pas été traité à temps en Algérie et qui n'a pas eu , jamais, le temps d'être traité au Maroc dont la pacification complète ne date que de 1934 et où le traité de Fez n'a en fait jamais été vraiment admis par les Alaouites, tandis qu les Tribus veulent leurs franchises éternelles qu'elles ont un  peu cédées  contre quelques avanatges . S'  il perçoit bien ce que les transformarions sociales pourraient  apporter comme force de manoeuvre aux nationalistes, il ne parvient pas à mesurer - balançant entre  d'abord l'héritage Lyautey, ensuite l'idée  neuve que s'il faut discilpiner les colons, il faut aussi  leur reconnaître des pouvoirs au moins locaux, et, enfin, celle que le sytème départemental - en fait d'annexion - eut été plus commode (comme il l'indique même pour la Tunisie) -  la force qui est portée par la notion confuse et puissante d'identité marocaine se construisant contre les intrus.  On reste  dans la structure mentale impériale, qui voile la pesanteur de tout ce qu'il explique parfaitement par ailleurs.

 

La leçon de ce livre c'est donc  que "le nez dans le guidon" ( je ne trouve hélas pas mieux ) un  homme de cette qualité, de cette ouverture d'esprit - car ce n'est ni un réactionnaire, ni un raciste -  mais qui reste d'une prévention fondamentale à l'égard du modèle islamo-arabe comme perspective d'avenir pour une Nation - a forcément l'utopie de vouloir lui concevoir - et donc de concevoir à sa place - quelque chose d'autre. Et ce qu'il conçoit , inimaginablement porté par Moulay ben Arafa, c'est ce "nationalisme ouvert" qui finirait de faire rentrer le Maroc dans l'Occident alors que c'est l'Europe qui est rentrée dans le Maroc, alors que, même si la colonisation avait eu toutes les qualités -  ce qui n'a pas été le cas puisqu'il  est vrai que l'essence de la colonisation c'est d'abord de servir les colonisateurs, même si c'est fait aussi intelligemment que par un  Lyautey et que certains peuvent même se prendre au jeu de servir les colonisés   - elle n"eut pas empêché  , d'autant qu'elle fut pour une bonne part "colonie de peuplement"  - la rivalité de deux communautés sur le même sol, les mêmes terres, les mêmes champs et chances  d'avenir pour leurs membres respectifs. Il n'a jamais l'idée que les Français installés  devraient largement partir ; les compétences être rendues, finalement que l'occupation était inévitablement provisoire même si en son temps elle ne fut pas totalement indue, ni inutile . 

 

Le chemin intellectuel et affectif d'un Robert Montagne est celui par lequel des élites françaises ont pu passer "de l'utopie au totalitarisme" lorsqu'elles voulaient essayer d'écarter à tout prix  la perspective d'un  modèle enraciné dans la culture  arabo-berbéro- islamique. Encore quil ne faille pas se cacher  des paradoxes éloquents . Montagne s'inquiète ( pour l'ordre établi mais aussi pour un ordre éthique  qui dépasse le premier )   de la diminution des croyances et pratiques religieuses au Maroc dans les bidonvilles, les milieux aisés et chez les jeunes - comme en Algérie,  dit-il,  avec parfois le même accompagnement d'emprise d'idéologies de gauche,  ce qui marque de sa part comme  une nostalgie culturelle manifeste pour le vieux Maroc. Et voilà que maintenant beaucoup s'inquiètent  à l'inverse d'une progression des pratiques et signes de religion, tant dans les pays du Maghreb que  sur notre sol . Parce qu'hier l'ennemi était la révolution Et qu'aujourd'hui l'ennemi - ou du moins le terreau de l'ennemi - serait  l'Islam? 

 

Vraiment cet ouvrage** retrouvé nous invite à toutes les cures critiques salutaires. 

_______________________________________________________________________________________________

° Dans un sens bien différent, voir Serge Adour dans un numéro de 1953 de "la revues socialiste " disponible au centre d'histoire du XXeme siècle de scPo  ( lex textes de l'époque sont rarement scannés sur la toite et celui-ci, pas plus que Montagne,  n'est pas sur Persée qui serait un support possible)

**  voir sur ce blog le dossier sur le Rif pour y trouver une courte biblio  sur le Maroc depuis 1953  

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Dimanche 31 octobre 2010 7 31 /10 /Oct /2010 18:19
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : histoire et societe - Ecrire un commentaire
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- "Pas de leçon à recevoir sur la monnaie", ni sur  ses conditions de travail ouvrier, ni sur les droits de l'homme, ni sur les rejets et les pollutions de l'environnement, ni sur les pressions sur les matières premières, ni sur des pays du sud et de la Méditerranée ruinés par le  dumping textile, etc... Circulez, il n'y a rien à voir...ni à critiquer  Voilà, sauf miracle , ce que vont dire à nos pouvoirs publics "nos bons amis chinois"   en visite officielle la semaine prochaine...

...ce que la langue de bois diplomatique saura sans doute camoufler alors que le message aura tout simplement été : laissez nous faire ce qu'on veut, sinon vous être des  adversaires ne méritant rien d'autres que représailles pour complicité avec les ennemis du peuple chinois et pour  obscénité.


