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POURQUOI CE BLOG



L'objet de ce site est de baliser par quelques souvenirs éloquents l'histoire récente et de faire contribuer ces expériences, par des commentaires d'actualité, à éclairer et choisir les changements, en s'interrogeant sur les propositions des politiques et les analyses des essaiystes. Par ailleurs, à côté des problèmes de société (parfois traités de manière si impertinente que la rubrique "hors des clous"a été conçue pour les accueillir), place a été faite à "l'évasion" avec des incursions dans la peinture, le tourisme, la littérature,  des chansons, ce qui constitue aussi des aperçus sur l'histoire vécue.

 

Identité de l’auteur
vous pouvez lui écrire à <gerard.belorgey@wanadoo.fr>


Né en 1933, appartenant à la génération dont l'enfance a été marquée par la deuxième guerre mondiale, l'occupation et la Résistance, l'adolescence par la Libération, la guerre froide, puis par de clairvoyants engagements pour les décolonisations, l'auteur a ensuite partagé sa vie professionnelle entre le service public (il a notamment été préfet, délégué à l’emploi, directeur des affaires économiques de l’outre-mer, président de la chaîne de radio-télévision, RFO), l'enseignement et la publication d’ouvrages de sciences politiques (il est aujourd’hui membre du comité de rédaction et
collaborateur régulier de la "Revue Politique et Parlementaire"). Il a également assumé des missions dans de grandes entreprises en restructuration (Boussac, Usinor/Sacilor), puis a été conseil d’organismes professionnels.


Alors que ses condisciples ont été en particulier Michel Rocard et Jacques Chirac (il a partagé la jeunesse militante du premier dans les années cinquante et fait entrer le second à Matignon dans les années 60, avant d'être son premier collaborateur à l’Emploi, pour la négociation de Grenelle et au secrétariat d’Etat aux Finances, il n'a suivi ni l'un, ni l'autre dans leurs itinéraires. En effet, dans le domaine politique, comme il ressort de ses publications (cf. infra), Gérard Bélorgey n’a rallié ni la vulgate de la Veme république sur les bienfaits de l’alternance entre partis dominants, ni les tenants du catéchisme du libre-échange mondial. Il ne se résigne donc pas à TINA ("there is no alternative" au libéralisme). Tout en reconnaissant les apports autant que les limites de ceux qui ont été aux affaires et avec lesquels il a travaillé, il ne se résigne pas non plus à trouver satisfaction dans tel ou tel programme de camp. Mesurant combien notre société multiculturelle, injuste et caricaturalement mondialisée, souffre aussi bien des impasses de l’angélisme que des progrès de l’inégalité et des dangers de l’autoritarisme, il voudrait contribuer à un réalisme sans démagogie.

Partie de ses archives est déposée dans les Fonds d'Histoire contemporaine de la Fondation des Sciences Poltiques (http://centre-histoire.sciences-po.fr/archives/index.html)

Il a écrit et existé sous d'autres noms que celui sous lequel il a signé des ouvrages fondamentaux que furent "le gouvernement et l'administration de la France" ( 1967), "la France décentralisée" ( 1984), "Les Dom-Tom" (1994)  : le peuso de Serge Adour correspond à l'époque de la guerre d'Algérie et à une grande série de papiers dans Le Monde en  1957 , celui d'Olivier Memling à l'écriture du recueil de poèmes "Sablier " (couronné en 1980 par l'Académie Française et référé  dans l'histoire littéraire du XXeme Siècle de Hachette) et aux chansons qui en sont issues, celui de  Gérard Olivier à son analyse dans de  grands quotidiens de la décentralisation en 1981/82; celui de Solon  (malheureusement partagée par erreur avec d'autres auteurs) à la publication en 1988 de "la démocratie absolue" . Cessant de vivre un peu masqué, il retrouve son nom en 1998 pour "Trois Illusions qui nous gouvernent", puis à compter de 2000 pour "Bulles d'Histoire et autres contes vrais " (série de coups de projecteurs sur notre monde  qui seront souvent repris ci-dessous), ainsi que pour de  nombreux articles dans  diverses revues. En 2009, son récit "la course de printemps" revient sur la guerre d'Algérie.

hors des clous

Une ministre de la défense d'Espagne passant, enceinte, la revue des troupes a certainement réjoui toutes et  tous les féministes.

Néanmoins, je m'interroge sur de tels progrès de l'égalité/parité. Non que l'on puisse contester au sexe féminin la capacité de gérer la Défense comme l'a bien montré l'exemple français. Mais notre cas ne mettait pas de la même manière en évidence la contradiction que je ressens dans le spectacle  d'une  maternité de la paix  au commandement   des moyens  de la guerre. Car il s'agit bien d'une femme portant un enfant et chef des armées, alors qu'on ne manquait certainement pas d'autres  compétences pour cette responsabilité.   Ce  cas de figure a pu être  parfaitement légitime dans  des  sociétés menacées, aux hommes  en fuite, épuisés ou insuffisants et  dont les femmes,  enceintes ou non,  se retrouvaient  être les bras armés, comme le furent des Romaines, des Israéliennes ou des Franques,  défendant  leur sol et leur familles : les lionnes.

L'apparition des femmes dans la Défense et dans la guerre a  été aussi historiquement de pair soit avec une spécialisation (celle des Amazones se retranchant de la fécondité comme elles se tranchaient un sein), soit avec le besoin d'une  missionnaire pour le salut de la communauté  comme  Sainte Geneviève, Jeanne Hachette ou Jeanne d'Arc; en bref : les saintes.

