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Pourquoi ce blog

L'objet de ce site est de baliser par quelques souvenirs éloquents l'histoire récente et de faire contribuer ces expériences, par des commentaires d'actualité, à éclairer et choisir les changements, en s'interrogeant sur les propositions des politiques et les analyses des essaiystes. Donc, à l'origine, deux versants : l'un rétrospectif, l'autre prospectif.

A côté des problèmes de société (parfois traités de manière si impertinente que la rubrique "hors des clous"a été conçue pour les accueillir), place a été faite à "l'évasion" avec des incursions dans la peinture, le tourisme, des poèmes,  des chansons, ce qui constitue aussi des aperçus sur l'histoire vécue.

 

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L'auteur

 

DSCF0656-copie-1.JPGNé en 1933, appartenant à la génération dont l'enfance a été marquée par la deuxième guerre mondiale, l'occupation et la Résistance, l'adolescence par la Libération, la guerre froide, puis par de clairvoyants engagements pour les décolonisations, l'auteur a ensuite partagé sa vie professionnelle entre le service public (il a notamment été préfet, délégué à l’emploi, directeur des affaires économiques de l’outre-mer, président de sa chaîne de radio-télévision, RFO), l'enseignement et la publication d’ouvrages de sciences politiques (il est aujourd’hui membre du comité de rédaction et collaborateur régulier de la Revue Politique et Parlementaire). Il a également assumé des missions dans de grandes entreprises en restructuration (Boussac, Usinor/Sacilor), puis a été conseil d’organismes professionnels.

 

Alors que ses condisciples ont été en particulier Michel Rocard et Jacques Chirac (il a partagé la jeunesse militante du premier dans les années cinquante et fait entrer le second à Matignon dans les années 60, avant d'être son premier collaborateur à l’Emploi et pour la négociation de Grenelle et au secrétariat d’Etat aux Finances, il n'a suivi ni l'un, ni l'autre dans leurs itinéraires. En effet, dans le domaine politique, comme il ressort de ses publications (cf. infra), Gérard Bélorgey n’a rallié ni la vulgate de la Veme république sur les bienfaits de l’alternance entre partis dominants, ni les tenants du catéchisme du libre-échange mondial. Il ne se résigne donc pas à TINA ("there is no alternative" au libéralisme). Tout en reconnaissant les apports autant que les limites de ceux qui ont été aux affaires et avec lesquels il a travaillé, il ne se résigne pas non plus à trouver satisfaction dans tel ou tel programme de camp. Mesurant combien notre société multiculturelle, injuste et caricaturalement mondialisée, souffre aussi bien des impasses de l’angélisme que des progrès de l’inégalité et des dangers de l’autoritarisme, il voudrait contribuer à un réalisme sans démagogie.

 

Partie de ses archives est déposée dans les Fonds d'Histoire contemporaine de la Fondation des Sciences Poltiques (cf. liens).

 

Il a publié sous d'autres noms que celui sous lequel il a signé des ouvrages fondamentaux que furent "le gouvernement et l'administration de la France" (1967), "la France décentralisée" ( 1984), "Les Dom-Tom" (1994)  : le pseudo de Serge Adour correspond à l'époque de la guerre d'Algérie et à une grande série de papiers dans Le Monde en  1957 , celui d'Olivier Memling au recueil de poèmes et chansons "Sablier " (couronné en 1980 par l'Académie Française et référé, dans l'histoire littéraire du XXeme Siècle de Hachette) celui de  Gérard Olivier à son analyse dans de  grands quotidiens de la décentralisation en 1981/82; celui de Solon  (malheureusement partagée par erreur avec d'autres auteurs) à la publication en 1988 de "la démocratie absolue" . Cessant de vivre un peu masqué, il retrouve son nom en 1998 pour "Trois Illusions qui nous gouvernent", puis en 2000 pour "Bulles d'Histoire et autres contes vrais " (série de coups de projecteurs sur quelques apects du dernier demi siècle qui seront souvent repris ci-dessous), ainsi que pour de  nombreux articles dans  diverses revues. EN 2009, il est revenu sur la guerre d'Algérie avec le roman ( Ed. Baurepaire) "La course de printemps". Il prépare "L'évolution des rapports Gouvernés /Gouvernants sous la Veme République :entre absolutismes et renouvellements?"

Articles Récents

7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 17:25

RÉSUMÉ :  Les alliances objectives des électorats républicains et frontistes  constituent la  menace de sanction  d'un pouvoir socialiste dont le péché originel est d'avoir continué à imposer  une Europe ordo libérale.

 

Jamais élections n'ont été autant détournées de leur sens. Les compétences des régions peuvent donner lieu à des programmes différenciés de gestion et, en fait,  plutôt à bien des convergences pratiques. Mais  leurs caractères techniques et limités ne devraient pas offrir matière à affrontement politique de conception de société; sauf si l'on fait comme si les régions avaient des pouvoirs de stratégie et de police (qu'elles n'ont aucunement). Néanmoins  la campagne électorale n'a pas été centrée sur les affaires régionales, mais a été - c'est banalité de le dire, mais il faut creuser pourquoi c'est possible -  circonstance, même pas à un débat de politique générale  - car rien des questions de fond n'a été expliqué par quiconque -  mais  à des confrontations passionnelles ou  partisanes  de convictions divisant cruellement les Français.

 

Si cela  a été possible c'est, bien entendu, à raison de tout le contexte actuel, mais c'est aussi parce que les 13 régions XXL, sont autant que des circonscriptions administratives inadéquates, offrant l'illusion d'un  pouvoir réel pouvant profiter aux politiques de carrière - de grands  théâtres subventionnés constituant des caisses de résonnance pour une  parade des passions et pour la campagne pré présidentielle.

 

Ces cadres régionaux offrent l'illusion de permettre une représentation  proportionnelle mais finalement  les sièges sont distribués - conforment à l'esprit de la Vème République qui s'est  voulu une dictature de l'alternance bipolaire -   quasiment au scrutin majoritaire : au premier tour, on se fait plaisir; au second tour on doit choisir. Voilà ce qui d'une part sert un parti en progression bousculant par sa percée les recettes de la bipolarisation, et ce qui,  d'autre part,  permet, contre un ennemi commun,  entre électorats aux affects un moment ou profondément compatibles, des rapprochements tantôt affichés, absurdes et nécessaires (les unions de la gauche) tantôt souterrains, pervers et efficaces (les unions des droites).

 

LES CHANCES RENFORCÉES DU FN

En refusant d'emblée *, toute hypothèse de retrait de liste au second tour, N. S.  favorise à l'évidence le lepénisme. Une disparation de la liste de droite eut permis, dimanche prochain, dans un ou deux cas limités,  à la "gauche" de faire face au FN avec  le soutien d'une partie des électeurs républicains ; mais, par suite du rejet du "Front républicain" , c'est le Front national qui gagne une forte chance (au delà des probabilités qu'il l'emporte en Paca et en  Nord pas de Calais/Picardie, ainsi que,  peut-être,  dans le Grand Est, surtout si le PS se maintient), de dominer  tout le quart sud ouest de la France, en emportant le Languedoc/Midi Pyrénées, voire l'Aquitaine.