- "L'obscénité"   c'est aussi à Chanteloup un voile sur une tête, pas même sur un visage. Ceux qui croient  pouvoir comprendre  ce geste de liberté personnelle sont coupables comme la Halde ... Celle-ci avait donné raison à la collaboratrice de la crèche  licenciée par l'association qui l'emploie; mais  selon la critique d'une ardente militante,  Mme Badinter ( cf le journal du dimanche) c'est "se placer dans une optique anglo saxone différentialiste  qui débouche  sur une laïcité ouverte  où toutes les croyances sont respectables  et peuvent coexister , cohabiter dans l'espace public;" alors qu'elle pense , elle, "qu'elles doivent s'exprimer dans un espace privé et consenti" " . Voilà donc ce qu'est la conception de notre République chez qui il y a dans l'espace public ( qui devrait être un espace de liberté , mais qui est devenu un espace mêlant interdits  et  provocations)  ce qui n'est pas respectable et ce qui l'est .   Personne n'a droit à d'autres originalités que les extrémités éventuelles à la mode .. française : que ce qui est respecté par nos canons sociétaux , même avouons  le, lorsque c'est beaucoup,  beaucoup moins respectable qu'un morceau de tissu sur la tête.  Mais il faut faire la chasse aux marqueurs d'Islam dans les espaces publics et dans les espaces privés qui n'y consentent pas.   Et là on est bien servi , garanti du succès avec deux cordes à son arc, puisque la crèche peut être regardée comme un espace public ou comme un organe privé... 

 

C'est sans doute pourquoi aussi  la Présidente de la Halde, une autre ardente militante d'un autre horizon ( mais toutes les lignes se rejoignent à l'infini de... -disons pour être correct - de ... l'absolutisme) voudrait à nouveau faire délibérer son institution sur cette affaire en espérant qu'elle s'aligne  sur les sentiments de F. Copé, le patron politique de la formation sous les couleurs de laquelle ladite présidente s'était autrefois présentée aux électeurs. Aucune tête  ( avec foulard; tout autre signe distinctif  physique, culturel, sexuel, artistique, publicitaire, érotique,  politique, médical, etc...étant admis )  ne doit dépasser.

 

L'opinion approuvera. Comme disait autrefois Laigniel à l'opposition  " vous avez juridiquement tort parce que nous sommes politiquement majoritaires" . Heureusement il y a eu le garde fou du conseil constitutionnel , mais celui-ci sur le point en cause ne s'est-il rallié à l'opinion dominante?

 

Vive donc l'absolutisme majoritaire ( comme pour toutes les élections  décisives au bénéfice essentiel de deux camps majeurs stérilisant la vie et la réflexion publques ,  dans la foulée l'une de l'autre et  au scrutin majoritaire). Vive les majorités d'idées républicaines  ostracistes...( et les majorités d'idées économiques en faveur du libre échange meurtrier avec l'Asie).   Foin donc d'une laïcité ouverte où peuvent coexister un peu parfois  des expressions d'appartenances différentes. Mieux vaut provoquer même lorsque cela allume, là où ce n'est vraiment pas la peine,  les brandons de la discorde et muliplie les problèmes avec les milieux islamiques, y compris avec les plus  pondérés. Périssent plutôt des tas de choses et quelques personnes -  sinon plus,  peut-être - en tous cas des tas de chances de paix,    que les principes de la laïcité intégriste. 

Le plus bête et dangereux  des intégristes est celui qui ne sait jamais transiger . Il est vraiment dommage que l'ego français ( je n'ose pas dire l'égo féministe français, car là alors je serai coupable de discrimination et de stigmatisation) paraisse être celui-là. 

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Dimanche 31 octobre 2010 7 31 /10 /Oct /2010 15:14
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : histoire et societe - Ecrire un commentaire
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Tribune de la Revue Républicaine qui mérite d'être relayée

Le clivage droite-gauche : une illusion qui a de l’avenir ?

dimanche 23 mai 2010

 

Difficile pour un homme ou un mouvement politiques d’échapper à la sempiternelle question : « Êtes-vous de droite ou de gauche ? » Passage obligé de l’exercice médiatique, le port d’une de ces étiquettes nous est présenté comme déterminant quant au choix que les citoyens seront amenés à faire pour tel ou tel. Pourtant, depuis trente ans, de nombreuses enquêtes ont montré qu’une proportion croissante de Français peine à distinguer droite et gauche. Bien plus encore, l’évolution de l’électorat, et surtout, son extrême volatilité, confirment qu’à l’heure du vote ces notions sont de plus en plus dépassées.

Pourtant, les apôtres de la bien-pensance persistent à vouloir cataloguer tous les acteurs de la scène politique selon une logique bipolaire. Deux arguments sont avancés pour défendre la pertinence d’un tel clivage : d’une part, l’historicité d’une division qui serait un élément fondamental de la vie politique française depuis 1789 ; d’autre part, l’existence de deux cultures et de deux projets politiques qui continueraient à s’opposer en offrant des réponses contrastées aux défis de notre temps. Hors, ni l’une ni l’autre de ces affirmations ne peut survivre à un examen critique.

Une vision réductrice du passé politique de la France

Si l’on s’en tient à la version officielle, le clivage droite / gauche serait né sous la Révolution, quand l’Assemblée constituante débattit du veto à attribuer au roi : il séparait donc, à droite, les défenseurs d’une souveraineté partagée entre le roi et la nation, et à gauche les tenants de la souveraineté nationale. Or, à partir de cette fracture originelle, force est de constater que la frontière entre droite et gauche n’a cessé de se déplacer, en fonction des circonstances historiques, mais aussi de l’apparition de nouvelles idéologies, souvent nées à l’extrême gauche.

Ainsi, l’homme de gauche a pu être, au fil de l’histoire : révolutionnaire, républicain, libéral, montagnard, radical, socialiste, communiste. Quant à l’homme de droite, il a pu aussi bien être contre-révolutionnaire, monarchiste, conservateur, nationaliste, démocrate-chrétien. A chaque époque, le débat renaissait autour de nouvelles questions : sur la nature du régime politique (monarchie, république ou synthèse impériale), sur les relations avec le catholicisme (religion d’Etat ou laïcité), sur la nation (nationalisme ou internationalisme) sur l’organisation de l’économie (libéralisme ou interventionnisme), sur la question sociale (laisser-faire, Etat-providence ou socialisme).

