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outre-mer

Alors que chacun s'empare des Antilles, il faut rappeler ce que, depuis 20 ans,  gauche et droite ont conduit en ce qui concerne ces départements.

La gestion socialiste,  au plan institutionnel, avait tenté en 1981/84 de conduire la fusion des échelons département/région, mais s'est trouvée bloquée par une décision du conseil constitutionnel qui avait annulé le dispositif législatif en ce sens , au motif de différences à respecter  entre régime électoraux des deux institutions; elle s'est accomodée ensuite de cette situation. Michel Rocard, au plan économique et social,  a engagé des plans importants de développement, (particulièrement pour l'habitat) stimulés d'ailleurs par le besoin de reconstruire la Guadeloupe dévastée par le cyclone Hugo  et a réalisé un très grand  rapprochement des statuts sociaux entre métropole et DOM ( avec, dans ceux-ci  RMI à 80%, le dernier cinquième étant collectivisé au profit de financement de logements)  .
Pour soutenir l'investissement privé, cette gauche de gouvernement   maintient en le moralisant ( et en le faisant reconnaître par l'UE)  le régime de défiscalisation des investissements né de la loi Pons qui, après d'autres nombreux ajustements, perdure dans ses principes et dans ses effets positifs au prix d'une "dépense fiscale" appréciable qui vient nourrir les créations d'actifs et les maintiens d'emplois dans les secteurs exposés ( agriculture, industrie, transports, tourisme)  et pour le logement de moyenne et haute gamme.
Au plan européen,  c'est la gauche qui construit ( en lien avec l'Espagne et le Portugal - qui avaient leurs propres "régions ultrapériphériques-) toutes  les bases d'une place exceptionnelle de ces régions dans l'Union telle que le permettaient  les Traités, les jurisprudences de la Cour de Justice et les rapports de force internationaux, pour modérer les portées des principes de libres circulation et concurrence et permettre en tous domaines les adaptations justifiées par leur décalage de développement et de niveaux sociaux. A ce titre ont été notamment bâtis les principes sur lesquels on vit encore (avec beaucoup de réformes d'ajustement à plus d'ouverture)  de l'organisation commune de marché pour la banane, des dispositifs particuliers pour la filière canne (avec un régime permettant aux rhums d'outre-mer de garder des marchés externes), des plans de soutien à l'agriculture et à la pêche trouvant des financements dans le FEOGA, comme la formation professionnelle en a trouvé dans le FES et les équipements publics dans le FEDER , tous ces fonds de développement s'unissant aux contributions budgétaires françaises pour une croissance sans précédent et venant à bout d'une certaine défiance des milieux ultra-marins ( on avait alors le thème du "loup européen" et la consigne "pavoté") envers le vieux continent dont ils redoutaient aussi une immigration qui ne s'est pas produite.

La gestion de droite qui suivit fut aussi très positive. Elle trouva dans le rapport du XIeme plan sur l'outre-mer  " le défi des singularités"  les analyses qui  conduisirent Dominique  Perben à rester dans les mêmes logiques que celles de  Louis Le Pensec. de plus,  il enrichit ce qui était fait, au prix d"une petite augmentation de tva, d'une aide à l'employabilité par d'importantes exonérations de charges sociales qui furent d'ailleurs par la suite - à l'occasion des lois de programme pour l'outre-mer préparées  soit par de nouvelles gestions socialistes ( en particulier par JJ. Queyranne), soit par les relèves politiques que représenta notamment la très tenace  Brigitte Girardin - consolidées et améliorées au profit notamment des entreprises de toutes activités de moins de 11 personnes.

Tous ces dispsoitifs conduits en vérité - malgré des présentations partisanes  qui entendaient toujours différencier ce que faisaient les uns de de ce que les autres avaient fait -  dans une grande convergence de diagnostics et de traitements avaient, naturellement des imperfections portant à des débats parfois tendus avec les partenaires ultra marins et à de fréquentes   retouches plutôt de nature technique que de nature poltique. Ces gestions eurent en commun de ne pouvoir guère avancer dans le traitement des problèmes récurrents qui touchaient beaucoup d'intérêts et levaient beaucoup de passions : celle de régimes fiscaux plus favorables qu'en métropole et aussi justifiés pour une part ( notamment avec une  tva marquées par des taux plus bas et des exonérations importantes, comme l'exigent la distance et les handicaps)  d'excessif pour une autre ( en matière d'impôt sur le revenu, d'autant qu'une part des bénéficiaires des abattements en la matière sont aussi les agents publics  (d'origine métropolitaine ou locale) qui ont une prime  dite abusivement de "vie chère" de 40%, tandis que les différentiels (entre métropole et outre-mer) d'indices de prix à la consommation ont mis vingt ans à en représenter sensiblement moins de la moitié.Les prix outre-mer sont d'ailleurs poussés à la hausse par les sur rémunérations elles-mêmes ( mais elles sont regardées comme intouchables,  les locaux expliquant qu'ils ont conquis ces mêmes primes que les expatriés et qu'elles sont revanche légitime contre  le colonialisme . Des élus locaux, notamment de la Réunion, ont fait des hypothèses de réformes intelligentes consistant notamment à collectiviser une part de ces sursalaires pour nourrir de l'investissement économique de diversification dont les fonctionnaires récupéreraient  d'ailleurs  les parts..C'est trop rationnel pour séduire contre du cash...