 

LES CHANCES RENFORCÉES DES RÉPUBLICAINS

L'électorat frontiste  est par ailleurs,  l'arbitre  du second tour pouvant, dans des régions capitales, donner le succès à la droite sarkozyste. En contrepartie du coup de main que celle-ci donne au FN  en maintenant ses candidats là où elle n'est pas  en état de gagner (sans qu'il soit besoin du moindre accord explicite), cette droite attend partout  des électeurs du FN, si leur liste n'est manifestement pas en état de gagner, qu'une bonne part d'entre eux votent pour elle au second tour. La réserve de voix des sarkozystes est dans les lepénistes;  une union des électeurs de toutes les droites partageant les mêmes affects sécuritaires et d'être farouchement contre la gauche, contre l'immigration, contre l'assistanat , pourrait bien faire basculer  l'Ile de France et Rhône Alpes/Auvergne - ce qui serait des victoires spectaculaires contre la gauche au pouvoir et  planterait un  paysage territorial très défavorable à celle-ci  pour la présidentielle -  tandis que bien d'autres régions sont  sous la menace de cette union, comme notamment Normandie et Bourgogne.

 

Ainsi, l'un des enjeux majeurs du second tour est de savoir jusqu'où peut jouer la porosité des électorats des droites, dont ceux de DLF qui ne s'est guère placé ni par sa campagne contre l'immigration et "l'assistanat", ni par ses jeux de second tour,  dans l'héritage du gaullisme social.

 

Il est clair que dans la perspective ressentie comme imminente des présidentielles (du fait de l'importance cruciale  de la primaire à droite ?) sur le fond, comme dans la manœuvre,  la droite des "républicains" recherche absolument une alliance objective avec le Front.

 

 

LES DROITES, L'EUROPE & LE SOCLE COMMUN

Dans cette équation, leurs positions opposées sur l'Europe perdent peu à peu leur portée. Les postures  anti européennes du Front n'auraient  pas intérêt à être mis en exergue dans une Région où il accèderait au pouvoir afin que celle-ci  ne soit pas pénalisée par les réactions de bien des acteurs économiques ; à l'échelon national   sa manière vraisemblable de gérer une sortie de l'Euro tournerait sans doute assez vite à la catastrophe (voir la très intéressante BD  de "politique fiction, "la Présidente").  " qui vient de sortir aux éditions des Arènes).

En définitive les  domaines d'action d'une coalition de fait entre FN et Républicains seraient surtout les  affaires de sécurité ainsi que la  chasse aux immigrés passés, présents et menaçants de venir  vis à vis desquels les clientèles sont unies dans le même rejet, et au profit de coupes budgétaires frappant "l'assistanat" et autres chapitres sociaux, sans s'étendre aux questions de mœurs et de société  (relations intersexuelles, fin de vie, éducation, droit pénal, etc.)  qui offrent des terrains de multiples divergences.

 

Voilà ce que devraient expliquer des medias qui, sans parler du fond, continuent sans discontinuité à mettre en exergue les succès du Front (et du même coup à être l'un des vecteurs de son succès).

 

LES CLEFS DE LA COLÈRE

Bien entendu ces éléctions témoignent d'un mauvais état de la France que n'a pu améliorer une politique économique et sociale inspirée du si différent modèle allemand ; les modalités d'équilibre de nos voisins ne sont pas, en effet  - ce qu'auraient du comprendre nos PR successifs -  transposables en France. Voilà la cause fondamentale expliquant  la colère de nos concitoyens portée à son comble par des attentats qui ont frappé les Français, ceux-ci pensant évidemment que la discipline budgétaire  a nui de longue date aux besoins des forces de renseignements et de sécurité. 

Alors même que le visage présidentiel,  à chaque allocution,  de plus  en plus, les traits des sourcils tombant sur une bouche obtuse, offre comme l'image un smiley de la résignation soit à l'obligation de mener telle ou telle guerre, soit à l'obligation de compétitivité, il ne faut pas oublier  qu'il a lui même forgé les principes européens  dans la descendance d'un Delors et dans l'obéissance à un Mitterrand. Sa conviction est manifestement  qu'il faut lmposer à la France la discipline européenne ordo libérale, et c'est la même conviction que portent et développent  "les républicains”.

Quant à  la protestation du pays, elle  se traduiut de manière caricaturale soit en épousant  la xénophobie du  FN, soit en tendant à  sortir des bras socialistes pour aller vers des bras libéraux qui pousseraient,  avec  un degré encore plus élevé d'exigences, dans le même chemin européen.  Nos concitoyens ont été  invités à naviguer entre les mirages d'un pays épuré des immigrations  et les excès d'une politique de "ruptures" qui veut casser notre modèle social, mais  n'ont  pas eu droit à la vérité : alors que le nouveau Président avait en 2012 beaucoup de cartes en main pour faire évoluer l'Europe, le péché originel du quinquennat a été d'accepter,  tel quel en fait un  TSCG qui nous a mis la corde au cou, qui empêche de réfléchir pour mieux traiter de la question de la  dette à d'autres solutions que la règle d'or budgétaire et que la soumission à l'euro et la BCE tels qu'ils sont.

Une militante  socialiste du Nord n'écrit-elle pas ; "Les habitants du Nord Pas de Calais se sont exprimés aussi en réponse aux politiques conduites par des élus de gauche qui n'ont pas voulu entendre ce qu'ils avaient à dire."

En effet, tout allant de conserve,  les pouvoirs publics n'ont pas su non plus - sous la direction  autoritaire d'un  homme  qui paraît ne jamais  beaucoup  partager quelque réflexion  avec les autres -  trouver, au delà des gadgets ne méritant ni excès d'honneurs, ni excès d'indignité  des lois Macron - des instruments de croissance et de meilleur emploi :  en protégeant un peu mieux notre économie nationale concurrencée au sein même de l'Europe par des dumpings sociaux et agricoles ; en rendant son rôle à l'État autant pour soutenir l'investissement marchand que des équipements publics devant être sélectivement choisis dans l'esprit de précaution écologique et de transition énergétique; pour remplacer des tonnes de normes par des régulations efficaces et compréhensibles par tous plutôt qu'encourager à sortir du salariat pour que beaucoup deviennent des sous traitants vulnérables et mal protégés de firmes se résumant à des fonctions d'assemblage et de commercialisation.

 

S'impliquer dans de telles  transformations eut plus été  de la vocation des régions que d'être des champs de batailles idéologiques  qu'elles ont devenues;  malheureusement la réforme territoriale récente - en voulant conférer un rôle éminent de type européen à de grandes régions - dont les concurrents cherchent aujourd'hui à gagner en  notoriété  ce qui leur manque en capacité -   aura fortement contribué,  à défaut d'en faire des organes pertinents  d'administration, à les transformer en haut-parleurs de discordes et, parfois demain, peut-être,  en instruments de diffusion de contre-valeurs républicaines.  