De plus, les valeurs respectivement portées par la droite et la gauche ont profondément évolué, et il n’a pas été rare de voir s’effectuer des transferts de l’une vers l’autre. Par exemple, si le libéralisme, plutôt né à gauche, est devenu progressivement une idée de droite, le patriotisme a effectué le chemin inverse. De même, certaines questions considérées comme fondatrices du clivage droite / gauche, ont fini par faire l’objet d’un large consensus, comme l’acceptation des institutions républicaines. C’est peut-être pour cette raison qu’au final les expressions de droite et gauche ont été fort peu employées pour désigner les grands courants politiques de notre histoire. On s’est plus revendiqué du nationalisme, du républicanisme, du radicalisme, du socialisme ou de l’anarchisme, que « de droite » ou bien « de gauche ».

Il est vrai que l’on a malgré tout tendance à créditer chaque pôle d’une identité particulière : la gauche serait fondée sur le primat de l’égalité, sur l’idée de solidarité et de transformation sociale ; quant à la droite, l’accent mis sur la liberté (entendue comme autonomie de l’individu), l’ordre et la tradition constitueraient ses principes cardinaux. Mais il n’en reste pas moins que de nombreux acteurs majeurs de notre histoire politique échappent à cette opposition binaire et ô combien réductrice : Napoléon, Gambetta, Clemenceau, Mendès France ou de Gaulle ont tous été soit revendiqués, soit rejetés par la droite et la gauche autoproclamées. Le général lui-même n’hésita pas à déclarer : « Il y a l’éternel courant du mouvement qui va aux réformes, qui va aux changements, qui est naturellement nécessaire, et puis, il y a aussi un courant de l’ordre, de la règle, de la tradition, qui, lui aussi, est nécessaire. C’est avec tout cela qu’on fait la France. »

Certes, nous dira-t-on, tous ces hommes et ceux qui les suivirent ont eu pour dénominateur commun d’avoir à jouer un rôle dans des circonstances exceptionnelles, celles où les querelles s’effacent devant la nécessité des événements. Mais ne sommes-nous pas précisément entrés dans un de ces tourbillons de l’Histoire où la politique doit se refonder sur une confrontation de projets et non sur des pseudo-identités devenues illusoires mais puissamment entretenues ?

Gauche et droite aujourd’hui : une parodie au service du système

Il faut reconnaître à la gauche et la droite officielles au moins un mérite : depuis le milieu des années 1980 — date du « tournant libéral » pris par les socialistes au pouvoir — elles ont parfaitement su incarner leur rôle et jouer aux téléspectateurs-citoyens une véritable comédie d’opposition. A en croire les débats des vingt-cinq dernières années, l’affrontement entre gauche et droite se cristallise autour de questions sociétales, permettant à chaque camp d’adopter une posture souvent théâtrale : le racisme, le PACS, la parité, le droit de vote des étrangers, les sans-papiers… autant de thèmes qui ont submergé la scène politique et permis à chacun d’affirmer à bon compte son identité.

Plus largement, il s’agit moins désormais d’être de droite ou de gauche que de le paraître. A l’image droit-de-l’hommiste et libertaire de la gauche, répond l’attitude conservatrice et sécuritaire de la droite. En période d’élections, il n’est cependant pas interdit, au contraire, d’aller piocher dans la boîte à symboles du voisin : ainsi, quand en 2007 Ségolène Royal se prenait à rêver d’une France où dans le jardin de chaque pavillon flotteraient les couleurs nationales, Nicolas Sarkozy brandissait avec Jaurès le drapeau de la révolution. Bien sûr, il reste les extrêmes qui, avec leurs discours radicaux, viennent parfois jouer les trouble-fêtes. Mais au final, leur agitation finit toujours par se révéler utile pour les partis dominants ; soit qu’ils les utilisent comme un repoussoir, soit qu’ils leurs empruntent des thématiques de campagne mobilisatrice, pour mieux les abandonner une fois au pouvoir.

S’il est peu à peu devenu nécessaire à la droite et à la gauche dites « de gouvernement » de caricaturer et théâtraliser leurs oppositions, c’est pour mieux cacher à quel point elles ont convergé ces dernières décennies sur des questions fondamentales. C’est qu’au cours de la même période, plusieurs piliers présentés comme fondateurs de leur identité se sont effondrés. La faillite du communisme réel a ainsi privé l’extrême-gauche d’une référence. Quant à la social-démocratie, elle n’a pas su construire de modèle alternatif à ce qu’elle-même a interprété comme une victoire du modèle libéral. A droite, la tradition d’un capitalisme paternaliste, souvent patriote et conservateur a été balayée par la révolution néo-conservatrice venue d’outre-Atlantique.

 

De fait, droite et gauche se sont rapprochées en acceptant ce qu’il est convenu d’appeler la mondialisation néo-libérale, c’est-à-dire la libération des échanges économiques à échelle mondiale et la mise en concurrence des territoires, des travailleurs, des modèles sociaux. Un tel alignement supposait au préalable de lever le principal obstacle sur la route de libre-échange intégral : la souveraineté des Etats. Il s’agissait d’un double reniement, car cela impliquait non seulement de renoncer à la souveraineté nationale d’un point de vue économique, mais aussi politique ; en fait de réduire à l’extrême tout contrôle démocratique de l’économie et toute idée d’indépendance nationale.

Il suffit d’examiner la position des partis dominants sur les principaux traités signés dans le cadre de l’OMC, mais surtout dans celui de la construction européenne, pour voir cette convergence à l’œuvre. En choisissant cette voie, droite et gauche se sont faites les complices d’un désastre sans précédents : par la mise en concurrence déloyale de son économie, le démantèlement de ses services publics, la tutelle imposée à sa politique étrangère, la France se voit désormais gangrénée par le chômage de masse, la ruine de son modèle social, et la perte de son rang sur la scène internationale.