C'est la gestion inspirée  par J. Chirac qui a fait ensuite les avancées les plus spectaculaires : d'une part en matière sociale,  conformément aux annonces de sa campagne présidentielle de 95, par l'alignement des smig et des différents minima sociaux et assurances, ce qu' à compter de 1997 le gouvernement Jospin a accompagné du renforcement d'exonérations sociales  et d'une défiscalisation refondée mais toujours assez efficiente.   Il confia, en même temps  à une mission de parlementaires(Lise/Tamaya) le soin d'une réflexion institutionnelle qui s'enlisa. Aussi est-ce en faisan un peu surprise  (et peur)  aux conservateurs  que , d'autre part,  le Président Chirac, très attentif à l'outre-mer,  lança une réforme constitutionnelle qui ouvra en 2003 des possibilités d'évolution, sous réserve d'accord des populations concernées) vers divers degrés d'autonomie ou d'aménagements administratifs. Le plus modeste d'entre eux ( la réunion de la   région et  du département) fut refusé par un électorat  redoutant que tout changement du vieux régime départemental ne porte à une dérive pouvant conduire à une autonomie économique et sociale redoutée et le seul effet aux Antilles du texte novateur,  fut que chacune des Îles de St Barthélémy et de St Martin a pris effectivement une forme d'autonomie, à raison de l'espoir de chacune de gérer mieux sa propre  richesse.

Le souhait de renouvellement de Nicolas Sarkozy s'est accompagné de la remise sur le métier de la "loi Girardin" qui venait d'être votée pour assurer la sécurité dans la durée juridique. Les novations sont dans une  meilleure architecture  des soutiens qui prennent, avec des outils assez comparables, sauf quelques exonérations fiscales marginales supplémentaires , le nom de "zones franches globales" , un bon effort pour réorienter vers les besoins des plus modestes  l'investissement privé logement défiscalisé et une  révision des allégements de cotisations sociales pour que des salaires dépassant certains seuils n'en bénéficient pas, ce qui touche le cash des entreprises. L'ambition affichée est  de surcroît de faire naître un développement endogène qui permettrait aux Îles de moins dépendre des transferts de la métropole. Pour autant,  la question clef des moyens de rénover le parc touristique et de soutenir  cette  activité très concurrencée par les pays à bas coûts  n'est pas vraiment traitée.

C'est sur cette toile de fond que sont apparus, après la crise Guyanaise sur les prix des carburants, les mouvements des Antilles.
 
Avant d'y revenir dans le papier qui va suivre , je crois raisonnable de dire à la gauche métropolitaine que son adhésion inconditionnelle, soit compassionnelle d'impulsion aux revendications telles qu'exprimées, soit tactique de mobilisation pour tout ce qui peut déstabiliser le pouvoir en place,   est peut-être de bonne tactique politique (quoiqu'elle  aura son boomerang) mais  n'est  pas de bonne pédagogie ni économique, ni civique . Elle pense sans doute illustrer là combien la question capitale du pouvoir d'achat doit être résolue par des hausses salariales comme elle le préconise  en général.  Or,  précisément,  les Antilles illustrent que ce n'est pas par ce seul type de mesures que l'on peut résoudre la question du pouvoir d'achat et relancer l'économie. SI des hausses significatives doivent avoir lieu, ou bien elles entraîneront de nombreux arrêts d'activités, ou bien - par un canal ou par un autre - elles devront être portées par l'État qui a quand même d'autres moyens d'actions, hors entrée dans la négociation - tels que les minima sociaux ou des baisses ciblées de TVA .

Ce n'est d'ailleurs parce que la gauche a tort de perdre la raison q"elle perdra ces combats actuels, tant ils sont tissés de passions et de fausses apparences. Mais elle met à son débit une erreur de jugement (ce n'est pas la première fois qu'elle périra de cela).   Alors qu'elle aurait du, dans le fil de tout ce qu'elle a fait de bien outre-mer par le passé, montrer des possibilités de conciliation tenant compte de la réalité économique,  pousser à  des réformes là ou elles sont possibles et légitimes dans les relations avec les gros bénéficiaires du système de distribution outre-mer, chercher avec ses élus locaux, départementaux et  régionaux - tout particulièrement proches d'elle - les moyens d'un vrai pouvoir d'achat : des emplois résultant de marchés rentables, elle esquive par une manoeuvre nationale  la vraie question d'une stratégie économique ..parce qu'elle est incapable d'y répondre aux Antilles, comme ailleurs ?   En mettant tout son argumentaire et en mobilisant aisément des affectivités  sur la répartition et non aussi sur la création de richesses  dans  le territoire national.

PS - je mets cette nuit ce Post scriptum choqué en découvrant les déclarations et le comportement totalement irresponsables de Ségolène Royal - dont la compétence à l'égard de l'outre-mer  en particulier et de l'économie en général n'est pas spécialement établie - qui a opéré sans concertation avec les responsables socialistes territoriaux. Ce n'est pas rendre service aux pauvres de Guadeloupe de soutenir le contenu brut d'une demande qui si elle réusssissait ne résoudrait pas la situation de ceux qui ne travaillent pas et porterait au contraire le risque de l'aggraver en suscitant, dans celle des entreprises qui ne peuvent le supporter, des problèmes et des risques de fermeture devant aggraver le désemploi. La responsabilité d'un leader politique n'est pas de pousser à des troubles sans issue, mais de définir et défendre un paquet de mesures effectivement efficaces qui par leur combinaison peuvent faire avancer
la solution du  problème social existant. Quand on joue à mai 68, on n'a pas la révolution, mais la réaction. Et l'on va avoir , en plus, dans une part de l'opinion, une réaction contre l'outre-mer. Si l'on veut être sérieux, on propose l'envoi d'une "mission du dialogue" pour un panel de mesures et l'on se garde d'un coup politique sur un terrain explosif mal connu.
Lundi 23 février 2009 1 23 /02 /Fév /2009 03:52
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : outre-mer
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Les mouvements qui troublent les Antilles exprimeraient un désir d'indépendance; la volonté de sortir d'une société toujours coloniale, qui serait marquée par le clivage ethnique; et n'étaient-ce les résistances des employeurs, la solution serait dans une augmentation genérale des salaires. Voilà un échantillon des sornettes que l'on entend d'un côté ou d'un autre et que l'on ne peut laisser passer lorsque des activités successives comme les miennes (de directeur des affaires économiques et sociales de l'outre-mer, de pilote du dernier Plan  conçu en le qui concerne ces pays en 1993, de président de RFO ensuite, puis enfin , il y a peu, de conseiller des entreprises des DOM) ont un peu familiarisé avec ces situations parfois tendues et ces univers souvent passionnés, mais répondant à de claires logiques qu'il faut reconnaître et honorer.