 

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* à l'opposé de ce que Juppé semblait concevoir, mais ce à quoi il s'est rallié, parce que c'est d'évidence un  homme mou et soumis aux establishments : que ce soit celui de l'Europe pour  laquelle, contre Seguin, il avait appelé Chirac à soutenir Maëstricht, ou que ce soit celui de l'appareil d'un  parti qui le gouverne, parce qu'il en dépénd .

Published by Gérard Bélorgey - dans stratégies politiques
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3 décembre 2015 4 03 /12 /décembre /2015 00:13

Oui, pour agir correctement, "il faut penser le contraire" ...des clichés imposés par le pouvoir et par les plus importants et nombreux des partis, ainsi  que serinés par les médias les plus populaires ou les plus  populistes.

Il faut  d'abord penser le contraire de ce que F. Hollande a dit lors des hommages aux victimes du 13 novembre; non, il n'a pas "trouvé les mots justes" mais des mots déplacés. 

 

- Les victimes du 13 novembre ( pas plus que les gens de Charlie ne l'étaient),   ne sont "l'image de la France", mais tout simplement "des images de la France" : comme on l'a dit également et de manière incompatible avec le propos solennel, ils étaient les membres d'une joie d'exister de manière festive, d'une partie plutôt un peu heureuse de la France qui compte par ailleurs  tant de malheureux  de toutes les conditions : tant de pauvres et de personnes infirmes ou âgées et exclues de tout, tant de femmes et d'hommes se dédiant totalement à leurs devoirs, sans s'accorder de fêtes et sans avoir les moyens qu'il leur faudrait,  tant d'autres cultures que celles des spectateurs et supporters des matches  du stade de France, ou que celles des amateurs de rock et de rap appartenant aux sympathiques cools "générations bataclan".

 

- Il  est ausi impudent de dire aussi que cette France doit "rester elle-même", alors que tout au contraire, elle doit changer - et c'était la circonstance où le faire sentir, car "notre France" doit, dans bien des domaines, se transformer,   cesser d'être ce qu'elle est : notamment  très inégale, conservatrice de bien de ses travers,  souvent hostile aux immigrés même devenus Français, inconsciente que sa volonté d'assimilation en rejetant les vertus que peuvent avoir des communautarismes, au moins de transition (qui ont toujours accompagné dans leur insertion des Polonais, des Italiens, des Portugais, des Maghrébins, etc. ) fait peser une menace de guerre civile par xénophobie des uns, frustrations des autres et excitation des identités caricaturées de tous, sur une société française portée  par l'allergie à l'impôt et par le rejet des prélèvements obligatoires  (dont le taux exprime une part d'économies de dépenses privées) à la rupture des solidarités sociales et s'étant ancrée, par la préférence accordée aux consommations bas prix, dans le rejet  des protections indispensables des productions nationales, alors qu'une amélioration tout à fait possible de la situation des plus pauvres permettrait à tous  de supporter quelques droits de douanes.

 

Il faut aussi penser l'inverse de ce courant dominant des politiques et des médias qui ont voulu -  alors que la France n'est pas les États-Unis et qu'on n'y  pavoise que pour des victoires - l'incongruité de faire pavoiser pour un deuil; et c'est bien pourquoi la demande de Hollande n'a pas eu grand succès. 

Les morts et les blessés à vie du 13 novembre ne sont pas des héros mais sont des victimes. Même s'ils sont des martyrs involontaires (alors que les journalistes victimes des attentats contre Charlie ont été, en janvier, des martyrs volontaires par la conscience qu'ils avaient des risques d'assassinat qu'ils prenaient du fait de leur lutte contre les obscurantismes dont celui de l'intégrisme musulman), ces victimes ne sont pas "morts pour la France". Ils ont simplement, hélas, été  au mauvais endroit, au mauvais moment. Parce qu'elles sont des nôtres, de notre communauté nationale multiethnique et (quoique quelques intellecuel(le)s à la mode le contestent)   multiculturelle aussi, et que ce qui leur est arrivé aurait pu et pourrait arriver à bien d'autres  ces victimes - des vies qu'aucun engagement spécial ne conduisait à pouvoir être fauchées en un juste combat choisi par conscience et conviction, absurdes  morts impuissants livrés par le hasard au feu des fanatiques - appellent plus encore que des combattants au service d'une cause, la compassion envers eux qui se sont fait abattre et mutiler sans avoir accepter de se sacrifier à quoi que ce soit , et appellent aussi une consolation nationale envers leurs proches sidérés et accablés,  par le serment que leurs assassins seront poursuivis de toutes les manières possibles et punis comme la loi le permet, que seront écartées autant qu'il est possible  les menaces que font porter d'autres membres du djihad extrémiste, dès lors que viennent enfin apparaître des moyen matériels, des volontés d'organisation et des moyens juridiques exceptionnels mieux éprouvés que ceux de la loi sur le renseignement.

 

Il n'est pas besoin pour cela de faire, pour des adieux aux victimes,  un théâtre d'hommages quasi militaires qu'on ne fit jamais pareillement pour toutes les victimes civiles du FLN ou de l'OAS, autrefois. C'est, sans doute,  parce que les gouvernants de l'époque - dans un régime qui n'était pas devenu totalement "présidentialiste" , tel que le nôtre s'est construit depuis la mort du gaullisme et notamment depuis le quinquennat -  ne savaient pas, avec les évènements dramatiques pourtant si nombreux alors,  aussi bien faire ce qu'on a appris depuis en matière de boursicotage politique : après avoir acheté hier du Charlie savoir aujourd'hui revendre du Bataclan (cf. le dessin de Plantu dans le monde  du 21 janvier et voir ce blog du 26).

 

Assez de ces spéculations et récupérations , alors qu'un vrai lourd chagrin nourrit enfin la volonté de s'outiller de moyens pour tenter d'empêcher des répliques de ce massacre: par des actions, des dépenses,  des réflexions et des mesures juridiques qui  auraient du être engagées  depuis au moins les forfaits d'un Merah,  à la charnière des deux présidences , dans une convergence nationale manquée en ces moments de duel pour la présidence, et que l'on  prétend rechercher désormais bien qu'elle ait toujours été exclue  par les deux grands camps politiques en compétition, et dont le combat pour le pouvoir, l'un contre l'autre, puis ensemble contre le FN, ont absorbé toutes les énergies : pour aboutir à faire à peu près la même chose en matière économique et sociale ou pour pareillement n'avoir rien fait à temps là où il fallait agir vite puisqu'il y a de longs  délais d'inertie avant qu'ici et là des  efforts de novation produisent leurs effets.

 

Ainsi pour se doter des moyens d'une politique économique  française  faudrait-il sérieusement se préparer à se  délivrer  des interdits monétaires et commerciaux de l'Union européenne, sans le simplisme des préconisations de l'extrême droite nationale et en sachant  comment protéger entreprises et ménages  des ressacs d'une contestation des traités européens en ce qui concerne les pouvoirs de la  BCE ou l'appartenance à l'euro. C'est un autre sujet où il ne semble pas qu'aucune étude d'hypothèses n’a jamais été sérieusement engagée par les pouvoirs publics.

Notre premier déficit est d'abord celui de la réflexion stratégique au sein de l'État.