 

Un déclin donc, mais un déclin provoqué, voire instrumentalisé. Les maux dont souffre la Nation sont l’occasion pour chaque camp de concocter une soupe politique qui leur tient lieu de programme. La droite s’empare des désordres inhérents à une société sans repères, où la loi de la jungle s’impose peu à peu, pour jouer les gros bras ; la gauche surfe sur la détresse sociale en mimant les dames patronnesses. Les véritables questions sont esquivées par l’inflation de polémiques au cours desquelles les fondements de notre modèle républicain — souveraineté, égalité, solidarité, laïcité — sont attaqués au nom de la diversité, de la compétitivité, ou de la modernité.

Il est plus que temps de jeter les masques ; il est plus que temps de reconstruire la vie politique autour du vrai clivage, entre ceux qui, comme parfois par le passé, ont pris le chemin du renoncement, et ceux qui refusent que l’exemplarité morale, sociale et politique de la France soit reléguée aux oubliettes de l’Histoire.

Jean-Bastien URFELS
Valeurs et Actions républicaines

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Samedi 26 juin 2010 6 26 /06 /Juin /2010 15:52
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : histoire et societe - Ecrire un commentaire
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La condition des femmes est la matière dont se saisisent régulièrement médias et politiques pour revenir sans trève aux discriminations qui les défavorisent et, en plus, de la part de certains et certaines,  pour mettre en cause la fonction maternelle.

Dans ce décor de passions et d'injustes procès en tous sens,
gardons  conscience, comme on l'a fait par une série de nuances apportées sur ce site, de toutes les contradictions.

Il faut que les "féministes"  reconnaissent l'empire des femmes basé sur leur traditionnelle attractivité sexuelle ainsi que sur leur irremplaçable rôle de génitrice; une  force dotée d'une puissance sociale nouvelle acquise dans des luttes légitimes let  se nourrissant de l'exposé même des insuffisances de résultats : pour autant  cet empire est omniprésent dans le vécu quotidien des relations intersexuelles et entretient  ces  tensions collectives qui rendent éclatant que l'"indifférenciation fonctionnelle" qui s'instaure ne pourra jamais - Dieu merci - surmonter  l'irreductibilité des différences de natures - et donc dans une certaine mesure de rôles spécifiques  naturels et  sociaux -  entre les sexes. 

Mais il faut que ceux qui sont aveugles ou indifférents  envers les servitudes et les discriminations  que les femmes ont à supporter  reconnaissent que dans le champ de l'indifférenciation fonctionnelle, l'égalité de traitement et de chances doit être la régle.

Plus il en sera ainsi, plus solide sera la position de refuser l'assimilation  des femmes à des  hommes. Assurons l'égalité en  sauvegardant les différences. Sinon l'exploitation des femmes  continuera à servir à une forme de brouillage des vraies questions . La concurrence 
multiforme des  empires  de chacun des sexes entretient des débats de société qui ont le défaut, au titre d'ailleurs de justes compassions, de  détourner des débats stratégiques fondamentaux  :  c'est dans une société plus globalement  efficace et équitable ( et c'est la vraie priorité), qu'il serait évidemment mieux possible de faire progresser la condition féminine. En traiter séparément n'a peut-être  en fait guère de sens. Mais cela plaît à tous, y compris à ceux qui n'ont cure du progrès global vers plus d'efficience et de justice.  
              
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Dimanche 7 mars 2010 7 07 /03 /Mars /2010 10:20
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : histoire et societe - Ecrire un commentaire
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Ayant réalisé un dossier sur "le Rif, une guerre oubliée (1921/926)"  - qui constitue le cadre de départ de "La Course de printemps" -  j'en ai confié la publication à Actualité de l' l'Histoire en septembre 2009 ( N° 102 , avec un complément bibliographique dans le N° 103 ). C'est donc dans cette revue qu'on en trouvera l'intégralité, le présent article en produisant la présentation, des extraits, des repères, ainsi que des documents photograhiques qui y sont liés.

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                              commentaire

I - LES ORIGINES

 

En 1909 l’Espagne essuie au « ravin du loup » puis aux portes de Melilla sur les rives de l’oued Kert  sous les coups de Mohamed Améziane (1) - qui soutient les dissidents attaquant la voie ferrée devant permettre l’exportation des minerais d’Ajouan (2) (concédés par le « roghi » Bouhmara(3) ) - de sanglants revers créant une violente contestation populaire ; elle est réprimée, tandis que près de 50 000 hommes supplémentaires  sont bientôt acheminés vers le Rif pour mettre un terme à la révolte. Alphonse XIII vient, en effet,  au delà des « presides » majeurs (Ceuta, depuis 1580;  Melilla depuis 1497),  d’engager l’occupation du croissant rifain qui lui a été ouvert par un jeu accords avec l’Angleterre et la France dès d’octobre 1904 (4).


LIRE LA SUITE DANS "ACTUALITÉ DE l'HISTOIRE" N° 102)

 

L’Espagne, pour sa part, hésitera longtemps devant le « guêpier » rifain que dénonce même celui qui sera le futur chef de gouvernement conduisant la guerre contre Abd el Krim, Primo de Rivera  qui préconise alors l’abandon au profit de la France de la zone d’influence et même un échange avec l’Angleterre entre Gibraltar et Ceuta. Ces hésitations sont telles que la France veut faire considérer que Madrid  ne remplit pas ses obligations internationales et propose en 1919 le rachat du Rif à l’Espagne.

 

En ce temps là,  Mohamed Abdelkrim El Khattabi , né en 1882 à Ajdir dans la tribu des Aït Ouriaghel de la région d'Al-Hoceima,  est le respectueux reflet de sa famille : son père qui est « cadi » cherche à concilier les intérêts locaux et le service incontournable de l’occupant ..... (LIRE LA SUITE, IDEM)

Revenant à Ajdir en 1919 et voyant mourir son père dans des conditions suspectes, il commence, avec son frère, à unir les tribus du Rif dans une idée de résistance que l’étincelle d’une provocation meurtrière du fringant général Sylvestre, va transformer en l’épopée rifaine. En effet alors qu’en 1920,  les Français comme les Espagnols s’implantent dans l’ouest ( les premiers sur Ouezzane, les autres, depuis Tétouan, sur le pays Djebala et sur la ville sainte de Chechaouen) le Rif central se révolte victorieusement.