Mais si des kamikazes féminines dépassent aujourd'hui en sacrifice des poseuses de bombes d'hier, il en est fini des lionnes et des saintes ( dont la synthèse fut dans la Kharidja des soulèvements berbère ) . Le temps est venu des tout venantes, interchangeables avec les hommes.  Nous sommes rentrés - et c'est un autre univers -  dans la banalisation des capacités de mission de  l'un et l'autre des  sexes, faisant que les femmes - sans qu'il y en ait nécessité, mais par principe -  peuvent être, quasiment dans tous les pays du monde ( avec des modalités particulières encore dans les pays d'Islam) soldats, policiers, gendarmes ou ministres des uns et des autres, après d'ailleurs que l'Histoire ait conféré à certaines - comme Impératrice de Russie ou de Chine - des pouvoirs englobant celui là, mais au titre de destins  hors du commun. Or rien n'est plus commun présentement qu'une femme dans des unités de combat ou aux affaires de  Défense  .
 
Pourquoi cacherai-je que j' éprouve comme un regret de cette utilisation à toutes fins des femmes comme des hommes : non pas pour conserver à ceux-ci - en dehors des cas de nécessité appelant les femmes aux armes -  le monopole de préparer ou de faire donner la mort. Mais parce que si j'adhère au féminisme de l'égalité , je ne parviens pas à adhérer véritablement au féminisme de l'indifférence.

C'est, sans doute que j'aime trop l'irremplaçable des femmes - qu'elles soient aïeules, mères, soeurs et/ ou compagnes ( et de travail autant que de vie, d'amours et d'épreuves voire  comme en parlait  Anouilh dans "la Sauvage" , en étant ce petit camarade qui se déshabille le soir et dont tu t'aperçois qu'il est une femme) -  pour que s'efface dans mon regard ce que ma conscience identifie en chacune comme irréductiblement féminin. La femme est  le seul des deux versants de notre espèce qui  peut  (
ou qui a pu) porter des enfants - notre éternité - . Voilà  ce qu'aucune poursuite fanatique de l'interchangeabilité ne pourra jamais effacer, que cette poursuite soit conduite, au plan professionnel, affectif ou sexuel,  par des femmes ou par des hommes pouvant aller en fait jusqu'à refuser  leur identité, et en la refusant en vain, une fécondation, quelle qu'en soit la modalité,  étant toujours nécessaire à une femme pour enfanter, enfanter  ce qui est  impossible  au plus réussi des transsexuels ( sauf si on pouvait le changer par greffe interne , en en faisant génétiquement tout  entier une  personne de l'autre sexe ). Il y a donc l'irreductible   spécificité du sexe féminin  faisant  l'estime sans pareille que je lui porte, l'admiration  et le tropisme qu'il m'inspire, allant de pair  avec ma volonté d'égalité de sa condition dans la reconnaissance de sa  singularité.

Lorsqu'au nom de l'égalité, les fonctions du corps social sont interchangeables entre sexes - et doivent même être portées à la parité - les singularités sont dissoutes.
Et c'est  comme la marque d'une ambition typique de la société contemporaine de vouloir pouvoir  placer n'importe qui - homme ou femme - dans une fonction qui peut ne pas répondre à ce que le titulaire qui l'occupe a d'irremplacable et de spécifique. Sinon par principe, en niant qu'il y a ici ou là de l'irremplacable, mais en voulant partout voir  uniquement de l'interchangeable. Et cette société conserve néanmoins , voire exacerbe,   en parallèle tout un relationnel propre aux  rapports masculin/féminin, relationnel   caricaturant dans ses  dérivées les héritages des rapports de rôles  et de libidos. Il y a ainsi paradoxe  entre dissolution fonctionnelle - l'aptitude de tous et toutes à tout emploi -  et exacerbation fétichiste - le rappel permanent des caractères masculins et féminins - des différences. Paradoxe qui est producteur de bien d'étrangetés.

Au delà de ce paradoxe et des étrangetés qu'il engendre et qui nourrissent conflits, publicités, spectacles et  médias, en donnant aux femmes la double arme ambigue de l'égalité et de la féminité et aux hommes le double clair devoir d'honorer  les deux,    la question est de savoir quelle  devrait  être, dans une société rationnelle, le sort à faire aux spécificités, aux aptitudes singulières irremplacables. Incontestablement, à l'inverse des affectations militaires du temps du sapeur Camembert, lorsquon  envoyait les charpentiers aux cuisines et les cuisiniers à la réfection des toitures, le bon critère serait de faire occuper une fonction par qui serait le seul, ou du moins le mieux,  apte à bien la tenir. Mais c'est 
- hors emploi très particulier - un critère très peu utilisable, chaque individu s'estimant  largement apte, formation aidant,  à beaucoup d'hypothèses de fonction. Pourtant il me semble qu'il y a bien des fonctions ( et je ne m'engagerai pas dans la dangereuse illustration de celles-ci) que les femmes sont bien plus aptes à remplir que ne le sont les hommes ( ce qui ne signifie pas qu'elles ne soient pas parfaitement aptes à remplir toutes les fonctions tenues par des hommes).  En ne pouvant quand même faire mieux que leur attribuer  cette supériorité fonctionnelle ( elles valent tout homme, mais les hommes ne peuvent pas les valoir ),  il est certain, néanmoins,  que  je suis  aux yeux des féministes - qui ne veulent pas l'égalité, mais la non spécialisation (comme garantie contre le cantonnement des femmes dans des fonctions familiales  ou réputées féminines ) -  un dangereux rétrograde. Certes non; j'imagine  bien une société idéale construite par et pour les féministes  : une société sans homme, sauf quelques géniteurs sélectionnés dont les semences pourraient être utilisées sans contact direct si celui ci n'était pas souhaité.  Est-ce l'étape d'après la parité ?
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Mardi 13 mai 2008 2 13 /05 /2008 20:59
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : hors des clous - Ecrire un commentaire
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C'est la fin des voeux; c'est l'ouverture des promotions de décorations; c'est le plein des soldes; les deux derniers allant parfois de pair, mieux vaut ne pas dire comment.