 

Cet appareil d'État se consacre, en effet, tout entier d'ailleurs, désormais,  seulement à une réflexion sécuritaire solidaire d'une plateforme politique apte à rallier des voix lors des présidentielles de 2017 et sans changer - malgré l'annonce que le pacte de sécurité doit avoir barre sur le pacte de stabilité (une promesse du tonneau de celles du discours du candidat présidentiel au Bourget) - un iota de ses autres lignes de conduite ordo libérale, à jamais arrêtées comme des recettes impuissantes pour diminuer ne fut-ce qu'à la marge le chômage de masse, de jeunes et de seniors  qu'elles ont enkysté puis développé ; et pour chercher à plaire partout, on en vient à "contourner le FN par la droite", en reprenant au galop au compte de cette troisième gauche certaines des propositions de celui-ci. Alors que la seule bonne manière de le combattre eut été de passer du champ des questions d'immigration au champ des exigences européennes et de parvenir à sortir de celles-ci. Partout pèse le péché originel du quinquennat : avoir pris, malgré une promesse inverse, et par européisme  passionnel hérité de Delors et de Mitterrand,   le TSCG en l'état où il était, là où les euro-libéraux-sociaux français l'avaient eux-mêmes, en vérité autant que Merkel,  suicidairement conduit . 

 

Plutôt que par de grands coups de barre,  plutôt que par des mesures  spectaculaires, mais en ne pouvant faire venir aujourd'hui des renforts en personnels que de manière bien décalés pour  corriger les méfaits du fil de l'eau, c'est sans doute, dès la moitié des années 2000 au vu des évènements mondiaux, et certainement - comme précédemment déjà souligné - au moins  évidemment en 2012, que le pouvoir aurait du,  plus tôt,  se donner les moyens humains de la protection des FrançaisAprès les diminutions d'effectifs de sécurité, les augmentations bien trop tardivement décidées  mettent du temps à s'accomplir et, de surcroît, il faut encore plus de temps pour que des recrutements en viennent à pouvoir fournir des personnels compétents, techniquement et mentalement formés aux missions difficiles qu'il faut savoir accomplir pour assurer plus de sécurité collective, sans mettre en cause -  sans même parler des libertés qui sont inéluctablement touchées comme il faut y consentir -  les intégrités de ceux qui peuvent être sur des trajectoires d'enquêtes ou de poursuites.

 

Car, autant que la sécurité, la sureté elle - l'habéas corpus de chacun -  est aussi à assurer et au vu de la brutalité de certaines (dont de bien vaines ou déplacées) interventions actuelles, on peut mesurer combien ce n'est pas garanti quand on a passé la main aux services de police dont les méthodes d'intervention - il est vrai dangereuses pour eux-mêmes par nature et le devenant dès lors pour tout interpellé ou simplement visité - ne sont plus contrôlées et qui se sentent portés par un soutien psychologique collectif acceptant en vérité, dans un climat de peur,  qu'on ne fait pas d'omelettes sans casser d'œufs, même innocents.  

   

On ne devrait pas non plus pouvoir changer le droit républicain de manière magique sans tomber dans les risques d'excès qu'ont illustré les plus mauvais moments du "salut public".

Des pouvoirs d'exception sont nécessaires et ils le sont sur la durée; la loi actuelle sur l'état d'urgence est obsolète et à la merci d'un constat  d'inconstitutionnalité.  Construire un  texte adapté aux besoins de menaces exceptionnelles et récurrentes et modifier la constitution pour qu'il soit compatible avec celle-ci sont des actes pertinents. Mais des précautions sont indispensables pour donner au pouvoir ces instruments juridiques extraordinaires en veillant à ce que ces moyens ne soient pas détournés de l'objectif d'éradiquer Daesh. Pour s'assurer qu’ils ne puissent être mis, comme il semble parfois, du moins marginalement, aujourd'hui,  au service d'autres intérêts,  il serait essentiel que la réforme de la constitution apporte des limites et des garanties par les juges  contre le détournement de pouvoirs dans les  situations d'état d'urgence ou d'exception. Surtout le flou des raisons d'y recourir, ou - ce qui sera sans doute prévu car nécessaire -  de rester durablement dans une situation donnant les moyens de faire face à une menace exceptionnelle et récurrente  doit être banni par des rédactions juridiques  strictes,  claires et robustes n'ouvrant de faculté aux pouvoirs exécutif et législatif convergents qu'à trois conditions toutes difficiles à ciseler en droit.

a) - que l'ennemi soit bien désigné et qu'aucun pouvoir ne puisse se servir des armes créées par l'état d'exception pour combattre ses concurrents politiques ou ses adversaires singuliers;

b)- que les contrôles juridictionnels non seulement soient assurés, mais de plus

* puissent intervenir en temps utiles et non, comme souvent, trop tardivement;

*  qu'on tienne compte - hélas on le doit - du fait que les "élites" françaises des organes juridictionnels appelés à se prononcer peuvent être, elles-mêmes, dans notre climat d'angoisse, très imbibées d'esprit sécuritaire, et qu'en conséquence, il serait convenable que des instances d'appel (c’est le principe du double degré de juridiction ayant fondé l'arrêt Canal) garantissent bien des chances de sérénité et impartialité;

* qu'on ne se libère pas des engagements pris par la France et qu'en conséquence la Cour Européenne des Droits de l'Homme conserve tout son rôle;   

c) - que soient bien déterminés les actes qui sont censés générer ou soutenir le terrorisme : on  n'évitera pas un débat  sur le point de savoir si, par exemple,  des prêches salafistes excités  peuvent être interdits et leurs prédicateurs expulsés et remplacés par des imams de formation "française" (ce qui mène à un "Islam de la République" , aussi sympathique que pouvant contrevenir au principe de séparation, et ce qui pourrait donc conduire à une révision des règles du jeu dans les relations entre l'État et les religions).

 Notons donc que cette tentation est en droit bien difficile à satisfaire, autant qu'elle est d'ailleurs difficile à contenir : les souhaits d'interdiction  et d'expulsion s'appuient sur le fait que ces prêches (et même de simples pratiques ou convictions salafistes affichées ) en pouvant être déclencheurs de haines envers qui ne les partagent pas rentrent dans l'esprit des dispositions pénales réprimant les propos incitant à la haine ; mais l'appel à ces références juridiques est à double tranchant , puisqu'elles prohibent aussi la discrimination, envers quiconque à raison de son ethnie ou de sa religion.

 

Quoiqu'il en soit, il faut constater que nos Français contemporains "libérés" de toute morale et ne comprenant pas celles des autres  sont demandeurs d'une protection contre les effets nuisibles aux plaisirs et aux commerces  des manifestations rigoristes contestant de plein fouet leurs fortes festivités,  leurs permissivités en matière sexuelle, en bref des mœurs  libérales s'abritant de plus sous la défense d'un principe d'égalité entre les hommes et les femmes qui a d'ailleurs sa part d'équivoque ( la haine que certains ont envers le voile peut mériter une psychanalyse) mais pas la même que celle de l'Islam traditionnel chez qui la place bien différente de la femme répond à un autre système de valeurs.