 

II - LA GUERRE ET LA RÉPUBLIQUE DU RIF

 

 

L’histoire a retenu le nom de la victoire d’ Anoual en regroupant sous ce terme une série de journées (fin juillet 1921), de ruses, d’assauts et de massacres qui laissèrent un effroyable charnier  (quinze à vingt mille morts dont le général , suicidé ?), et aux rifains un butin considérable d’armements modernes et de ressources (les rançons des prisonniers qui pouvaient payer). ....... L’humiliation d’Anoual entraînera Primo de Rivera  à concrétiser ses idéaux militaristes, nationalistes et autoritaires en lançant avec succès un coup d'État le 13 septembre 1923 et le « tercio » (la légion espagnole)  formera le jeune officier Franco à être impitoyable.

Abd el Krim, alors,  ne se laisse pas aller ( pourquoi ?) à prendre Melilla, ce qui aura été, selon lui-même,  sa plus grande faute. Il a d’autres chantiers.

Le premier est d’entretenir un réseau de soutiens internationaux qu’il trouvera au cas par cas auprès d’hommes d’affaires ( comme son ami,  Daniel-Bourmancé de Port Say ) ou selon des lignes de clivage politique ; la gauche et particulièrement les partis communistes en Espagne, comme en France (où l’on voit même des révoltes de conscrits)  fait campagne, manifestations très dures  et débats parlementaires agressifs pour la paix dans le Rif, avec le soutien de Barbusse et des anarcho-surréalistes. John Aznell, journaliste anglais et militant socialiste, favorisera les liens sur Londres ( où en 1925 apparaîtra le « Rif comitee » dont le fondateur Gordon Canning devint le représentant international soutenant un plan de paix que Painlevé et Briand traitent par le mépris, tandis que Robert Gardiner (officier du service spécial de l’Amirauté britannique) fut plénipotentiaire du Rif, alors même que la Grande Bretagne lâchait  les rifains par peur des contagions dans son Empire.

 

Par l’envoi des délégations en France et ailleurs les insurgés cherchent à se faire reconnaître ; parfois reçus, ils n’obtiennent guère plus des autorités françaises, alors même que celles-ci apprécient l’homme qui a conduit  ce qui arrive à leurs rivaux hispaniques. Ils sont des pions du jeu de rivalités entre puissances européennes qui gouverne longtemps le cours des événements et l’intérêt réel qu’ils inspirent se manifeste plus clairement dans les pays colonisés d’Asie (Ho Chi Minh retient la leçon rifaine) et du Moyen-Orient, mais ils ne peuvent en recevoir que quelques modestes concours.

 

Au Maroc même, un tête à tête indirect a lieu quatre ans  durant  entre Abd el Krim et Lyautey qui correspondent parfois et dont les relations sont assurées par l’officier des Affaires Indigènes  Léon Gabrielli (qui a laissé des mémoires très précises). Le résident général ne peut admettre la menace et le risque de l’exemplarité qu’un État rifain ferait peser sur sa construction marocaine mais,  longtemps....  en fait il voudrait rallier et absorber la force que représente Abd el Krim,  comme il a réduit et employé d’autres chefs de guerre et il le verrait bien en gouverneur à la mode du Glaoui ( comme d’ailleurs les Espagnols qui y ont pensé un moment). 

 

Mais Abd el Krim est autre chose: la volonté de lier la construction d’une autorité politique, voire d’une nouvelle société à la réalisation d’une indépendance reconnue. ........

COMPLÉMENTS ET SUITE DANS LE N° 102 DE "ACTUALITÉ de l'HISTOIRE" 


L’émir cherche à combiner une obsession de modernité avec la  tradition de l’assemblée berbère .


Alors même qu’il ne voudrait pas la guerre avec la France, mais qu’il est prêt à la faire, ses conditions de paix resteront toujours fondamentalement les mêmes : la reconnaissance d’un territoire libéré des occupants ; une délimitation de ses frontières qui semblent, compte tenu de sa zone d’implantations, devoir déborder sensiblement vers l’ouest le noyau rifain et, vers le sud, la zone espagnole.   

 

C’est la seconde guerre du Rif dans une nouvelle conjoncture politique : à la chute du gouvernement Herriot en avril 1925, succèdent Painlevé et Briand ; le « cartel des  gauches » qui se fissure est en train de passer à des politiques plus droitières sur le terrain financier, comme sur le terrain marocain. Sur place, Abd el Krim se faisant- au vu des appréciations du journaliste anglais Walter Harris - des illusions sur la position des autres puissances reçoit Gabrielli en juin 1925  à Ajdir et confirme qu’il veut « la reconnaissance de l’indépendance du Rif et de claires limites des frontières » . Lyautey est donc dans une impasse  sur le plan diplomatique, comme il l’est sur le plan militaire, aussi longtemps qu’il n’a pas assez de renforts.

 

pétain


C’est Pétain qui, missionné par le président du conseil pour une tournée d’appréciation de la situation au Maroc, va les obtenir. Dans la foulée, en juillet, il fait nommer un commandant militaire ( le général Naudin qui reste un technicien ) et, surtout se fait désigner comme « chargé de la direction des opérations au Maroc ». Sur ses conseils – il a déjà vu à plusieurs reprises les autorités espagnoles - Paris, tout en prenant les formes, désavoue Lyautey pour sortir de la double ambiguïté de celui-ci vis à vis d’Abd el Krim et vis à vis des Espagnols. La politique va céder place à la stratégie. Deux plans de campagne sont en concurrence : celui du Résident qui vise à infliger une leçon à Abd el Krim pour l’obliger à négocier ; celui du «directeur des opérations » qui vise à écraser la sédition . ........ Lyautey part en octobre et est remplacé par  Théodore Steeg (8) qui aurait peut-être cherché à son tour un équilibre, mais que bouscule le nouveau commandant en chef soutenu par tous les lobbies coloniaux : il ne veut, lui,  ni cantonner, ni apprivoiser le rebelle, il veut le détruire à n’importe quel prix. Il n’a d’ailleurs que sympathie vis à vis de l’Espagne du dictateur Primo de Rivera avec lequel, sur la route du Maroc, il ira une nouvelle fois se concerter à Algésiras pour construire leur action commune : elle va comporter deux phases militaires séparées par une fausse négociation. 

