Néanmoins, je m'interroge sur de tels progrès de l'égalité/parité. Non que l'on puisse contester au sexe féminin la capacité de gérer la Défense comme l'a bien montré l'exemple français. Mais notre cas ne mettait pas de la même manière en évidence la contradiction que je ressens dans le spectacle d'une maternité de la paix au commandement des moyens de la guerre. Car il s'agit bien d'une femme portant un enfant et chef des armées, alors qu'on ne manquait certainement pas d'autres compétences pour cette responsabilité. Ce cas de figure a pu être parfaitement légitime dans des sociétés menacées, aux hommes en fuite, épuisés ou insuffisants et dont les femmes, enceintes ou non, se retrouvaient être les bras armés, comme le furent des Romaines, des Israéliennes ou des Franques, défendant leur sol et leur familles : les lionnes.
L'apparition des femmes dans la Défense et dans la guerre a été aussi historiquement de pair soit avec une spécialisation (celle des Amazones se retranchant de la fécondité comme elles se tranchaient un sein), soit avec le besoin d'une missionnaire pour le salut de la communauté comme Sainte Geneviève, Jeanne Hachette ou Jeanne d'Arc; en bref : les saintes.
Mais si des kamikazes féminines dépassent aujourd'hui en sacrifice des poseuses de bombes d'hier, il en est fini des lionnes et des saintes ( dont la synthèse fut dans la Kharidja des soulèvements berbère ) . Le temps est venu des tout venantes, interchangeables avec les hommes. Nous sommes rentrés - et c'est un autre univers - dans la banalisation des capacités de mission de l'un et l'autre des sexes, faisant que les femmes - sans qu'il y en ait nécessité, mais par principe - peuvent être, quasiment dans tous les pays du monde ( avec des modalités particulières encore dans les pays d'Islam) soldats, policiers, gendarmes ou ministres des uns et des autres, après d'ailleurs que l'Histoire ait conféré à certaines - comme Impératrice de Russie ou de Chine - des pouvoirs englobant celui là, mais au titre de destins hors du commun. Or rien n'est plus commun présentement qu'une femme dans des unités de combat ou aux affaires de Défense .
Pourquoi cacherai-je que j' éprouve comme un regret de cette utilisation à toutes fins des femmes comme des hommes : non pas pour conserver à ceux-ci - en dehors des cas de nécessité appelant les femmes aux armes - le monopole de préparer ou de faire donner la mort. Mais parce que si j'adhère au féminisme de l'égalité , je ne parviens pas à adhérer véritablement au féminisme de l'indifférence.
C'est, sans doute que j'aime trop l'irremplaçable des femmes - qu'elles soient aïeules, mères, soeurs et/ ou compagnes ( et de travail autant que de vie, d'amours et d'épreuves voire comme en parlait Anouilh dans "la Sauvage" , en étant ce petit camarade qui se déshabille le soir et dont tu t'aperçois qu'il est une femme) - pour que s'efface dans mon regard ce que ma conscience identifie en chacune comme irréductiblement féminin. La femme est le seul des deux versants de notre espèce qui peut (ou qui a pu) porter des enfants - notre éternité - . Voilà ce qu'aucune poursuite fanatique de l'interchangeabilité ne pourra jamais effacer, que cette poursuite soit conduite, au plan professionnel, affectif ou sexuel, par des femmes ou par des hommes pouvant aller en fait jusqu'à refuser leur identité, et en la refusant en vain, une fécondation, quelle qu'en soit la modalité, étant toujours nécessaire à une femme pour enfanter, enfanter ce qui est impossible au plus réussi des transsexuels ( sauf si on pouvait le changer par greffe interne , en en faisant génétiquement tout entier une personne de l'autre sexe ). Il y a donc l'irreductible spécificité du sexe féminin faisant l'estime sans pareille que je lui porte, l'admiration et le tropisme qu'il m'inspire, allant de pair avec ma volonté d'égalité de sa condition dans la reconnaissance de sa singularité.
Lorsqu'au nom de l'égalité, les fonctions du corps social sont interchangeables entre sexes - et doivent même être portées à la parité - les singularités sont dissoutes. Et c'est comme la marque d'une ambition typique de la société contemporaine de vouloir pouvoir placer n'importe qui - homme ou femme - dans une fonction qui peut ne pas répondre à ce que le titulaire qui l'occupe a d'irremplacable et de spécifique. Sinon par principe, en niant qu'il y a ici ou là de l'irremplacable, mais en voulant partout voir uniquement de l'interchangeable. Et cette société conserve néanmoins , voire exacerbe, en parallèle tout un relationnel propre aux rapports masculin/féminin, relationnel caricaturant dans ses dérivées les héritages des rapports de rôles et de libidos. Il y a ainsi paradoxe entre dissolution fonctionnelle - l'aptitude de tous et toutes à tout emploi - et exacerbation fétichiste - le rappel permanent des caractères masculins et féminins - des différences. Paradoxe qui est producteur de bien d'étrangetés.
Au delà de ce paradoxe et des étrangetés qu'il engendre et qui nourrissent conflits, publicités, spectacles et médias, en donnant aux femmes la double arme ambigue de l'égalité et de la féminité et aux hommes le double clair devoir d'honorer les deux, la question est de savoir quelle devrait être, dans une société rationnelle, le sort à faire aux spécificités, aux aptitudes singulières irremplacables. Incontestablement, à l'inverse des affectations militaires du temps du sapeur Camembert, lorsquon envoyait les charpentiers aux cuisines et les cuisiniers à la réfection des toitures, le bon critère serait de faire occuper une fonction par qui serait le seul, ou du moins le mieux, apte à bien la tenir. Mais c'est - hors emploi très particulier - un critère très peu utilisable, chaque individu s'estimant largement apte, formation aidant, à beaucoup d'hypothèses de fonction. Pourtant il me semble qu'il y a bien des fonctions ( et je ne m'engagerai pas dans la dangereuse illustration de celles-ci) que les femmes sont bien plus aptes à remplir que ne le sont les hommes ( ce qui ne signifie pas qu'elles ne soient pas parfaitement aptes à remplir toutes les fonctions tenues par des hommes). En ne pouvant quand même faire mieux que leur attribuer cette supériorité fonctionnelle ( elles valent tout homme, mais les hommes ne peuvent pas les valoir ), il est certain, néanmoins, que je suis aux yeux des féministes - qui ne veulent pas l'égalité, mais la non spécialisation (comme garantie contre le cantonnement des femmes dans des fonctions familiales ou réputées féminines ) - un dangereux rétrograde. Certes non; j'imagine bien une société idéale construite par et pour les féministes : une société sans homme, sauf quelques géniteurs sélectionnés dont les semences pourraient être utilisées sans contact direct si celui ci n'était pas souhaité. Est-ce l'étape d'après la parité ?
0
Derniers Commentaires