 

Les subtilités juridiques et les considérations sociologiques et approches freudiennes ne pouvant qu'irriter  un esprit comme celui du PM pour lequel la nécessité politique  doit faire loi, sera-t-on conduit,

- soit à tordre les textes existants pour pouvoir frapper ce que B. Cazeneuve souhaite réprimer? Au regard, par exemple,  d'une véhémente contestation de la musique par un imam promettant à ceux s'en complaisant (c’est tiré non d'une sourate du Coran, mais d'un hadith qui croise d'une certaine manière le mythe de Circé) "d'être punis en devenant des porcs et des singes sous la terre" - le ministre de l’Intérieur, dans un débat télévisuel récent, appelait faute de mieux, à invoquer le fait  qu'on ne saurait  permettre d' "enseigner l'ignorance" 

- soit à définir un délit de prédication /provocation, qui en incorporant celui de proclamation d'opinion religieuse, aboutirait à un délit d'opinion ? dont l'appréciation in fine par les juges, dans le droit des libertés, auquel la France est dite attachée,  ouvrira de bien subtils  débats.

 

Sur le fond la question est de savoir si l'intégrisme religieux peut déterminer le terrorisme politique, ou si, le passage (un) à l'engagement terroriste, (deux) à l'acte terroriste relève chacun d'autres ressorts.

Il faudrait sans doute revenir par un  autre billet sur ce qui a été dit dans un  sens et un autre sur le point de savoir si le "salafisme" est une antichambre portant ou non automatiquement au terrorisme ou si les relations sont plus complexes .

Notons seulement ici que des jeunes immigrés de seconde ou troisième génération pouvant être de nationalité française sont souvent frappés sur notre sol  par une exclusion sociétale (dont tout le monde convient et dont tout le monde est responsable), tandis qu'ils ont aussi perdu  l'enracinement qu'avaient leurs parents dans leur culture d'origine  (dont ils n'utilisent plus que quelques expressions constitutives d'une langue qui n'est même plus celle de leurs pays, mais de celle des cités). Souvent coupés des autres Français hormis des marginaux, souvent aussi regardés comme étrangers dans leurs propres anciens pays, leur besoin d'exister vis à vis des autres et d'eux-mêmes fait qu'ils trouvent une réponse à leur solitude clanique dans l'affichage et dans les solidarités d'une identité musulmane radicale se développant presque plus vite en quantité et en intensité  à Saint Denis qu'à Oran.

 Mais, s'ils constituent un vivier intéressant pour Daesh (ce que ne comprendrait pas un  PM qui parait exclure  toute explication  sociétale du terrorisme, tout en se préparant paradoxalement à combattre, comme l'y invite quasiment toute la presse, l'expression et la prédicatiion  des fondamentalismes islamiques ),   quels sont les mécanismes d'exaltation convaincue de la valeur totalitaire de la "tradition" condamnant les mœurs diaboliques des occidentaux  combinée avec une haine absolue envers quiconque ne se soumet pas à la lettre de la Foi, qui peuvent  faire basculer certains des Islamistes  (avec leurs camarades européens convertis) dans le terrorisme? On en connait des itinéraires types (de délinquance et/ou de piété), mais on se demande quelle part des salafistes ou autres fondamentalistes intégristes (refusant toute contextualisation du Coran, c'est à dire toute lecture tenant compte des interprétations qu'appellent les moments historiques différents de son écriture et de son vécu)  pourrait devenir une armée de réserve pour le terrorisme de l'État Islamique ?

 

Mon sentiment, tenant compte des chiffrages techniques des services dont il est parfois fait état, alors que les musulmans sont des millions et que beaucoup s'affichent comme tels (c’est "l'Algérie française" qui nous vaut cette revanche paisible du second collège), est que les personnes potentiellement dangereuses sont à compter en milliers, que c'est en nombre bien moindre qu'elles peuvent basculer vers l'engagement terroriste, et en nombre bien moindre  encore vers le sacrifice total. C'est que les adeptes de Daesh ne sont pas comme des poissons dans l'eau chez leurs coreligionnaires hostiles à un fanatisme ressenti comme plus politique que religieux, et desservant la grande cause qui est pour eux, ici, en France,  de réussir leur intégration (une forme, par contre de victoire de "l'Algérie française", modèle 1958 lorsqu'on voulut un instant l'égalité des chances). Mais il suffit de quelques centaines de personnes pour jeter une société dans les cercles vicieux de la guerre civile. C'est l'objet de Daesh ; c'est peut-être, hélas, le souhait aussi de quelques apprentis sorciers et, beaucoup l'on dit, c'est le piège où ne pas tomber, sans baisser pour autant la garde sécuritaire, mais c'est évidemment  celui que pourrait ouvrir une inquisition provocant, notamment par ses méthodes, des milieux islamiques qui ont toujours conservé l'hypersensibilité d'avoir connu le colonialisme.    

 

Les réponses que chacun donne à son interrogation sur la situation - compte tenu de ses connaissances, de ses expériences, de ses fréquentations et de son appréciation irréductiblement personnelle de ce qui peut conduire un homme à devenir, par conviction, par haine et par folie,  un  assassin ( qui cherche encore à sauver sa vie) ou un kamikaze  (qui a la force épouvantable d'avoir déjà mis une grenade sur la sienne) -  forment le terrible champ d'incertitudes que constituent les  sentiments des Français . Comment s'y référer sinon par de dangereux sondages ( on les attend, vis à vis desquels il faudrait également, comme vis à vis des "justes propos" , savoir prendre des distances ) lorsque le besoin de sécurisation (qui ne sera jamais totale), les tentations qu'inspire la peur et le risque de guerre civile qu'elle porte (et dont l'hypothèse convient bien aux adversaires de la République parfois masqués en son sein) sont  les cartes avec lesquelles chacun va jouer pour l'échéance de 2017.  Cette équation confuse est l'équation dans laquelle le pouvoir va prendre ses décisions.  Ce qui sera fait, en définitive, dans telle ou telle direction, vers tel ou tel choix, avec quel dosage entre sécurisation et inquisition, sera fait en fonction de l'intime conviction du responsable présidentiel,  et que cela lui rapporte ou non l'adhésion populaire.  

C'est d'ailleurs bien rarement que  l'histoire peut dire si le titulaire d'un pouvoir clef a eu tort ou raison de faire tel ou tel choix . Car l'histoire des uns n'est pas l'histoire des autres. C'est en essayant d'écrire une seule histoire bonne pour tous les Français de toutes origines qu'un pouvoir peut gagner sinon,  à coup sûr, les élections, du moins l'estime de la postérité.  

 

 

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1 décembre 2015 2 01 /12 /décembre /2015 10:12

La conférence de Paris est une très bonne opération de sensibilisatiion des pouvoirs publics de 150 États et de nos concitoyens,

opération malheureusement salie par le détournement de pouvoir qui a consisté à utiliser les pouvoirs spéciaux de l'état d'urgence à l'encontre de militants de l'écologie et de la gauche, alors qu'ils ont été accordés par le Parlement pour lutter contre le terrorisme et non pour permettre  aux PR et PM de régler des comptes avec des adversaires politiques .