 

La première phase militaire est l’offensive d’août septembre 1925. La France déploie 100 000 hommes de son armées régulière (tirailleurs, spahis, zouaves, largement constitués de troupes indigènes maghrébines et africaines ) et 400.000 supplétifs ( les goumiers qui sont des « réguliers » engagés volontaires auprès d’un officier et des « harkas » levées par le Sultan et par ses vassaux) ainsi que 16 escadrilles d’aviation. Elle appuie de sa flotte le  débarquement espagnol qui a lieu à El Hoceima en septembre et qui aboutit à la prise et au sac d’Ajdir ..... SUITE DANS "ACTUALITÉ DE L'HSTOIRE"

 

cercle tribal

 

L’hiver 25/26 tombe sur un corps expéditionnaire englué dans la boue et les maladies (typhus, paludisme, dysenterie)  encerclant  un rif bombardé, et affamé qu’a fini de mettre en état de siège l’embargo anglais et qui, n’ayant pas la qualité  de « belligérant »,  se voit refuser l’intervention de la Croix Rouge. Beaucoup de défections interviennent dans les rangs de la résistance. 12.000 familles du glacis qu’occupait Abd el Krim font soumission. Des expéditions punitives sont réciproques. Les officiers goum, comme de Bournazel (9), rétablissent des caïds déchus, mais d’autres, spécialistes des « affaires indigènes » restent à la recherche d’une sortie politique que Pétain veut naturellement empêcher .

 

C’est ainsi qu’a lieu en mai 1926 à Oujda une « négociation » solennelle - cette fois-ci triangulaire (avec les Espagnols) et largement de ce fait « mort née » - qui voit s’opposer des positions inconciliables. Si les représentants de l’émir accepteraient une forme de simple autonomie,  c’est aux conditions du retrait (sauf de Ceuta et Melilla )  des forces coloniales du Rif et des Djebala, de l’exil des chefs locaux qui ont combattu avec l’Espagne, d’indemnités de dommage de guerre et de rançons pour les prisonniers, tandis que les Puissances exigent la restitution de ceux-ci, l’éloignement d’Abd el Kim, le désarmement des tribus qui recevront « des garanties à préciser ».

 

Dès le lendemain de l’échec, la dernière offensive utilise plus de 600.000 hommes ( plus que la population totale du Rif) , des matériels considérables (dont ceux prêtés par la Grande Bretagne) et des centaines d'avions (dont ceux mis à disposition par l’Allemagne et l’Italie) avec pour objectif la réduction totale du réduit des rifains, tandis que les deux armées font course pour être celle qui va  prendre l’émir. A la barbe des Espagnols, ce sont le général Ibos et le colonel Corap (notamment assisté du lieutenant de vaisseau Robert Montagne (10), qui le 25 et le 26 vont négocier la reddition. Abd el Krim vient, dans une grande dignité, recevoir l’ « amman » à l’aube du 27 mai à Targuist.

 

Abd-el-krim-9

 

III –CARACTÈRES et LENDEMAINS de L’AFFAIRE DU RIF

 

 

Alors que la pacification est loin d’être faite (certains rifains poursuivront  des résistances et la réduction de la tache de Taza durera jusqu’en 1934), les photos (ci-contre)  de ce matin là sont les symboles de cette guerre  :

Abd-el-krim-2ces rustiques paysans berbères face aux représentants des états majors qu’ils ont tenu cinq ans en haleine ; ces partisans des uns ou des autres, ces goums et ces soldats indigènes : tant d’hommes de mêmes origines s’étant battus férocement les uns contre les autres; ces petites colonnes de prisonniers et de malades ;  et derrière eux tous,  ces djebels épuisés, gris de misère et de ruines ;  enfin ces taureaux égorgés en un sinistre sacrifice.

Abd-el-krim-5



Abd-el-krim-1

  

 

  Guerre qui fut  un lourd tribut pour tous: cruelle, souvent féodale et sans pitié, relevant d’un autre temps, mais dotée de moyens performants de destruction des combattants et des populations,   laissant beaucoup de morts, d’estropiés, d’incurables et de faméliques, de plus en plus « asymétrique »....... cf. "ACTUALITÉ DE L'HISTOIRE" N° 102

 

Cette guerre fut aussi « totale » : par les armes, par les blocus, par les propagandes, par l’importance que chaque camp donna à la communication. D’où le rôle qu’y prirent des visiteurs nombreux du Rif, et, comme commentateurs, comme conseillers, des journalistes du temps. D’où le rôle aussi de plus en plus marquée le long de son cours du thème nationaliste; Abd el Krim glisse de l’affirmation de l’identité rifaine à l’appel à la solidarité marocaine, à la recherche d’impulsions d’autres dissidences (dans l’Atlas, au Sud) et il est bien obligé de mobiliser - pour trouver les terrains spirituels communs, mais sans jamais prêcher une guerre sainte -  par les valeurs de l’Islam arabe......