Appartenant pour ma part à la sociélé semi secrète de ceux qui ont fait, pour épargner tout le monde,  le voeu de ne pas en envoyer ( pas plus aux autorités d'État qu'aux anciens collaborataurs, mais exceptionnellement aux seules vieilles dames oubliées), j'ai étendu  mon abstinence aux félicitations que je n'adresse plus de longue date ni pour des promotions dans les ordres prestigieux de la République ( bien que les progrès du principe de parité me conduirait ainsi à des adresses féminines multipliées en vérifiant que la beauté et ce qui l'accompagne valent bien des mérites et des talents) et, dans la foulée, je ne félicite même plus pour les nominations ( mon hypocrisie ne parviendrait pas à être au niveau du turn over).

Je vous encourage tous à rejoindre de fait notre société secrète qui n'est lisible qu'en creux. Si vous ne recevez pas de voeux ou de félicitations de tel ou tel c'est peut-être qu'il en fait partie.

Mais en souvenir des temps anciens où les décorations et les promo comptaient déjà tant, sinon plus, et où les femmes tenaient plus à celles de leurs compagnons de carrière  qu'à celles qu'elles ne recevaient pas encore aussi largement qu'aujourd'hui à titre personnel,  je vous cadeau de ce petit billet de souvenirs extrait de mes "Bulles d'Histoire et Autres Contes Vrais", livre disponible sur www. alapage.com

Bulle N° 24 - TU L'AS OU TU L'AS PAS? POURQUOI TU L'AS PAS? / 1966



Les invités se pressaient, après avoir déposé leurs manteaux au vestiaire, dans les petites antichambres donnant accès aux grands salons de l'Élysée. C'était une soirée en uniforme et habit, avec les décorations pendantes, ces adorables petits rubans multicolores auxquels sont suspendues des médailles plus ou moins nobles, mais qui font, sur la ligne de leur brochette, un merveilleux effet sur les poitrines des sombres tenues.

Chaque couple était pressé dans le sas d'attente, avant d'être présenté au général et à Madame de Gaulle qui recevaient quelque chef d'État africain auquel ils donneraient ensuite un ballet ou un concert. Tous ces personnages debout, se tenaient coi ou se faisaient quelques sourires, le plus droit possible dans les redingotes masculines ou s'efforçant d'offrir, sous l'arc des écharpes, leur meilleure ligne d'épaules féminines. Ils refrénaient, dans ce côtoiement, les uns l'envie de fumer, les autres de remettre un point de maquillage ou de parfum. C'était  une vraie galerie de dessins de Sempé.

Devraient-ils, comme une fois précédente, se lever avant d'avoir fini de dîner?  Au bas bout de la table, les hôtes d'honneur ayant été servis en premier, avant que la longue rangée des invités n'aient pu l'être, ils avaient du suivre lorsque le président s'était lentement déplié pour inviter son visiteur à gagner la pièce voisine. Ou devraient-ils, à l'unisson de ce que le président fit un jour, pour mettre à l'aise un convive exotique ayant absorbé comme rafraîchissement la coupe de lave-doigts, porter encore à leurs lèvres cette eau citronnée ? Aurait-elle, notre voisine en robe lamée, cette chance que le vieil homme toujours sensible, garde un peu sa main dans la sienne, la hume de son grand nez  et lui dise, comme il avait dit un soir à ma femme :

«  Madame, je ne vois plus bien clair, mais je sens votre parfum. Je souhaite que vous reveniez dans cette maison ».

En attendant, cette voisine regardait la poitrine de chaque tenue qui rentrait, puis celle de l'homme qui l'accompagnait. Son regard allait d'un buste à l'autre pour inspecter et comparer les brochettes de décorations.

«  Celle-là, il l'a; celle-là tu l'as. Celle-la aussi. Celle-là, il l'a ».

Puis, tout d'un coup, elle dit à son mari  qui en fut tout chose :

« Mais celle-là? Tu l'as ou tu l'as pas?  Pourquoi tu l'as pas ? ».
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Samedi 2 février 2008 6 02 /02 /2008 17:13
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : hors des clous - Ecrire un commentaire
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IL Y A PLUSIEURS MOIS, JE METTAIS EN LIGNE "LA TRAQUE DU TABAC" QUI MÉRITE L'ACTUALISATION CI-DESSOUS:

LA PERSÉCUTION DES FUMEURS


Oui, le développement exponentiel des obligations et des interdits, est bien ce que nous vivons. La perfection totalitaire sera atteinte lorsque « tout ce qui ne sera  pas interdit deviendra obligatoire ». Non seulement l’espace entre les deux se rétrécit de plus en plus, mais encore ce qu’il en reste n’est même plus liberté, mais conditionnement par les normes de comportement et de pensée  telles que  validées, parce que toutes les sciences humaines sont impérialistes, par les églises scientologiques du temps : thérapeutiques, sociologiques, économiques, de communication,  qui nous gouvernent. La voie de la  sagesse nous est tracée :  la protection absolue du corps, la déification du sport, la consécration de l’argent aux achats préconisés par les négoces et les médias, un peu de charité pour réduire l’appel à l’impôt, l’obéissance au marché mondial, la résignation aux « plans sociaux » et aux restrictions de garanties sociales, puisque tout ce qui nous arrive est bien de notre faute. D’ailleurs ne devrait-on au moins doubler les cotisations maladies des fumeurs, sauf à constater que leur moindre longévité justifie, si l’on fragmente la solidarité en gestion de risques séparés, de diviser alors par deux leurs cotisations vieillesse.  En attendant, la prohibition du tabac s’intègre à cette vaste entreprise européenne de soumission des minorités grâce à laquelle, tout pouvoir pourra  mieux faire contre eux-mêmes le bonheur et le salut des gens qui ne rentrent pas dans le rang.

Telle est l’une de ces manifestations de « la démocratie absolue » à laquelle nous appartenons : l’obéissance à des majorités d’opinion, constituées d’ailleurs de manière plus hétéroclite que sur la base d’un ciment politique  (et donc plutôt appréciées par des sondages que par des votes). Or ceci se produit à un moment historique où les gouvernants  - à quelque parti qu’ils appartiennent - sont très armés par la concentration des pouvoirs, mais  largement impuissants pour déterminer (quoiqu’en dise la Constitution) la politique de la Nation. Tous les choix fondamentaux économiques résultent du libre-échangisme mondial et sont fixés au niveau européen. Les politiques sociales en sont d’abord les pansements indispensables parce que l’assistanat est la condition du libéralisme, ensuite des « réformes » demandées par ses privilégiés sans lesquels ce libéralisme ne fonctionnerait plus. Les gouvernants se replient donc - en y trouvant même de quoi remplacer un peu des programmes politiques - sur l’édiction de règles dans des domaines où le pouvoir a moins compétence liée par les contraintes économiques et sociales. C’est celui des mœurs où les dispositions peuvent, de plus, encore rester différentes d’une Nation à l’autre.  Mais il y a des thèmes débattus (comme, par exemple, celui de la bioéthique ou le droit des relations sexuelles) constituant des sujets qui fâchent dont le traitement ne garantit guère de se tailler un large succès politique, tandis qu’il y a des sujets qui font recette en répondant à toutes les peurs, souvent d’ailleurs fondées, et en se bordant par le principe de précaution et l’intensification des  prohibitions.

 
En effet si l’accouplement d’héritiers de mai 1968 et des bénéficiaires du libre-échange mondial  a eu pour conséquence la libéralisation à tout va des moeurs et des marchés, le prix à payer en contrepartie - dans les relations intimes et sociales, sinon dans les relations internationales - est de « se protéger ». Dans une civilisation qui appelle à jouir et à gagner, nombreux sont ceux qui vivent dans la hantise de souffrir et de perdre : du fait d’atteintes à leur santé, de menaces sur leur sécurité, de ponction sur leurs ressources à raison de l’accroissement des charges collectives, tandis que beaucoup s’inquiètent de ce que sera leur retraite. Le deal qui s’est imposé est très simple. L’existence de champ de libertés sans grand  frein a pour contrepartie un jeu d’interdits sans juste mesure. Aussi, d’une part, la permissivité complaisante pour bien des moeurs et des laxismes, d’autre part, les facultés de dissimulation d’excès ou de vices, constituant des crimes et délits, mais  qui ne se voient pas d’emblée et qui se mesurent et se répriment donc mal, ont porté les gouvernants à user de l’utilité politique de frapper d’interdit et de répression des comportements moins graves mais qui se voient  ou s’enregistrent aisément.   Comme de fumer dans des lieux publics ou de commettre des infractions légères au code de la route. D’où l’épanouissement de ce type de réglementation en compensation de  beaucoup d’impuissance par ailleurs à l’égard de graves atteintes à l’intégrité des personnes ou envers des fléaux sanitaires et sociaux. Comme la pollution à laquelle personne ne peut échapper et qui est sans doute aussi pernicieuse que le tabagisme passif. Comme ceux qui nécessitent des dispositifs lourds et coûteux pour être constatés, contenus et réprimés : le développement des perversions sexuelles, les consommations des drogues dures, l’alcoolisme plus discret que le tabagisme, les traitements parfois dangereux mais toujours peu visibles de bien des produits alimentaires. Mais, il  y a un cas où l’on peut  constater aisément le flagrant délit : la consommation du tabac dans un lieu public  ce qui permet d’identifier le baudet de la fable : ce lépreux, le fumeur.

Au delà, les hygiénistes  vont faire d’autant plus terroriste que l’on glisse de la protection des voisins et des serveurs à la traque des fumeurs, en remplaçant la responsabilité individuelle par la discipline collective et l’analyse des causes de dépendance par la culpabilisation comme système de traitement. Comme il est normal et légitime d’écarter du recours au tabac les jeunes non initiés, de chercher la désaccoutumance des intoxiqués, de protéger les non fumeurs !  Mais comme il est significatif  que les mesures adoptées - loin de poursuivre ces seuls buts par un équilibre qui eut été possible entre tolérance et répression des abus (et l’on ne décrira pas ici toutes les formules intelligentes concevables, mais écartées) - ont en fait pour objet d’éradiquer radicalement la possibilité de fumer autrement qu’en privé (si bien que la bonne réponse des fumeurs à la prohibition serait de monter des clubs privés à utiliser …. « avec modération » , dont membres et personnels seraient fumeurs).