S'il est vrai que certains  groupes sont restés à dominante familiale européenne ancienne, partout le milieu des employeurs est un milieu pluri ethnique, dont la mixité vient appuyer le poids majeur dans les professions libérales et les services  ainsi que dans les administrations publiques, sociales et privées des citoyens de couleur de la République. Une évolution qui, allant de pair, avec le besoin des appuis monétaire, budgétaire et sociaux de la Nation écarte toute tentation centrifuge, à tel point que l'attachement de l'immense majorité au statut français a même fait écarter de modestes réformes institutionnelles dans lesquelles des angoissés voyaient des  risques de  "largage" , par dérapage vers trop  de dangereuse autonomie.

 Pour autant il est vrai que nos concitoyens des DOM savent, à merveille, faire sentir et rappeler qu'ils sont, au titre des épreuves des siècles passés, un peu des "créanciers de l'Histoire".   Et, de plus,  ils sont malmenés par la globalisation depuis plus de vingt ans  : concurrencés par tout un monde tropical qui n'a pas leurs garanties sociales, leur pib par habitant, leurs services publics,   mais des prix de revient imbattables construits sur des salaires de misère. Aussi n'ont-ils  réussi à conserver une part de leurs marchés de produits traditionnels, comme la banane ou le sucre et le rhum, que par des montages difficiles à obtenir de l'Europe et/ou par de très fortes capacités d'adaptation. Globalement ouverts, sauf la modeste protection appelée "octroi de mer"  aux importations du monde entier comme à celle de leurs voisins sans réciprocité de la part de ceux-ci, et sans pouvoir, à l'échelle de leurs micro-marchés, être à même de réaliser aisément  des produits compétitifs à petite échelle, ils ont obtenu pour faire face à ces handicaps des soutiens des comptes d'exploitation de leurs entreprises  exposées ,par des allégements de cotisations sociales et des appuis à leurs investissements utilisant la technique de la défiscalisation , mais ils sont  toujours obligés de les justifier et de les défendre.

Comment la plupart des entreprises pourraient-elles, sur leurs moyens, faire face à une hausse généralisée des rémunérations, alors qu'elles ont eu, pour survive,  ces besoins d'allégement de longue date et que ces avantages seraient annulés du même coup, d'autant que des projets législatifs en cours ont prévu la réduction prochaine de ces allégements. Ce serait le coup de grâce pour les activités touristiques qui sont souvent déjà déficitaires tandis que les concurrences voisines ont réussi à délocaliser à leur profit bien des flux touristiques, et alors  que ne sont pas résolus les problèmes de fond de notre  offre antillaise en matière de rénovation hôtelière et de charges fiscales. Quant aux activités agricoles, de construction et btp,  ou  de transformation, elles seraient encore plus pénalisées puisqu'il s'agit de secteurs très exposés  aux coups de la concurrence externe comme aux variations de la solvabilité des ménages. C'est donc uniquement, secteur par secteur,  que pourrait être considérées les capacités d'amélioration salariale, le cas de la distribution et notamment celui de la distribution de carburants ou de produits haut de gamme n'étant pas celui de la majorité des employeurs. Si ceux-ci en nombre venaient à "fermer boutique" c'est plus encore vers une économie publique non marchande de services administratifs et sociaux  et vers une économie privée uniquement marchande de grand négoce  que basculeraient ces univers ultra marins.

Leur premier besoin est d'être protégés des compétitions et des importations abusives; d'assurer ainsi contre le délitement des activités, un meilleur emploi qui est le premier fondamental des pouvoirs d'achats. Passer par dessus bord l'octroi de mer (qui les protège un peu, avec la conséquence d'augmenter en contrepartie les prix des produits  qu'il frappe  en nombre limité ) serait un acte de Gribouille. Ce qu'il faut c'est au contraire développer les productions localement obtenues pouvant  faire de l'emploi local; c'est donner enfin les moyens d'une renaissance au tourisme; c'est faire jouer des clauses de sauvegarde pour des productions qui restent significatives et peuvent être développées  dans le domaine alimentaire. Il n'appartient certes pas à l"État de payer des majorations de salaires, mais pour quelles soient, au delà des secteurs très profitables,  ici et là peut-être parfois possibles, il lui appartient de sécuriser l'activité économique.

Et s'il est des circonstances ou une action par des baisses de TVA - nous sommes libres vis  vis de l'Europe de notre tva dans les DOM -  a un sens , c'est bien là. Parce que ce sont nos frontières économiques les plus fragiles sans l'adossement que des régions hexagonales  éprouvées trouvent, elles,   dans leur voisinage, parce que la progression de l'égalité sociale y est récente, parce que le taux de chômage y est trois fois la moyenne nationale,   il est normal que les effets de la crise et que l'angoisse sur le pouvoir d'achat s'y soient manifestés plus vivement qu'ailleurs. Ce n'est pas une raison pour faire caricature de ces pays dont  tous les habitants ont tant appris depuis trente ans ; mais ce sont des raisons pour fortement les soutenir.         
Jeudi 12 février 2009 4 12 /02 /Fév /2009 17:01
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : outre-mer
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On me communique, selon  NOUVELOBS.COM | 12.02.2009 | 10:55
l'effet prix qu'auraient des modes de calculs des compagnies pétrolières aux Antilles.

En attendant de faire le point par rapport à tant d'improvisations  affligeantes par lesquels divers commentateurs sans compétence s'expriment sur la situation des DOM, je la livre ci-dessous sans me prononcer.
Je veux seulement rappeler qu'il a vingt ans, l'hypothèse sérieuse d'une raffinerie (propre) "de troisième génération" qui eut traité du  brut d'Amérique du Sud pour les marchés caraïbéens et américains
et qui eut été implantée en Guadeloupe a été écartée sous les feux croisés des raffineurs en place, des écologistes et des gardiens des deniers publics qui en trouvaient le cout/défiscalisation trop élévé , bien que la création d'emplois et de revenus eut été considérable. 