Voilà qui confirme que le parti socialiste  - et plus encore les courants d'esprit  se réclamant du  socialisme - ne s'identifient nullement à Hollande et à Valls, et ce qui peut  conduire à  voter pour  des candidats socialistes lors des régionales, dès lors que ce n'est pas directement au bénéfice de ceux qui ont manqué leur mission de chercher à bien transformer  notre pays, car cela ne vaut pas quitus pour  l'exécutif (cf. le prochain  billet titré "il faut penser le contraire" ...des clichés lmposés par le pouvoir et des partis , ainsi  que serinés par des médias ), mais précaution à l'égard des frontistes ( voir, aux Arènes, la terrible BD de F. Durpaire et F. Boudjellal, "La Présidente" , " vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas") et à l'égard de la droite dite "classique" dont une partie pense pareillement contre les immigrés.

Pour en revenir à la lutte d'une part pour le climat, d'autre part contre les déchets et pollutions ( car il faudrait bien traiter des deux ), la feuille de route du Bourget est globalement bonne mais lacunaire sur des points importants :  

- le besoin  d'une taxe carbone, sans doute non aux frontières de l'Europe, mais  sur les produits exportés  vers  l'Europe  et levée dans les pays ( et à leur bénéfice public) producteurs d'énergies telles que charbon,  pétrole,  gaz, etc. ce qui, renchérissant leurs  prix devrait favoriser d'autant l'utliisation d'énergies alternatives et, sur la base de l'emploi de celles-ci  en proximité, sourtenir des  relocaiisations d'activités  ; mais les comparaisons entre les différentes modalités possibles de taxe carbone et de leurs impacts méritent d'être affinées et peuvent ouvrir des hypothèses différentes, l'essentiel étant, à ce stade, de ne pas faire tomber dans la trappe l'idée de taxe carbone

- parallèlement, devrait apparaître une intégration dans le prix de l'énergie nucléaire d'une anticipation sur l'énorme coût à venir de neutralisation des déchets et des équipements pollués par les productioins faisant appel à des matières radio-actives

- le besoin dans les énergies renouvelables de privilégier le solaire sur l'éolien dont les nuisances "douces" sont en fait pernicieuses et redoutables

- le devoir  de maintenir dans des mains publiques les équipements producteurs d'énergie, alors que, tout à l'inverse, on s'apprête en France - au lieu de monétiser une part de la dette (ce à quoi s'opposent les traités européens et la BCE qui irrigue les banques mais refusent des prêts directs aux États) -  pour trouver de l'argent,  à vendre  les bijoux de famille,  c'est à dire ce qui reste des sociétés et participations publiques, et notamment  à privatiser les barrages et la productiion  d'énergie hydro-élecrique.     

- l'affichage d'un besoin de diminuer fortement les échanges internationaux  en privilégiant, en matière commerciale , des circuits courts internes aux nations  par la protection des productions locales satisfaisant à des demandes locales., ce qui simultanément doit aller avec des efforts spécifiques  pour  réduire la distance entre le lieu de travail et celui où les habitants  résident et consomment

S'il y a des choses raisonnables comme un signe en ce sens pour les politiques agricoles et comme l'affichage de l'intérêt de substituer partout où c'est possible des transports ferrés à grande vitesse à l'avion, il n'y a évidement rien pour réduire et au moins discipliner le libre échange dévastateur du climat comme de l'emploi européen ; cette assemblée ne peut en effet que  prendre en compte  les politiques d'exportations massives des prédateurs que sont les "low cost countries" (et c'est seulement de leur inflexion progressive de leur modèle en faveur de leur propre marché intérieur que des changements peuvent se produire, mais ne devrait-on mieux les y inciter en rendant moins faciles leurs exports ?); cette assemblée ne peut non plus contrer les stratégies des firmes internationales localisant leurs productions selon les seuls intérêts de leurs actionnaires; elle ne peut enfin combattre l'abêtisssement de  consommateurs voulant toujours ces plus bas prix qui sont les ingrédients d'une  démocratie occidentale productrice,  quand ce n'est pas de chômeurs, de travailleurs précaires et sous payés comme en Allemagne, en Grande Bretragne et dans les pays du sud et de l'est européen, c'est à dire quasiment partout sauf en France qui est mise au pilori par le libéralisme mondial voulant obtenir la destruction de son modèle social. 

C'est dire ainsi que sont solidaires trois combats : celui pour la planète; celui  contre le libre échange; celui pour un modèle de société responsable du social,  préservée de la désagrégation ubérienne vantée par beaucoup et qui est en marche aujourd'hui. 

 

 

 

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5 novembre 2015 4 05 /11 /novembre /2015 18:16

Voici cette bonne lettre que je ne peux m'empêcher de reproduire en  soulignant ce à quoi je suis le plus sensible. 

 

Conférence sur le climat : attention danger

Chère lectrice, cher lecteur,

La COP 21, conférence de Paris sur le climat, se tiendra du 30 novembre au 11 décembre 2015 au Parc des expositions de Paris-Le-Bourget.

Comme son nom l'indique, il s'agit de la 21e conférence sur ce sujet depuis celle de Stockholm, en 1972, en passant par Kyoto, Rio, Lima et bien d'autres.

Ces conférences qui se multiplient constituent un danger majeur pour le climat et l'environnement. Ce danger dont je parle n'est pas celui que soulignent beaucoup de commentateurs, à savoir que ces conférences font se déplacer des dizaines de milliers de personnes consommant des millions de litres de kérosène et d'essence.

Il est vrai, bien sûr, que plus de 200 chefs d'Etat et leur suite se déplaceront à Paris pour l'occasion. Imaginez le nombre d'avions et de véhicules de prestige qui seront mobilisés, les festivités, les tonnes de petits fours et hectolitres de Champagne qui vont y passer.

Mais il y a bien plus grave :

Le grand danger de ces conférences est qu'elles créent l'illusion dans l'esprit des gens que « quelque chose » est en train de se passer, que les chefs d'Etat ont pris le problème en main. Elles contribuent donc fortement à rassurer les populations et, par voie de conséquence, à les démobiliser sur un sujet où l'investissement personnel de chacun est pourtant aussi crucial qu'indispensable.

Personne ne me demande mon avis sur ce qu'il faudrait faire à la place, mais permettez-moi tout de même de le donner.

Si j'étais François Hollande, ou mieux, Barack Obama, je prendrais la parole à la télévision et dirais la chose suivante, d'une voie angoissée et avec une lueur de terreur bien réelle dans le regard :

« Mes chers concitoyens, et également tous les hommes qui vivent sur Terre,

On me demande de me déplacer à Paris pour la 21e conférence pour le climat, mais je suis désolé : cela ne va pas servir à grand chose.

En effet, je suis président des Etats-Unis mais je ne suis pas Dieu. Je peux faire voter toutes les interdictions, réglementations, taxes et obligations que vous souhaitez. Je vais le faire d’ailleurs.