La réglementation applicable aux lieux de travail a donné le ton du fanatisme  (ainsi, pour éviter le mauvais exemple dira-t-on,  en interdisant aux enseignants stressés de tirer une bouffée, dans le périmètre, même dans les parties à ciel ouvert, d’un établissement ; ou en ne concevant pas, en entreprise, que dans un bureau unipersonnel ou dans un local où une petite équipe le souhaiterait, il y ait dérogation à l’absolu de l’interdiction). Le but - dont se délectent les moralistes qui y voient une punition - est en fait de rendre quasiment impossible aux fumeurs la satisfaction de leur besoin. Celui-ci n’est pas de pouvoir aller fumer de temps en temps dehors (et même pas dans des endroits « ad hoc » tant les prescriptions imposées en rendent la réalisation irréaliste), ce qui n’a aucun intérêt. Sur un coin de trottoir, la meilleure cigarette a mauvais goût, je vous l’assure, tandis que le mode d’existence du fumeur  est de pouvoir accompagner ce qu’il fait de la possibilité -  même s’il ne l’utilise pas -  de fumer. La porte est ouverte pour toutes les répressions à venir :  l’interdiction étendue à des espaces ouverts (les jardins car ils reçoivent des enfants), aux voitures des particuliers (au nom de la sécurité au volant), à des ensembles d’habitation (un règlement interne suffit). Que les fumeurs  remercient les « Savonarole » ; tout cela c’est pour leur bien.

Cette thérapeutique agressive est contre-productive. Il suffit, hélas, à beaucoup de ceux qui  cherchent à diminuer ou à cesser leur consommation  d’entendre le martèlement provoquant des campagnes prohibitionnistes pour avoir colère et l’irrépressible envie de porter le briquet au bout de l’interdit. Les ayatollahs ne comprennent manifestement pas que c’est une affaire très difficile, un effort très fragile que se délivrer du tabac.  Ni les produits des lois, ni ceux des labo ne peuvent guère y contribuer si l’on ne perçoit pas ce qu’il faut prendre en compte de la vie de bien des fumeurs. Jamais, je ne lis pourquoi des gens fument  jusqu’à s'en faire mourir. Pour supporter quel manque, quelle épreuve, quelle route, quel malheur, tous ensemble souvent auxquels ils pensent tout le temps ? Ce n'est pas une affaire chimique de neurones à faire réagir au défaut de nicotine, mais de mémoire indestructible à tuer. Et même lorsqu’un sevrage paraît marcher, celui qui s’apaisait de l’illusion d’une cigarette et qui n’a plus envie de fumer n’a pas pour autant réponse à son  mal s’il ne l’a traité au fond. Voilà pourquoi sans doute, il y en a tant qui replongent.  Et parfois l’un ou l’autre qui  s’arrêtent vraiment, totalement, ce qui explique qu’on mette en garde contre les tendances suicidaires que peuvent créer des antidépresseurs antitabagiques. Un tel, comme il ne fumait plus, ne se cachait plus rien, ni ne se cachait plus derrière son rideau de fumées ; la scène s’est éclairée, le masque est tombé ; il s’est vu et il ne s’est pas supporté. 

En effet, à côté de ses graves méfaits, le tabac peut être devenu utile et parfois nécessaire. C’est l’accompagnement par lequel nombreux sont ceux qui parviennent à supporter le monde tel qu’il est et leur vie telle qu’ils ont du et doivent l’assumer. A défaut de ce recours, bien d’autres conséquences de leurs déséquilibres et besoin de compensations sont bien plus dangereuses. Combien, sans le tabac, seraient tombés dans des dépressions, les vrais drogues dures, les névroses, des folies, voire des violences.   Une autre facture pour la société. Le tabac fait mourir dans la souffrance, mais il fait aussi survivre dans l’endurance. J’en connais pas mal qui, soit seraient morts sans lui, soit auraient fait quelques ravages sur eux et autour d’eux,  s’il n’avaient eu cette béquille pour vivre.... ce qu’ils avaient à vivre. Que va-t-on faire dans les prisons (préférer un peu plus de sévices sadiques entre co-détenus ?) et autres lieux d’enfermement, maisons de fin de vie, hôpitaux psychiatriques ?  Le tabac a toujours été bien souvent le seul accompagnement des détresses, des solitudes, de la misère morale de ces lieux de désespoir vers lequel plus encore on va pousser ceux que l’on veut sevrer,  mais qui n’ont plus rien à perdre .
 
La majorité agressivement allergique à la nicotine a trouvé la satisfaction vengeresse d’être soutenue par les compétences d’hommes de science et de bonne conscience. Mais ont-ils bien perçu que c’est le « bon tabac » qui rapproche les honnêtes gens et les adversaires des tranchées, le tabac des soldats, des  prisonniers, comme des impuissants voyeurs du mal, des tortures, des sévices, de l’injustice. C’est aussi les cigares de Freud, les cigarettes de Malraux ou Pompidou ou celles d’un clodo , de tant de héros ou de victimes - de tant de combattants ou de condamnés - aux prises avec les épreuves. C’est encore toutes ces imageries qu’il faut renier, comme les cibiches de Lucky Lucke ou « le tabac qu’entre ses doigts l’on roule » des vieilles chansons de Damia, tout un monde dont les réminiscences doivent être passées à la trappe ( il va falloir interdire presque tous les anciens films). Plus grave, tous nos censeurs ont-ils perçu que la dépendance  au tabac s’enracine dans des passés complexes et  se prolonge au long de vies difficiles, en même temps qu’il est indissociable de leurs épreuves et/ou de leurs fécondités.
 