"Une note établie pour le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer sur la fixation des prix du carburant aux Antilles et en Guyane s'avère accablante pour les compagnies pétrolières, accusées de s'enrichir parfois "sans cause" sur le dos des consommateurs, a-t-on appris mercredi 11 février. Le document, rédigé par un membre d'une mission d'inspection interministérielle, met également en cause l'Etat : "Le dispositif actuel de fixation des prix par les préfets (...) prend l'eau de toutes parts". Créée en décembre dernier par Yves Jégo, la mission d'inspection est constituée de trois membres (Inspection générale des finances, Inspection générale de l'administration et Conseil général des mines). Elle s'est déjà rendue en Guyane et aux Antilles.

Selon le texte, dont l'AFP a obtenu une copie, "les services de l'Etat sont incapables de justifier la base de calculs" servant à la fixation, par les préfets, des prix du carburant en Guadeloupe, Martinique et Guyane. Les trois départements sont approvisionnés en carburants par la Société anonyme de raffinerie des Antilles (SARA), filiale de Total qui exerce un monopole de fait. Depuis sa fusion avec Fina et Elf, le groupe pétrolier exploite également près de la moitié des stations-services des trois DOM. D'après la note "le coût des approvisionnements n'est pas déterminé sur la base des approvisionnements réels" mais selon "une formule intangible", qui s'applique même si la raffinerie installée en Martinique "est arrêtée", comme en 2007. La marge de raffinage "de l'ordre de 85 millions d'euros par an", subit des "variations de plus de 15 % dans son évaluation entre deux documents successifs, sans justification", s'inquiète encore l'auteur du rapport.
Le coût du transport des produits finis vers la Guadeloupe et la Guyane, par des navires armés ou affrétés par la SARA, "n'est pas plus explicité".

La note relève notamment un "effet dit de dilatation". Autrement dit, selon l'auteur, le carburant est facturé aux stations-services sur un volume donné à la température de 18°, mais il leur est livré à une température ambiante autour de 30°, ce qui augmente son volume, et par conséquent son coût.
"Ce système profite largement à tous, sauf au consommateur et à l'Etat": "en particulier à la SARA" avec son "objectif de rentabilité annuelle de 12%", "aux pétroliers avec un taux de rentabilité de 15%, au moins pour Total" et aux détaillants.
Les gérants reçoivent ainsi "une belle indemnisation de 150.000 euros en cas de départ définitif, mais aussi un petit bonus (de 15 à 20.000 euros) à chaque reconduction de contrat".
Yves Jégo a reconnu sur la foi de cette note, dans la dernière édition du Journal du Dimanche, "un vrai problème de transparence et même un questionnement sur un enrichissement sans cause des compagnies pétrolières". Le secrétaire d'Etat a même menacer que "tout pourrait se terminer par une action judiciaire de l'Etat contre elles". (Avec AFP).

A SUIVRE
Jeudi 12 février 2009 4 12 /02 /Fév /2009 15:01
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : outre-mer
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Invité à participer au colloque de l'ARCC pour le cinquantenaire de la Constitution de 1958 et l'outre-mer, j'ai préparé la communication ci-dessous qui reprend des éléments déjà publiés sur ce site; mais dans les vertus des blogs n'y a-t-il celle  de pouvoir parfois se répéter ?.... ce qui est bien utile pour enfoncer les clous qu'il faut...


 La Cinquième République et l’Outre-Mer
  Grands repères


Alors que la Cinquième République doit prendre acte de l’indépendance algérienne - dont les conditions, à tous titres si affligeantes, sont nées de décennies d’aveuglement - elle  conduit, par contre, avec lucidité trois décolonisations.   

Trois décolonisations

Le socle des transformations advenues sous la Cinquième République entre la France et ses outre-mers est constitué des options  qui ont été offertes  à ceux-ci par la Constitution  de 1958 (et déclinées ensuite par des textes ad hoc)
1. Si pour les DOM, il n’est prévu que la possibilité de mesures d’adaptation, aux populations des TOM  2sont ouvertes quatre options : (1), l’indépendance immédiate résultant de ne pas adhérer à la Constitution proposée et à sa Communauté  ( ce qui sera le cas de la Guinée) ; (2), se positionner comme État membre de la Communauté, ce qui fut le choix des États Africains et de Madagascar, évoluant très vite vers la sortie de cette Communauté qui a disparu dès 1961 ; (3), devenir DOM, ce qui ne sera alors choisi par aucun   3; (4), conserver le statut de TOM - que rallia Wallis et Futuna, auparavant protectorat ( mais qui garda ses « rois » coutumiers ) - et dont sortirent la Côte des Somalis (1977) et les Comores (1974 ),  à l’exception de Mayotte dont la population voulu rester dans la citoyenneté française en 1976, en demandant  une évolution vers un statut départemental, ce qui est en cours .