Toutefois, quoi que je fasse, je ne pourrai jamais faire en sorte que :

– Lorsque vous prenez votre voiture, le dioxyde de carbone arrête de sortir de votre pot d'échappement

– Quand vous décidez de manger du poisson, ce poisson continue à frétiller dans l'eau des océans

Quand vous construisez un immeuble ou une piscine, le terrain ainsi bétonné reste couvert de verdure, de fleurs, accueille les abeilles et les animaux sauvages

Quand vous décidez de partir en vacances à l'autre bout du pays ou du monde, cela ne produise pas des tonnes de pollution

– Quand vous foncez sur les routes, cela n’effraye pas les êtres humains tout comme les animaux qui se trouvent sur votre passage

– Quand vous allez au fast-food et qu'on vous donne mille petits pots, objets en plastique, carton, sacs en papier, serviettes, cela ne remplisse pas une demi-poubelle pour votre seul repas

Quand vous vous tartinez de crème solaire avant d’aller vous baigner dans la mer, cela ne crée pas un film gras à la surface de l’eau qui nuira à la vie sous-marine. (la suite ci-dessous)

Je pourrais malheureusement continuer cette liste pendant des heures, en vous disant que :

Lorsque vous prenez un grand bain chaud ou une douche brûlante de 25 minutes, cela consomme forcément des centaines de litres d'eau et des quantités énormes d'énergie. Tout président des Etats-Unis que je sois, je ne peux rien y changer.

Lorsque  vous choisissez des produits emballés dans du carton ou du plastique, lorsque vous faites vos courses et que vous allez forcément devoir mettre tous ces déchets dans une poubelle, tôt ou tard, tri sélectif ou non.

– Lorsque vous décidez de manger avec des couverts en plastique plutôt qu'avec de vrais couverts, ou quand vous oubliez votre sac réutilisable en allant au supermarché, vous produisez encore des déchets nuisibles, de façon parfaitement inutile et coûteuse pour vous et pour la collectivité.

Si vous allez au ski, vous contribuerez forcément à ce que des montagnes se couvrent de pylones, de parkings et de « résidences de vacances » qui défigureront le paysage et la vie sauvage.

Si vous faites des centaines ou des milliers de kilomètres en avion et en bateau pour aller faire de la plongée sous-marine, du ski nautique, du kite-surf ou même tout simplement nager ou bronzer sur une plage « paradisiaque », c'est pareil : MOI, PRESIDENT, JE NE POURRAI PAS éviter que votre avion, votre bus, votre bateau ne fassent du bruit, émettent des produits toxiques, empoisonnent l'air, l'eau, les animaux, les êtres humains.

Par conséquent, j'en appelle à votre conscience, à votre sens des responsabilités, et également à votre instinct de survie : Mes chers concitoyens et habitants du monde entier, arrêtez le massacre. Il est peut-être déjà trop tard mais, de grâce, ne serait-ce que pour restaurer votre respect de vous-même, cessez de vous comporter comme des enfants gâtés et idiots qui détruisent leurs propres jouets, souillent le sol de leur propre chambre, en crayonnent les murs et arrachent le papier-peint. Et encore, les enfants gâtés peuvent-ils souvent compter sur des parents qui voudront leur donner « une seconde chance » et referont tout à neuf pour eux.

Hélas, dans votre cas personne ne viendra remettre les choses à neuf quand vous aurez tout détruit. Alors je vous en prie, arrêtez, c'est pour votre propre bien que je vous le demande.

Plutôt que des sports nécessitant des installations compliquées, redécouvrez les joies de vous promener, courir, faire de la gymnastique, du Qi gong (qui ne nécessite aucun équipement, pas même des chaussures spéciales), du vélo si vous avez la chance d'en avoir un.

Plutôt que de chercher la culture en voyageant dans tous les sens, découvrir et apprécier les curiosités culturelles et les merveilles de la nature qui sont près de chez vous, à proximité de votre maison, dans votre ville, votre région.

S'il manque d'activités culturelles à proximité de chez vous, c'est l'occasion de créer un groupe de personnes qui se formeront à jouer de la musique, à faire de la poterie, de la sculpture, de la peinture ou de la danse. Connectez-vous sur Youtube et vous trouverez des milliers de vidéos gratuites pour vous y aider. Si vous vivez dans un « désert culturel », réjouissez-vous, vous n'aurez pas de concurrence et votre initiative aura d'autant plus de chances de réussir. Sans doute créerez-vous ainsi l'occasion d'aventures artistiques et même également humaines qui pourront transformer votre vie d'une façon que vous n'imaginez pas.

Concernant Venise, le musée du Louvre, le Metropolitan Museum de New York, les pyramides d'Egypte, le Taj Mahal ou l'opéra de Sydney, je vous assure qu'il y a désormais tant de touristes là-bas que ces lieux ont perdu de leur charme. N’ayez donc pas de regret, et un bon documentaire sur le sujet vous en apprendra presque autant qu’une visite sur place.

Lisez des livres, apprenez à vos enfants à lire des livres.

Quant à moi, président des Etats-Unis, je signe immédiatement un décret pour stopper l'envoi de satellites dans le ciel, il y en a bien assez. J'arrête d'envoyer des porte-avions, des avions de chasse, des camions et des tanks aux quatre coins de la planète. J'arrête de financer des autoroutes, des aéroports, des bases militaires, des stades toujours plus monstrueux, il y en a bien assez comme ça.

Voici enfin des conseils supplémentaires que je peux vous donner pour arrêter de ruiner l'environnement.

C'est très sérieux.

Si vous ne les mettez pas en œuvre, si vous n'apprenez pas à vos enfants à les mettre en œuvre, c'est bien simple, la catastrophe est désormais certaine :

pour votre nourriture, sélectionnez drastiquement dans les magasins les produits sans aucun emballage. Cela va demander que nous fassions tous pression conjointement sur les commerçants mais rappelez-vous qu'il y a à peine cinquante ans, tout le monde allait chercher ses œufs avec sa boite à œuf, son lait avec son bidon de lait, ses fruits et légumes avec son panier, et la viande et le poisson eux-mêmes dans des boites spéciales. Il n'y avait aucun emballage plastique d'aucune sorte, parfois un peu de papier journal, et les gens n'étaient pas plus malheureux ni en moins bonne santé (les problèmes sanitaires pouvaient venir de l'absence de réfrigération) ;

pour vos déplacements, cela ne suffira pas de prendre les transports en commun ni les véhicules électriques qui prétendument respectent l'environnement. Ce n'est pas vrai, l'électricité doit bien être produite quelque part, elle est très majoritairement nucléaire ou tirée de la combustion d'hydrocarbures. La seule solution est d'arrêter de bouger dans tous les sens, organiser votre vie (lieu d'habitation), votre travail (télétravail si possible), vos loisirs (activités chez vous ou dans votre quartier) et surtout vos vacances de manière à arrêter de circuler dans tous les sens et à faire des centaines ou des milliers de kilomètres inutiles ;

pour vos vêtements, arrêtez d'acheter habits et chaussures synthétiques « à la mode » et qu'il faut constamment changer. C'est ruineux pour votre budget et catastrophique pour l'environnement. Achetez uniquement des habits solides et indémodables. Je vous garantis que c'est possible et qu'en en prenant soin, vous serez étonné de pouvoir conserver le même pantalon en toile ou le même pull en laine toute votre vie ou presque.