Mais pourquoi fumer désormais en Occident puisqu’on n’y fait plus vraiment beaucoup la guerre sur place, pourquoi fumer puisqu’il y a toutes les réponses des petites annonces au désespoir d’amour, pourquoi fumer puisqu’on ne voit pas les torturés comme aux temps de l’occupation ou des guerres coloniales, pourquoi fumer puisqu’on va vous donner des calmants et des somnifères, pourquoi fumer puisqu’il n’y a plus de bêtise à supporter et dont se consoler ? Donc, je dis bien à la trappe ce remède de grand père catarrheux, aussi désuet que l’était « la punaise » sur l’homme d’avant le bonheur socialiste dans la pièce éponyme de Maïakovski.
 
Notre société n’est-elle presque heureuse ? Juste à l’entrée du «  meilleur des mondes ». Elle ne doit donc plus fumer. Ni au travail qui est pleinement satisfaisant, ni pour la création qui n’a pas besoin d’être stimulée si l’on reste d’un conformisme intelligent, ni dans la vie conviviale. S’ils ne sont privés, cachés et libres d’être n’importe quoi, les plaisirs qui se prennent en public doivent être labellisés de telle sorte que n’y apparaisse pas cette petite satisfaction dangereuse : le tabac  pouvant aussi  manifester inquiétude et angoisse.  Les maîtres mots de cet univers  restent bien ceux de l’ordre mis en exergue par Foucault  «surveiller et punir ». Mais ce qui  ne peut pas être bien surveillé, peut prospérer à cœur joie: sous le recto de l’hygiène contre le tabac , le verso de tous les dérèglements envahit et réjouit le corps social. A tous les niveaux des mœurs, c’est la bourse des concurrences offertes par les people : les divertissements qu’il faut, pour calmer ou défouler ceux qui ont le devoir de travailler quand ils le peuvent, de consommer dans tous les cas  et surtout de ne pas trop  penser... « penser », réfléchir, douter,  ce que pourrait parfois favoriser le fait de fumer. 
 








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Mercredi 16 janvier 2008 3 16 /01 /2008 14:03
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : hors des clous - Ecrire un commentaire
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Le pullulement des blogs politiques m'a conduit à un temps de silence. Celui de la réflexion, pour dégager de l'avalanche des "argumentaires" et pièges électoraux, les points cardinaux sur lesquels j'attirerai dans quelques jours l'attention.

En attendant - dans le fil du constat que le droit des moeurs est devenu l'un des plus grands et rares enjeux  sur lesquels des autorités  politiques nationales peuvent encore avoir un pouvoir propre de décision, alors qu'elles ne disposent désormais, par contrainte ou résignation,  que d'une bien  faible marge de manoeuvre  dans les domaines économiques et sociaux,   c'est en tant que polémiste que je veux traiter  de l’interdiction du tabac dans les lieux publics et de travail. N'est-ce, et dans une éloquente convergence de positions des partis de pouvoir, au nombre des récentes significatives transformations marquant notre société pour en faire "le meilleur des mondes " ?    


Voici donc LA TRAQUE  DU  TABAC



  Ce billet d’un fumeur impénitent depuis plus d’un demi siècle est naturellement partisan puisqu’il est la réponse d’un dissident à un fanatisme. Il faut protéger les non fumeurs.  Il y avait bien des manières intelligentes et efficaces de le faire ( par exemple pour autoriser aux enseignants stressés de tirer une bouffée, mais ce serait mauvais exemple, même caché !)  si l’objectif était celui là. Mais le but poursuivi - dont se délectent les moralistes - est en fait de rendre quasiment impossible aux fumeurs la satisfaction de leur besoin. Celui-ci n’est pas de pouvoir aller fumer de temps en temps dehors (et même pas dans des endroits « ad hoc » tant les prescriptions imposées en rendent la réalisation irréalistes) , ce qui n’a aucun intérêt. Sur un coin de trottoir la meilleure cigarette  a mauvais goût je vous l’assure ; leur besoin, c’est d’accompagner ce qu’il font de la possibilité -  même s’ils ne l’utilisent pas -  de fumer, ce qui est un mode d’existence. .

La santé et les finances publiques appellent la prohibition. Comme les pouvoirs publics n’ont plus beaucoup de pouvoir sur l’économie, mais en gardent sur le droit des mœurs, ils font ce qu’ils peuvent contre ce qui se voit et ce qui …se sent. La drogue, l’alcoolisme, les dopants, antidépresseurs, perversions sexuelles  peuvent être tranquilles : le flagrant délit y est rare.  Quant aux traitements des vraies causes toxiques de pollution de la planète et de nos vies -  des millions de fois les méfaits du tabagisme passif – ça pourra attendre. Et en attendant, on a trouvé le bouc émissaire, le baudet de la fable : le fumeur. Qu’il remercie, c’est pour son bien.