Ainsi, en cinquante ans , la Cinquième  a  conduit trois transformations majeures:
-  La première a été le rapide passage à l’indépendance des États Africains et Malgache.
- La seconde a été, à l’égard des anciens Territoires d’outre-mer, devenues désormais des « collectivités d’outre-mer », la réalisation d’étapes institutionnelles donnant, de manière originale à chacun de ces « pays » des statuts sur mesure ( pour leurs organes et pour leurs compétences propres) , allant, selon les cas,  de l’autonomie administrative, puis politique,  jusqu’à « la souveraineté partagée ».
En Polynésie française, marquée, sur le plan inter ethnique, par l’importance des métissages entre communautés maori et « popa », sur le plan géographique, par une dispersion insulaire qui complique toutes les équations électorales et, sur le plan stratégique, par son rôle comme base des essais nucléaires, une longue concurrence entre les « autonomistes » de G.  Flosse et les « indépendantistes » de O. Temaru – est aujourd’hui dépassée par des moments de rapprochements tactiques et par l’émergence d’un nouveau leader  (Tong Sang). L’autonomie, démarrée dès 1946 et ayant progressé avec quelques allers et retours , actée solennellement depuis 2004, a été en perfectionnement quasi permanent, et matériellement bien soutenue en compensation d’abord du chantier nucléaire, puis ensuite de sa fermeture, mais pour beaucoup de Polynésiens cette évolution est distancée par le modèle et les perspectives de Nouvelle Calédonie, malgré l’existence ici et là de  « lois du pays »  (permettant notamment des priorités d’emploi pour les populations locales).  
Dans l’archipel Calédonien, la coexistence plus parallèle qu’imbriquée des sociétés mélanésienne et coloniale, augmentées de nombreux apports asiatiques, a conduit longtemps à de graves tensions intercommunautaires et à des recherches infructueuses de statuts pouvant réunir les consentements des nationalistes kanaks et des milieux européens. Les affrontements de 1988 sont dénoués par les accords de Matignon passés entre Jacques Lafleur (pour le RPCR) et J. M.  Tjibaou (pour le FLNKS) qui ouvrent sur un  statut validé par la loi référendaire de 1988, puis relayé et approfondi par l’accord de Nouméa de 1998. Il en résulte  pour ce pays une position si originale dans la République que la Constitution, par une révision acquise à la quasi unanimité,  y consacre son titre XIII :« dispositions transitoires relatives à la Nouvelle Calédonie », (suivies de la loi organique de mars 1999) dans la perspective d’un scrutin d’autodétermination devant intervenir entre 2014 et 2018 
5.

- La troisième décolonisation a été la poursuite et l’accompagnement logique au plan économique et social  de la départementalisation actée,  sous l’impulsion notamment d’Aimé Césaire,  par la Quatrième République,  des « vieilles  colonies » : Guadeloupe, Guyane, Martinique et Réunion. Après, au cours des années 50 à 80, des phases parfois d’hésitation entre extension et application des textes nationaux, ou corpus réglementaire particulier  trop développé et ressenti souvent comme discriminatoire - ce qui va de pair avec de réels troubles dans les années 70 notamment en Guadeloupe - l’accélération est enfin acquise dans le sens d’une identité grandissante du droit applicable en métropole et dans ces DOM. En 1982 l’hypothèse fonctionnellement raisonnable de fusionner échelons départemental et régional se heurte à des problèmes juridiques de modes d’élection de chaque assemblée et l’on en reste à la superposition, dans chaque « DROM », sur la collectivité départementale  de la collectivité  régionale (dont une loi de 1984 organise les moyens). Si, dans le respect, en général, des identités culturelles, ce que l’on a appelé « l’autre décolonisation » a pu, semble-t-il, se produire et être reconnue comme telle, c’est parce que la République a énergiquement poursuivi, en appui de l’égalité civique et politique, partout la mise en place d’abord de la parité, puis ensuite de l’égalité sociale et mis en oeuvre beaucoup de moyens pour en assurer le soutien administratif et économique.
 
Convergences politiques  et novations psychologiques
 

Dans ces évolutions,  certes ouvertes par l’esprit du général de Gaulle , puis mûries par les équipes qui se sont succédées aux affaires, au delà du cas particulier de la passion de M.  Debré pour la Réunion, deux séries d’actions décisives pour le progrès outre-mer ont émané de deux hommes d’État concurrents, mais inspirés, certainement, fut-ce à partir de sensibilités différentes, par la référence à une même épreuve, celle de l’Algérie. Pour un M. Rocard, dont le rôle a été capital pour la nouvelle Calédonie (et les soins très attentifs pour les DROM et pour leur insertion dans des coopérations régionales),  il était impérieux de ne pas reproduire où que ce soit un  schéma de résistance à l’équité et à l’évolution historique qui eut pu entraîner des drames comparables . Un autre, comme J.Chirac s’attacha, , puisque c’était à l’échelle de nos capacités, à mener à bien dans les DOM cette intégration par l’égalité dont certains avaient rêvé comme avenir pour les départements algériens où ce fut impossible; et il apporta, dans toutes ses fonctions, ses soutiens à tous les outre-mers en leur offrant la refondation et l’ouverture de la réforme constitutionnelle de 2003. Voilà deux exemples illustrant bien que, malgré des concurrences souvent féroces sur place entre les camps, les politiques nationales menées tour à tour par des gouvernements différents ont beaucoup plus convergé que divergé, nonobstant les présentations que chacun, tour à tour,  a trop voulu faire des progrès majeurs  que représenterait la sienne par rapport à celles des autres. Sous réserve d’une suite inévitable d’ajustements techniques, il y a donc eu sur les dernières décennies une  grande continuité de lucidité et d’efforts, servie d’ailleurs par les ruptures utiles de beaucoup soit avec des attitudes conservatrices, soit avec des positions transformatrices radicales : des novations positives dont témoigne notamment, en remplacement du combat frontal qui opposa autrefois un M. Debré et un P. Vergès, et malgré la poursuite de vives concurrences électorales, la plateforme largement  commune que présente la Réunion pour soutenir ses besoins dans une appartenance désormais non contestée à la République et à l’Europe.

Refondation et ouverture  par la réforme constitutionnelle de 2003
 

En dehors du cas de la Nouvelle Calédonie ( relevant du titre XIII), la réforme  de 2003 distingue essentiellement les collectivités de l’article 73 ( les départements et régions) et celles de l’article 74  ( les autres collectivités dont chacune peut avoir un  statut propre très singulier). Elle stipule en outre les manières dont le droit national peut, par les collectivités de l’article 73 elles-mêmes  (sauf la Réunion qui a souhaité ne pas être concerné par ce dispositif) , y être  adapté. Enfin le principe directeur de cette réforme, ouvrant des facultés d’évolution à l’initiative de leurs assemblées,  est celui du besoin d’un consentement des populations (à recueillir par voie de référendum consultatif) pour toute évolution, qu’il s’agisse naturellement du passage d’un article à l’autre, ou d’une modulation sous le régime du 73 ou sous le régime du 74, et dans ce cadre d’un changement dans les organes d’une collectivité
  6.