 

La « médiatisation » de cette guerre  est, en fait,   à double tranchant. Elle apporte au Rif des soutiens - qui sont d’ailleurs plus des sympathies que des moyens concrets et  des leviers politiques  - mais elle engendre surtout l’appréhension que la révolution rifaine ne devienne exemplaire,  contamine les Empires, favorise le bolchevisme. C’est donc une guerre sous dépendance des jeux internationaux des grandes nations...........   Et c’est ce qui va liguer les puissances coloniales contre le Rif.

 

Ainsi la vieille rivalité franco-espagnole va se dénouer dans le sens d’une coalition de leurs droites militaristes bien que la France eut lorgné depuis longtemps sur le Maroc espagnol qui n’était guère occupé, et ait demandé, en 1919,  de le racheter, et  alors même que certains amoureux de notre Empire avaient peut-être encouragé les attaques rifaines contre les Espagnols en pensant qu'une fois ceux-ci défaits, la France étendrait son influence sur le Nord du Maroc. Lyautey lui-même n’a-t-il été tenté,  en ayant comme fer au feu l’hypothèse d’une communauté rifaine acceptant une forme de rattachement  à Rabat, par l’idée que si l’Espagne était poussée dehors, il y avait place pour la France à condition de s’entendre avec les rifains ? En  proposant de l’argent aux rifains pour attaquer le seul front français, ou lorsqu’elle tâtait l’émir pour une espèce de gouvernement pour son compte l’Espagne imaginait bien sans doute, pour sa part, qu’un grand Rif féodal puisse être son vassal. Entre les deux pays, longtemps la Grande Bretagne, l’oeil sur Gibraltar et Tanger, géra une instable balance ; mais les ondes du Rif en Syrie, Libye, Égypte la convainquirent qu’il fallait s’en tenir à la carte des accords internationaux de 1904/1912 dans laquelle un Rif autonome n’existe pas et que le plus expédient était de les faire respecter.  Elle va donc aider les belligérants européens....

 

Au delà, l’écrasement du Rif donne en Europe des portes, des moyens et des alliances au fascisme. C’est la gloire de Primo de Rivera, c’est l’adoubement de Franco, tandis que le Maroc espagnol sera le tremplin fournissant les « tercios » et les troupes « maures » qui combattront les républicains en employant les mêmes moyens répressifs et expéditifs qu’au Maroc ; le Rif fut aussi l’expérience de collaboration  avec des italiens et des allemands et la découverte en Pétain d’un homme fort qui partage sans limites les implications de l’anticommunisme. L’ordre du monde entre les deux guerres s’oppose autant à l’indépendance du Rif que l’ordre du monde quelque temps après la seconde guerre mondiale imposera des indépendances.  La réalité du temps c’est que l’Histoire n’était pas mûre, malgré le pugnacité des rifains, pour que puisse être reconnu  un état autochtone en Afrique du Nord.

 

Ce qui reste fascinant c’est que malgré ce destin  qui était écrit par le rapport de forces, cette guerre ait aussi été le ballet incessant des barouds et des pourparlers. Cela relève de son aspect médiéval, et berbère aussi ( le proverbe dit «  on se bat le jour et on discute la nuit »), comme d’une contagion du système Lyautey privilégiant la pénétration négociée sur la domination pure. Au pire des engagements, des bombardements, des règlements de comptes, les liaisons continuent, les émissaires passent et sont généralement respectés. De bout en bout,  on aura tué,  mais parlé. Pour faire l’un ou l’autre, bien des figures de la nomenklatura militaire française qui ont déjà un nom ou qui joueront un rôle ultérieur - en exprimant déjà, parfois des sensibilités bien différentes - apparaissent dans les horizons du Rif (11) . C’est l’imagerie de la guerre du Rif faite des photos de combattants comme de conciliabules ; elle diffuse dans l’opinion un goût pour les gloires comme pour les intrigues de l’Empire : pour son rôle « civilisateur » pour ses courages et ses paternalismes, pour, selon ce qu’il faut, son devoir de « sévérité » à l’égard des rebelles  comme de « mansuétude » à l’égard de ceux qui ont demandé l’ammam.

 

Le modèle de littérature de propagande coloniale est cet "Abdel Krim" écrit à chaud par un chaud partisan du Protectorat français

 

AEK bon plaisirLorsque l’affaire du Rif entre dans la légende coloniale...et anticolonialiste  (comme en témoignent toutes les publications passionnées des uns et des autres et, aujourd’hui, sur le net, la place qu’elle tient sur les blogs berbères), Abd el Krim entre, lui, dans l’exil de la Réunion. Il y vivra avec sa famille jusqu’à ce printemps 1947, où il germe dans l’esprit d’Erik Labonne, devenu Résident général au Maroc, de donner – on ne voit comment -  à l‘émir,  qui n’a cessé de demander la fin du bannissement,  un certain rôle politique au regard d’un Sultan du Maroc devenu nationaliste. C’est ainsi que le gouvernement  offre à l’émir de venir dans le midi de la France pour laquelle il s’embarque avec les siens en mai, sous une garde légère, sur un vieux navire le Katoomba. A l’escale de Port Saïd il est pressé par diverses personnalités nationalistes d’Afrique du Nord de rester au Caire, ce qu’il fera en prenant bientôt la présidence du comité de libération du Maghreb.

 « Je suis venu trop tôt » dira-t-il, mais il a continué assez longtemps (jusqu’à sa mort en 1963)  ses combats contre les colonisations pour voir reconnues, en Afrique du Nord, les trois indépendances. Ils les a souvent considérées de manière critique parce qu’elles n’étaient sans doute pas bien conformes aux valeurs de sa République du Rif. Malgré sa rencontre en Egypte avec Mohamed V,  il n’a jamais voulu revenir en terre maghrébine aussi longtemps qu’elle serait « souillée » par la présence de forces armées européennes.