  A-t-on pensé qu’à côté de ses graves méfaits  - et  c‘est bien pour les contrer qu’il faut lutter contre la création des dépendances, mais on pouvait le faire sans mettre les dépendants au pilori - le tabac  peut être devenu utile et parfois nécessaire. C’est la compensation par laquelle nombreux sont ceux qui parviennent à supporter le monde tel qu’il est et leur vie telle qu’ils ont du et doivent l’assumer. A défaut de ce recours, combien eussent chuté et tomberaient dans des dépressions, les vrais drogues dures, les névroses, des folies, voire des violences.   Une autre facture pour la société. Le tabac fait mourir dans la souffrance, mais il fait aussi survivre dans l’endurance. J’en connais pas mal qui, soit seraient morts sans lui, soit auraient fait quelques ravages sur eux et autour d’eux,  s’il n’avaient eu cette béquille pour vivre.....ce qu’ils avaient à vivre . La majorité agressivement allergique au tabac, parce qu’elle a peur, a trouvé la satisfaction vengeresse d’être soutenue par les compétences d’hommes de science et de bonne conscience.

Que va-t-on faire dans les prisons (préférer un peu plus de sévices sadiques entre co-détenus ?) et autres lieux d’enfermement, maisons de fin de vie, hôpitaux psychiatriques ?  Le tabac a toujours été bien souvent le seul accompagnement des détresses, des solitudes, de la misère morale de ces lieux de désespoir vers lequel plus encore on va pousser ceux que l’on veut sevrer,  mais qui n’ont plus rien à perdre . Pourquoi n’ira-t-on pas demain jusqu’au fanatisme – que mettent en oeuvre des pays étrangers -  de le proscrire dans  bien des immeubles, des espaces à ciels ouvert (comme déjà dans les gares)  et , alors que le prix du tabac finance déjà pas mal ses conséquences sanitaires, jusqu’à subordonner les soins  aux fumeurs à de coûteuses  assurances spéciales. En face d’un fumeur,  certains soignants déjà, par leur irritation et leur hostilité manifestes ne lui donnent-ils pas à penser qu’il est le lépreux et l’incurable, que c’est tant pis pour lui et qu’ils sont déjà bien bon de s’occuper d’un tel indiscipliné ?
   Tout repose sur l’idée que le sevrage peut détruire la dépendance . Donc c’est la technique de la brimade. On a vu ce qu’elle donnait chez les drogués. Le sevrage même accompagné – sauf s’il parvient trouver, non toujours  l’arrêt, mais le bon dosage –  peut lui-même être créateur de troubles très coûteux et graves. Car l’accoutumance au tabac s’enracine dans des passés complexes et  se prolonge au long de vies difficiles, en même temps qu’il est indissociable de leurs épreuves ou de leurs fécondités. Ce bon tabac qui rapproche  les honnêtes gens et les adversaires des tranchées,  c’est celui des soldats et prisonniers, comme des impuissants voyeurs du mal, des tortures, de l’injustice ; c’est aussi les cigares de Freud, les cigarettes de Malraux ou Pompidou ou celles d’un clodo , de tant de héros ou de victimes - soldats ou condamnés -  aux prises avec les épreuves ; c’est encore toutes ces imageries qu’il faut renier, comme les cibiches de Lucky Lucke ou le tabac qu’entre ses doigts l’on roule des vieilles chansons de Damia, tout un monde dont les réminiscences doivent être passées à la trappe ( il va falloir interdire presque tous les anciens films) .
  D’ailleurs pourquoi fumer puisqu’on ne fait plus vraiment beaucoup la guerre, pourquoi fumer puisqu’il y a toutes les réponses des petites annonces au désespoir d’amour, pourquoi fumer puisqu’on ne voit pas les torturés, pourquoi fumer puisqu’on va vous donner des calmants et des somnifères, pourquoi fumer puisqu’il n’y a plus de bêtise à supporter et dont se consoler ? Donc, je dis bien à la trappe ce remède de grand père catarrheux, aussi désuet que l’était « la punaise » sur l’homme d’avant le bonheur socialiste dans la pièce éponyme de Maïakovski.
   Nous devons aller à la République de Hygiène ( et je ne parle pas d’eugénisme, ce qui n’est pas le cas...)  par une demande démocratique confluente - quelles que soient par ailleurs les opinions des membres constituant cette dominante -  revêtue de l’estampille morale de vouloir  le bien de tous. Voilà qui est particulièrement apprécié  de tous les gouvernants trouvant enfin du programme applicable , soutenus par les médias, jubilant "la cigarette à la porte", drapés, sondages à l’appui,  dans leur soutien au progrès sanitaire,  satisfaits de montrer que pour une fois ils ne dépendent pas des publicités : celles ( d’ailleurs interdites)  des marques de cigarettes.
   Chacun joue sa partition  dans la préparation  du «  meilleur des mondes ». S’ils ne sont privés, cachés et libres d’être n’importe quoi, les plaisirs qui se prennent en public doivent être labellisés de telle sorte que n’y apparaisse  cette petite satisfaction dangereuse - et la cigarette en est bien une – pouvant aussi  manifester inquiétude et angoisse .  Les maîtres mots ce de cet univers  restent bien ceux de l’ordre mis en exergue par Foucault  « Surveiller et punir ». Mais ce qui  ne peut pas ou peu être surveillé, peut prospérer à cœur joie : sous le recto de l’hygiène contre le tabac , le verso de tous les dérèglements, envahit et réjouit le corps social. A tous les niveaux des mœurs, c’est la bourse  des concurrences people : les divertissements qu’il faut pour calmer ou défouler ceux qui ont le devoir de travailler quand ils le peuvent, de consommer dans tous les cas  et surtout  ne pas trop  penser... « penser », réfléchir, douter,  ce que pourrait parfois favoriser le fait de fumer. 
   La prohibition du tabac s’intègre à cette vaste entreprise (européenne, car la campagne des bien pensants dans ce domaine là comme dans d’autres est de ce niveau et de cette inspiration) de soumission des minorités grâce à laquelle, tout pouvoir pourra  mieux faire contre eux-mêmes le bonheur et le salut des gens qui ne rentrent pas dans le rang.
   C’est la route vers la dictature dont une définition est de dire que c’est ce qui advient complètement « lorsque tout ce qui n’est pas interdit est obligatoire ». Quant à la société sécuritaire, qui en l’un des avatars très prisé des grands publics,  elle consiste à déresponsabiliser les individus pour les gérer par la discipline collective faite de ce développement exponentiel des obligations et des interdits.  C’est ce que nous vivons :  comptons aujourd’hui dans notre société tout ce qui est devenu obligatoire et tout ce qui est devenu interdit (et sanctionné …y compris l’expression des opinions à contre-courant) . On verra que l’espace entre les deux se rétrécit de plus en plus et ce qui reste d’espace n’est même pas celui d’une pleine liberté, mais d’une liberté de plus en conditionnée par les normes de comportement et de pensée  telles que  validées par telle ou telle idéologie ou plutôt, parce que toutes les sciences humaines sont impérialistes, par les églises scientologiques du temps : thérapeutiques, sociologiques, économiques, de communication et relations publiques qui nous gouvernent. La voie de la  sagesse nous est tracée :  la protection absolue du corps, la déïfication du sport, la consécration de l’argent aux achats préconisés par les négoces et les médias, un peu de charité pour réduire l’appel à l’impôt, l’obéissance au marché mondial, la résignation aux plans sociaux et aux restrictions de garanties sociales et la liberté de faire n’importe quoi pourvu que ce qui est « dégueulasse » ( le mot est dans le Petit Robert)  ne se voit pas.     