Le point d’arrivée de ces évolutions est  un univers français réparti tout autour du monde ( les « frontières de la République » et non les  « confettis de l’Empire ») dont les ressemblances pour partie superficielles masquent plusieurs séries de différences essentielles. Les ressemblances apparentes sont que toutes ces communautés ont pour points communs visibles d’être d’anciennes colonies, toutes lointaines, multiraciales, gérées par un département ministériel spécialisé, réputées coûteuses et surtout mal connues par l’opinion métropolitaine qui ne s’y intéresse qu’en cas de crises, de cyclones et de projets de vacances .

Mais la différence cardinale  est bien celle qui sépare les collectivités  placées, depuis 1945, sous le statut départemental et toutes les autres collectivités et pays d’outre-mer. Sur le plan historique, ceux qui constituent des DOM résultent des arrivées simultanées dans leurs périmètres géographiques (non peuplé à l’île Bourbon ou quasiment vides ailleurs de population précédentes survivantes)  des immigrations provenant de l’Europe et des déportations  provenant de la traite ; alors même que cette histoire a connu des phases cruelles avant les phases conviviales, elle constitue l’histoire unique partagée; les autres communautés résultent de la superposition des arrivées européennes sur des sociétés préexistantes de longue date,  comme les royaumes maoris ou les clans canaques. On observera aussi que les colonisations en  Océans Atlantique et Indien ont été des colonisations d’encadrement tandis que les colonisations en Océan Pacifique ont été, sauf à Wallis et Futuna,  des colonisations de peuplement, ce qui ne produit pas le même type de sociétés pluriethniques, ni de modèle politico culturel.

Conséquences des différences fondamentales entre DOM et COM
En conséquence de ces histoires bien distinctes, les principes structurants sont que les DOM sont gouvernés par le principe de l’égalité et les COM par la gestion de différences. Dans les  premiers,  l’équilibre a été recherché par accession à l’identité entre les anciens dominants et dominés. Dans les seconds le souhait de tous a été de voir respecter leurs différences avec la métropole et de trouver chacun leur  formes modernes de transactions pour concilier les intérêts des premiers occupants, des colons,  et, lorsqu’il en existe , de leurs descendants communs et d’autres communautés immigrées.

Les traductions en sont sur le plan juridique dans les DOM, l’ « assimilation législative » (c.a.d. , sauf exception stipulée, l’identité des normes applicables avec celles de la métropole), la similitude de l’organisation des pouvoirs publics, l’égalité sociale, le fait que la quasi-totalité du droit procède de la Nation et que tous les habitants des DOM sont des citoyens de droit social direct de la République. Dans les autres pays, le principe de « spécialité législative » va de pair avec  des organes publics originaux dans leur composition et dans leurs compétences, le maintien et le développement (dans un sens recherchant de plus en plus des transactions d’intérêts)   de zones de droit qui ne relèvent pas de la Nation, mais du pouvoir de dire le droit attribué à des organes territoriaux, avec comme conséquences qu’il n’y a souvent pas le même contexte juridique pour la vie de proximité et surtout pas  les mêmes régimes sociaux et fiscaux que dans l’ensemble de la Nation. Chaque collectivité, en dehors des DOM,  comporte ses propres régimes de couvertures ( souvent moindres qu’en métropole)  des risques et charges  ( maladie, vieillesse, de famille, d’emploi, etc.) et ses propres organismes de mutualisation de ceux-ci .  Chaque fiscalité (surtout indirecte et constituée de droits d’entrée) des ex-TOM est définie par les soins de ceux-ci et les contribuables sont ceux des autorités locales. La fiscalité des DOM est définie par le Parlement national; alors même qu’elle comporte des amodiations de la fiscalité nationale ; les habitants des DOM relèvent du pouvoir fiscal de l’État central, comme ils sont des citoyens directs de droit social de la République au sein de laquelle ils ont accédé à l’égalité des droits et à l’identité des obligations.

Quant aux  relations à l'Europe de chacun des deux ensembles, ce sont des relations quasiment sans points communs. Les DOM y sont intégrés, avec les adaptations et modérations autorisées par des articles des Traités européens et précisées par les jurisprudences de la Cour de Justice , tandis que les autres pays d’Outre-mer y sont simplement associés. Le poids de l'Europe est décisif pour les DOM par l'importance des fonds structurels (de 10 à 15 fois plus par habitant que dans les TOM), par les conséquences des disciplines européennes et de libéralisation mondiales sur leurs marchés (les OCM sucre et banane n'ont pas d'équivalent pour les TOM dont les grandes exportations fondamentales  - nickel, coprah, perle noire - ne sont pas liées à des négociations européennes); la liberté tarifaire est le principe des relations commerciales pour les TOM tandis que les DOM dépendent, en matière douanière des décisions européennes sur les relations tarifaires avec les pays tiers et notamment avec les PTOM et les ACP ; les institutions européennes y contrôlent en outre des spécificités telles que les taxes portant le vieux nom d’ « octroi de mer ».
Enfin sur le plan international, où le principe reste la compétence de dernier ressort de la souveraineté nationale , c’est dans les autres collectivités plus que dans les DOM que s’est développée l’idée et des exemples de représentation distincte de celle de la Nation au service d’intérêts spécifiques ou d’exercice partagé des compétences dans certaines relations extérieures.

Une large solidarité de la République empruntant des canaux différenciés pour les DOM et pour les COM.