 

D’ailleurs la guerre du Rif n’a cessé de peser un peu sur la monarchie chérifienne. Celle-ci en a connu des conséquences politiques enchevêtrées. La première, dès lors que le Trône était dans la dépendance des forces françaises, fut que le Maroc passa de plus en plus sous administration directe, au lieu et place de la méthode Lyautey de gouverner par la préservation de la tradition. Pour autant cette méthode, ayant eu pour effet de cultiver l’identité marocaine, passe parfois pour avoir contribué au nationalisme qui s’est fortifié en protestant contre la dépossession des pouvoirs chérifiens.

En même temps la prise en compte  - certains disent l’exploitation -  du « fait berbère », pour tenir compte de revendications comme celle du Rif et pour récompenser les « grands caïds » de cette appartenance qui avaient servi contre les dissidences,  a conduit la France à confier à ces notables des importantes responsabilités et bénéfices d’administration. En outre « le dahir berbère » de 1930 est passé pour une opération contre le Maghzen arabe : il soustrait alors largement les populations « de coutume berbère» à la justice caïdale en transférant la charge des instructions à des autorités coutumières et à des juridictions spéciales d’appel, ce qui soulève des tollés. Enfin, en 1953 c’est en mobilisant pour ben Arafa un certain nombre de chefs locaux (330 notables signant la pétition,  dont d’importants  caïds berbères tel que le Glaoui) que la France avait déposé le Sultan; mais cette division fit long feu puisque, après des troubles meurtriers,  Mohammed V revint sur le trône avec un très large appui et les ralliements mêmes de ceux qui avaient un moment joué contre lui, tandis que l’Armée de Libération du Maroc avait trouvés de  fortes racines, en pays berbère, dans le Rif et l’Atlas. Loin de jouer contre l’accès à l’indépendance, le monde berbère marocain, dans l’axe des rifains,  a milité pour elle et a contribué à la construire. Ainsi, parmi les 13 caïds qui s’étaient élevés contre la déposition du Sultan et démis de leurs fonctions, il y avait-il, l’un et l’autre, anciens officiers de l’armée française, le pacha de Sefrou, Si Bekkaï, (qui fut le premier chef de gouvernement du Sultan restauré) et le pacha d’Oulmès, Majouhbi Aherdane (qui devint le leader du Mouvement des Forces Populaires, force politique voulant représenter une identité traditionnelle du Maroc)(12).

Pour autant le nouveau Maroc indépendant n’a pas été sans connaître de graves difficultés avec le Rif. Alors que Majouhbi Aherdane entendait bien, au regard de l’approche de l’Istiqlal, qu’il y ait une meilleure prise en compte des singularités de pays comme le Rif, l’apparition en 1958 d’une très grave crise entre le Rif et le Trône aboutit à des opérations militaires faisant quelque 7 à 8.000 morts. La participation à divers gouvernements chérifiens de ce Mouvement populaire (qui se transforme  à plusieurs reprises) n’empêche pas la poursuite d’un profond malaise  - irrédentisme local ?  pouvoir trop distant ? - traduisant surtout, avec les émeutes de la misère de 1980, les difficultés d’une zone montagneuse déshéritée qui - à deux pas aujourd’hui des sites touristiques de la côte - a surtout trouvé ses ressources dans l’émigration, dans l’engagement militaire et dans la culture du kif.

 

Devant ces défis et au regard du poids de l’héritage berbère dans le creuset marocain (cf. encadré) le pouvoir chérifien s’est bien engagé dans une reconnaissance de cette identité. Le Maroc honore aussi de plus en plus la mémoire d’Abd el Krim dont le fantôme pèse toujours sur la monarchie qui le respecte,  mais qui n’a guère bien accueilli ses points de vue, ses  conseils, son frère.... : voir l’enquête du très indépendant magazine marocain  « TEL QUEL »  (14 AU 20 FÉVRIER 2009).

 

ALLEZ sur http://www.telquel-online.com/383/index_383.shtml LE TÉLÉCHARGER POUR ÊTRE ENCORE MIEUX DOCUMENTÉS ET Y TROUVER DES PHOTOS QUE JE N'AI PAS PU TRANSPOSER

 

______________________________________________________________

 

(1)Améziane est célébré comme un mythe marocain et berbère.

(2)C’est le principal intérêt économique ibérique qui  relève d’une société appartenant à un  homme politique espagnol, le comte de Romanonès (plusieurs fois ministre et chef de gouvernement (notamment en 1912-1913 où il négocia avec la France les protectorats sur le Maroc).

(3)Bou Hamara (l'homme à l'ânesse) se présentant en pieux descendant des Alaouites, s’était fait proclamer chérif de Taza ;  prétendant au trône et maître de la région pendant sept ans, il vend des concessions aux Espagnols ; capturé, il est abominablement exécuté  en 1909 par le sultan Moulay Hafid.

(4)Cf. « Les origines diplomatiques du "Maroc espagnol » (1880-1912), Henry Marchat, Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, Année 1970, Volume 7,  et du même auteur « La France et l'Espagne au Maroc pendant la période du Protectorat (1912-1956) », in même revue, Année 1971, Volume 10.

................................................

(8) Gouverneur de l'Algérie de 1921 à 25  résident général au Maroc jusqu’en 29 ; président du conseil en 1930.

(9)L’homme à la « baraka » légendaire, combattant en burnous rouge, tué à Rissani en 1933.

(10)spécialiste, déjà,  du renseignement et de l’action psychologique  qui deviendra un auteur réputé sur le Maghreb.

(11)Mangin, Giraud,  Catroux,  Franchet d'Espérey,  Juin, Rondot, de Lattre,  Billotte, de la Rocque, Beauffre, Noguès, etc.


croixfontaine3.jpg(12)  on les voit, dans les photos ci contre, fin 1954 ou  début 1955,

à une réunion de concertation pour le Maroc avec

l’historien Charles André Julien et le député socialiste

  Robert Verdier.

           croixfontaine-1.jpgcercle-fr-Maghreb-54--Verd-.jpg



Lundi 25 janvier 2010 1 25 /01 /Jan /2010 17:04
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : histoire et societe
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