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Lundi 2 avril 2007 1 02 /04 /2007 17:09
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : hors des clous - Ecrire un commentaire
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Il ya quarante ans que j'ai entendu ces conseils ...que je n'ai malheureuseement pas suivis. Ils ont aujourd'hui toujours un certain sel...pour les candidats.


- LES TROIS RECETTES - 1967

(  extrait de Bulles d'Histoire)

 

 

 

Il bascula son fauteuil en arrière, puis déplia l'une après l'autre ses grandes jambes en posant chacun des pieds sur le bureau : l'un sur le rebord, l'autre en allongeant la cheville et en tirant soigneusement sur le pantalon pour qu'il garde le pli. Manipulant un stylo ou un coupe papier, il s'adresse alors à moi en appuyant d'un regard espiègle - il faut que je sache que ce sont des boutades, mais pas seulement des boutades -  ce qu'il veut faire passer.

 

«  Moi, je vais te dire les trois recettes pour réussir en politique. »

 

Je les raconte donc telles quelles, bien que depuis lors j'en ai découvert, à plusieurs reprises,  une quatrième :  ne jamais soutenir un ami si cela peut risquer de compromettre. Sans doute parce qu'il n'y pas d'amis en politique.

 

« La première est naturellement de dire du bien de tout le monde, y compris de tes adversaires, sauf de ceux de ton camp qui sont tes seuls vrais concurrents. A leur propos, il suffit de te taire. A l'égard de tous les autres, tu te construis ainsi une image de tolérance, de courtoisie. Tu es apprécié à la mesure des louanges que tu distribues. Chacun aime de lui l'image que tu lui rends et il aime en toi l'image de lui-même que tu lui donnes. L'effet boule de neige est assuré et personne ne se méfie assez des laudateurs. »

 

« La seconde est une règle beaucoup plus subtile. Elle exige,  à la différence de la première qui est d'application générale,  un discernement marqué  : il ne faut jamais entreprendre quelque chose que l'on ne soit sûr de réussir. C'est d'abord la garantie du succès. C'est la preuve de l'intelligence. C'est un signe apprécié d'humilité. C'est rassurant pour tous : tu ne passes pas pour un audacieux perturbateur aux impossibles prétentions. Et si tu fais partie des réformateurs, au moins, tu ne changes pas le programme de changement tel qu'il est établi.  Modestie  et  réussite te donnent la bonne image de marque. Tu ne troubles pas les idées reçues : la sûreté de ton jugement est ainsi vérifiée. Mais, attention, il ne s'agit pas de ne rien faire; il s'agit de n'engager que le possible, donc de montrer qu'on a été assez perspicace pour percevoir ce qui l'était. »

 

« Si tu m'as bien suivi, tu vas comprendre que la dernière règle n'est nullement en contradiction avec les deux précédentes. En effet, à l'évidence, le bien qu'on dit ne peut concerner des "non-personnes". A condition, bien sûr, de ne pas se tromper, cette dernière règle n'est qu'un cas particulier d'application de la seconde, puisqu'il faut absolument réussir ce qu'on entreprend. »

 

« La dernière règle, c'est d'achever les blessés. »

 
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Mardi 6 mars 2007 2 06 /03 /2007 21:29
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : hors des clous - Ecrire un commentaire
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