Les handicaps de tous les outre-mers  sont nombreux : distance, micro-marchés, capacités productives spécialisées avec charges sociales de pays de niveaux européens dans des régions tropicales à très bas salaires et à faibles précautions environnementales; niveaux de chômage et d’assistance souvent proches du triple de la moyenne nationale; risques climatiques importants ; inégalités et tensions internes ;  PIB, certes supérieurs en général à ceux des pays voisins mais  déséquilibrés , dans lesquels la valeur ajoutée marchande est marginalisée par rapport à l’apport des activités administratives et de services ; échanges extérieurs, sauf l’exception due au nickel, très déséquilibrés ; etc. . Pour compenser ces handicaps, il existe, traditionnellement,   un socle de régimes spéciaux fiscaux favorables  qui concernent les seuls DOM 
dans lesquels s’est développé aussi un système d’exonérations des charges sociales patronales plus performant qu’en métropole. Par ailleurs,  depuis 1986, dans les deux types de collectivités , un dispositif ( la « loi Pons ») dit de «défiscalisation », souvent remanié mais toujours consolidé, vise à inciter à l’investissement outre-mer. S’adressant très largement à des contribuables métropolitains, il est l’objet de longue date d’une recherche de « moralisation » et de plafonnement particulièrement à l’ordre du jour  dans la tentative de limitation des « niches fiscales » .

La solidarité entre la République et chaque type d’outre-mer n’emprunte pas les mêmes canaux. Les « transferts »  en faveur des DOM résultent d’une part de l’écart entre les dépenses que la République y effectue et les impôts nationaux  qui sont perçus localement, d’autre part des découverts de gestion des grandes caisses de garanties sociales dont les cotisations ne couvrent pas les dépenses ; ils peuvent, tout compris, être grossièrement évalués à 10 milliards d’euros/an  pour plus de 1,8 millions d’habitants. Vis à vis des COM  - où il n’y pas de fiscalité nationale -  les concours de la Nation sont la somme des dépenses directes qu’elle y consent pour les services qu’elle prend en charge  et pour les équipements et incitations (comme la défiscalisation d’investissements privés)  qu’elle assure, ainsi, par ailleurs, que de dotations affectées à leurs institutions, par lesquelles celles-ci trouvent les moyens de compléter leurs ressources locales pour les régimes de protection sociale propres à chaque pays ; il en résulte en tout  des « transferts » sans doute de l’ordre 3 à 3,5 milliards d’Euros/an, pour presque 750.000 habitants.

Légitimité des transferts de la République en faveur des outre-mers

Il fallait faire cette grossière approche comptable et il faut en même temps récuser les mauvaises implications qu’on pourrait être tenté d’en tirer. D’abord parce que ce sont des données exceptionnellement disponibles qui permettent d’isoler ainsi statistiquement l’outre-mer et que si on le faisait pour d’autres parties de la Nation, on aboutirait dans quasi tous les cas soit à des transferts positifs, soit à des transferts négatifs, le propre de l’unité nationale étant, à l’encontre de ces « régiono-centrismes »  la péréquation des ressources et des charges dans l’homogénéité des droits fondamentaux. D’ailleurs sans doute constaterait-on que certaines zones géographiques de la France européenne «coûtent » aussi cher par habitant que les outre-mers.

Il faut aussi nuancer ces comptes dans plusieurs perspectives démographiques. Hors le cas de la Réunion qui y vient plus lentement, les outre-mers sortent des démographies de transition à croissance assez marquée et un certain nombre de charges vont en être atténuées, tandis que le « cinquième DOM » (c’est à dire les plus de 900.000 résidents en France continentale nés outre-mer ou d’un parent originaire d’outre-mer) fait partie des éléments très  positifs des colonnes d’un plus large bilan que comptable,  auquel il faut incorporer les valeurs ajoutées par  les apports sportifs, intellectuels, culturels, créatifs, scientifiques des femmes, des hommes et des terres d’outre-mer.

Un  bilan traditionnel mettait aussi en face des coûts de l’outre-mer des contreparties appréciables dont il faut reconnaître qu’elles sont moins notoires aujourd’hui qu’hier. Au plan stratégique, depuis l’achèvement des essais nucléaires et compte tenu des techniques des affrontements éventuels ( sauf avec des pirates... ?) , les bases militaires d’autrefois n’ont plus le même intérêt, de telle sorte que le seul territoire stratégiquement unique, parce que les meilleurs lancements dans l’espace doivent être sous l’équateur,  est la Guyane. Les contreparties commerciales (en recettes et emplois) à la dépense publique du fait que la France continentale était le grand fournisseur des importations des outre-mers - à tel point qu’on avait presque pu dire (cf. certaines équations du rapport Jarnac fait en 1986 au Conseil économique)  que le système fonctionnait comme un transformateur de dépenses administratives en recettes d’entreprises -  diminuent, comme l’établit une analyse de l’évolution dans le temps des balances commerciales , à proportion de la libéralisation des échanges mondiaux et de la diversification des approvisionnements des pays d’outre-mer. Reste que l’outre-mer est un prodigieux champ de bio diversité et constitue un chapelet de sentinelles françaises pour la protection de la planète ; mais ces données sont aussi coûteuses que fécondes.

La vraie réponse n’est pas dans un bilan, elle est dans les données irréductibles de la Constitution et de l’Histoire.   Il ne serait pas constitutionnellement possible, sans une espèce de forfaiture,  que la République se sépare des outre-mers contre leur volonté. Voilà qui traduit que la France est avant tout devant une responsabilité historique de fait : hors de tout débat sur « la repentance », elle ne peut qu’assumer les devoirs que son expansion d’autrefois lui a créés. Et il lui faut avoir foi dans une logique qui devrait bien lui faire retour de cette probité.


 


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1 -Sur l’ensemble de cette histoire que l’on ne peut ici, évidemment, que très sommairement schématiser, on se reportera à l’ouvrage complet et actualisé de  J.Y. Faberon et J.Ziller, Droit des collectivités d’outre-mer, LGDJ, 2007.
2 -Les Nouvelles Hébrides n’ont jamais été TOM, mais condominium franco britannique qui a accédé à l’indépendance  en tant que Vanuatu, par décision unilatérale franco-britannique  en 1979.
3 -Mais,  Saint Pierre et Miquelon, un moment, se placera ultérieurement sous ce statut dont il ressortira d’ailleurs pour une position de collectivité spéciale, essentiellement  afin de ne pas voir ses droits de pêche rentrer sous le régime de « l’Europe bleue ».
4 -ce sont des actes administratifs contrôlés par la juridiction du même nom,  tandis que celles de Nouvelle Calédonie sont des actes législatifs sous contrôle, le cas échéant, du Conseil Constitutionnel.
5 -devant être ouvert à un  corps électoral dont il a fallu , non sans difficultés, ciseler les contours en fonction d’anciennetés de résidence et de capacité électorale.
6 -Ainsi les transformations des régions monodépartementales de la Guadeloupe et de la Martinique - qui avait été souhaitées par la majorité de leurs élus – chacune en une nouvelle collectivité administrée par une assemblée délibérante unique – on-t-elles été écartées par des  consultations organisées en décembre 2003, Saint Martin et Saint Barthélemy devenant toutefois, séparément, collectivités d’outre-mer.
7 - puisqu’il n’y a pas de fiscalité nationale dans les ex TOM.

Vendredi 19 septembre 2008 5 19 /09 /Sep /2008 06:27
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : outre-mer
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C'est sur ce  fond de panneau de bois équatorial gravé que se présentait il y a quelques années, l'annonce de l'invitation à une exposition sur les créations Businengé organisée par la galerie "Latitudes 27" et qui fut, dans la même inspiration,  reprise ensuite par la Société d'Encouragement aux Métiers d'Art (SEMA).

"Liibi Na Wan" - pidgin exprimant "to be a one" - être un seul = vivons unis ensemble  - est le nom de l'association qui, à Kourou, au départ dans le cadre d'une opération d'animation culturelle a impulsé dans ce qu'on appelle le VILLAGE SARAMACA, une activation de la tradition créatrice de communautés ayant quitté les rives du Maroni pour une vie urbaine.  La très forte implication de personnalités régionales ( les élus locaux et nationaux, Léon Bertrand et Mme Taubira, le président de la Région, Antoine Karam, l'ancien directeur de l'équipement, Jacques Maurice et Karol Barthémely, la cheville ouvrière du travail sur place) a suscité un pôle renouant avec des pratiques artistiques
d'ailleurs toujours très vivantes  et souvent spontanées dans le profond pays lui-même. Cette mise en valeur  a permis  à des peintres et sculpteurs de bois de se faire mieux connaître en faisant fructifier leurs oeuvres dans le respect d'un code de l'héritage et , parfois, dans sa déclinaison en modernité.
                                                                  
                                                               


Dans la Caraîbe, la mer encerclant les îles livrait l es esclaves fugitifs à leurs  poursuivants. Au sein des Guyanes, les fleuves et la forêt pouvaient les délivrer. Les "nègres marrons", insurgés  contre le système féroce et massif de  la traite,  ont arraché, dès le dix huitième siècle, au Surinam  et sur le Maroni, la  liberté de leurs ethnies :  Paramaha; Djuha; Saramaba, Aluku,  aussi nommée Boni, du nom d'un chef de guerre.


Leur parole par l'image est le Tembé, portant le savoir et l'esprit sur les ailes du temps, traçant aux frontons des cases, aux proues des pirogues, sur les pagaies, dans les objets domestiques, une symbolique sans pareille.

L'Afrique lui apporte peut être une inspiration, mais   c'est l'ethnologue Jean Hurault qui nous le dit "aucun modèle"; l'Amazonie, la seule référence incertaine de dispositifs chromatiques amérindiens. L'Europe, plus tard, fournira les couleurs chimiques fondamentales, résistant mieux à l'humidité que les extraits naturels.

Au sein de ces communautés Businengé  celles des hommes de la forêt (le Busch des saxons)   sous l'autorité coutumière des grands "man",  le savoir faire ancestral - sur lequel veillent les "capitaines" -  est transmis à chaque enfant.

C'est par ces pigments bruts portés en coulées homogènes sur des entrelacs géométriques et curvilignes que ces peintures expriment la fertilité d'un monde gouverné par les lignées maternelles, les attributs et les enlacements des couples, les passions de la vie et la force d'amour jusqu'à la mort.





Des noms déjà connus signent ces œuvres: Dinguiou, Amete, Pinas, Akoeba. D'autres encore sont destinés à la notoriété: parce que les créations Businengé   que l'UNESCO a déjà accueilli, à Paris, en 1995   enracinées dans "les arts premiers" atteignent en même temps, par leurs design et leurs couleurs, à une fulgurante modernité.

                                                                                                         
Des mêmes jeux de signes scrupuleusement observés, sont sculptés et gravés sur  tambours, peignes, couverts, plats et sièges. Lorsque ces  bancs se plient   symétriques ou prolongés d'un long   dossier ouvragé,   ils ont pour originale prouesse d'être    œuvrés dans une seule bille de bois, jusqu'à ce que son   cœur devienne une indémontable charnière. Les diverses, et souvent rares, essences équatoriales conviennent à chaque mobilier :  l'Acajou clair et léger; les nobles Ebène verte et Amarante; le dense Angélique; le   Matoushi bicolore et veiné; les lourds Saint-Martin rouges, le sombre Wacapou, le mythique Bois serpent et le dur Amourette.

Dans ces veines, l'Ecole d'Architecture de Grenoble a aussi dessiné de pures lignes de mobiliers Orkis et Varang pour des habitats de lumière. Des patchworks de tissus multi colores   les accompagnent.
                                                                     

Aujourdhui vous pouvez retrouver ces oeuvres et leurs auteurs  en live  à Kourou, ou en remontant le Maroni et , en virtuel,  sur plusieurs sites dont celui de l'association
<http://pagesperso-orange.fr/libi.na.wan/accueil1a.htm>.

Vous trouverez aussi à Libi Na Wan deux splendides ouvrages de dessins, photos,  commentaires sur l'Art des Guyanes et sur les Voies du Fleuve
 (CRAterre éditions).
Bon voyage.





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Mardi 20 mai 2008 2 20 /05 /Mai /2008 16:28
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : outre-mer - Ecrire un commentaire
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