équipez-vous de vêtements et sous-vêtements chaud et confortables qui vous permettront de réduire le chauffage partout où vous êtes. Prenez l'habitude de vous bouger régulièrement, c'est bien plus efficace que d'augmenter le chauffage de plusieurs degrés, vous ferez de considérables économies et c’est indispensable pour votre santé ;

éteignez la lumière quand vous quittez une pièce, débranchez les appareils électriques (surtout la télé), redécouvrez le plaisir du calme et de l'atmosphère tamisée. Lorsque vous lisez, une simple lampe de chevet suffit, avec une bonne couverture sur les genoux, c'est même ainsi que c'est le plus agréable;

arrêtez d’utiliser toutes sortes de produits, détergents, vernis, teintures chimiques quand ce n’est pas indispensable. Arrêtez d’acheter tout jouet, article, gadget dont vous pouvez penser qu’il finira rapidement à la poubelle.
Voilà ce que je peux vous proposer pour commencer. Et ça ne suffira encore pas, même si c'est un bon début. A partir d'aujourd'hui, je mettrai donc chaque semaine de nouveaux conseils en ligne sur le site Internet de la Maison-Blanche.

Mais concernant le grand sommet sur le climat à Paris, n'allez pas imaginer que c'est comme ça qu'on sauvera la planète. C'est moi, Obama, qui vous le dis. Le seul moyen de commencer à faire une réelle différence est que nous nous mettions immédiatement, tous ensemble à appliquer les conseils que je viens d'énoncer.

C'est votre choix mais si vous ne le faites pas, personne ne viendra vous sauver et votre vie et celle de vos enfants sera bientôt un enfer.

Et une dernière chose : ne perdez pas de temps pour vous retrousser les manches. Cela fait maintenant 40 ans que l'on discute. IL SERA BIENTÔT TROP TARD !!!!»

À votre santé !

Jean-Marc Dupuis

Published by Gérard Bélorgey - dans planète
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5 novembre 2015 4 05 /11 /novembre /2015 16:36

Un nouveau "forum philo" du Monde se réunit au Mans du 13 au 15 novembre sur le thème du POUVOIR auquel participent des sociologues, des philosophes, des journalistes , des écrivains et une juriste.. apparemment du droit des sociétés...., mais il n'y a  pas un juriste de droit public (ni même une compétence  un peu comparable car l'animateur Bruno Latour, sociologue  qui s'est illustré par une construction interprétative personnelle  sur le contrôle du pouvoir par le conseil d'État,  a déjà démontré que son approche n'a guère  à voir qu'avec ses obsessions);  il n'y a pas non plus  de pratiquant ou connaisseur de ces titulaires de vrais pouvoirs que seraient, avec une dose d'experiences variées nécéssaires,  un grand agent public (comme le fut un Delouvrier) et un grand manager de groupe ( comme l'est un Mestrallet) .

 

C'est entre intellectuels  titrés par  leurs spécialités respectives et certainement convaincus de la capacité de notoriété de leurs ressentis  qu'on va débattre en ayant invité pour clore ce festival  la garde des Sceaux afin que sa dimension culturelle dissimule qu'elle n'est pas du tout représentative de la classe politique dont ne pourra témoigner aucun autre membre actuel ou ancien doté de responsabiltés de niveaux national, européen , voire local où s'exercent concrètement de vrais pouvoirs stratégiques ou de gestion.


Il  est vrai qu'il s'agit d'un  séminaire de philosophie dont la conception et la composition viennent malheureusement illustrer combien celle-ci peut - lorsqu'elle s'inscrit dans une démarche gouvernée par l'adulation des commentateurs et la tenue à l'écart des acteurs (parce que la vue de ceux-ci serait déformée, tandis que les observateurs pourraient être neutres) , se couper d'inspirations nourries par les réalités et les besoins de nos concitoyens, ce que peuvent seuls bien apporter des esprits ayant aussi été des praticiens de l'administratiion directe et des responsables d'entreprises en compétition.    

 

Comment un  tel séminaire pourrait-il apporter quelque chose d'autre que des (bonnes)  paroles alors que sa construction est non seulement  faite d'ostracisme envers les gestionnaires, mais qu'il ne peut pas ouvrir une alternative d'autre stratégie du pouvoir  faute qui apparaisse une personnalité politique  hétérodoxe .  Car - disons le tout franc - Christiane Taubira n'est pas une hétérodoxe , mais sans doute  une  convaincue de pouvoir faire un peu valoir ses points de vue dans le cadre social démocrate d'une orthodoxie libérale européenne dont,  tant pour les préférences  sociétales libertaires que pour les moeurs économiques austères , elle ne s'est jamais vraiment démarquée bien que cette contrainte prive la Justice française des moyens dont - quels que soient les autres choix en matière pénale - ce service public de la justice souffre du fait d' insuffisances budgétaires  dramatiques  expliquant bien des drames et misères des victimes comme des détenus  et des personnels, ainsi que des menaces qui pèsent sur chacun de nous.

 

Les enjeux du pouvoir seraient  de pouvoir changer de politiques. 

Quant à  tenter la connaissance de ses contenus ou de son  vide, c'est une démarche qui supposerait l'appel aux expériences   de ceux qui, comme les fonctionnaires ou les cadres d'entreprises,  en exercent ou en partagent des bribes, dans la dépendance d'autres pouvoirs et de ceux qui subissent les effets d'incontrôlables pouvoirs dont les vrais détenteurs sont probablement  introuvables.  

Published by Gérard Bélorgey - dans institutions
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23 octobre 2015 5 23 /10 /octobre /2015 11:17

Pour bien jouir au verso

il faut se protéger au recto

La vente et le goût des perversions

doit aller de pair avec santé, sécurité

et précautions

l’obsession d’hygiène est reine

la discipline est citoyenne

Si elle est contraire au règlement

la juste vitesse, l’audace individuelle

l’intelligence est criminelle

 

Délits et rackets font rimer

cliques, fric, triques et parfois flics

parmi toutes les nouvelles musiques

c’est d’ailleurs le rap seul que je reçois le mieux

parce que c’est chansons de texte

 

Trouille et délation sont des vertus

tout aliment et tout médicament est suspect

et tout sexe doit l’être

mais chacun peut faire n’importe quoi

si le préservatif est là

ou avec les drogues qui ne s’affichent pas

mais pas de tabac, ça se sent, ça se voit

surtout pas de nicotine

parce qu’elle contamine

le voisin non fumeur qui a vraiment très peur

bien qu’on disait pourtant

entre Français et Allemands survivants

sortant des lignes au jour de l’armistice

échangeons du tabac, c’est la passion des honnêtes gens

 

Lucky Luke et Malraux sont privés de leur cibiche

Pour l’action, la réflexion, la résignation

par compassion, provocation, évasion

ils fumaient presque tous nos héros

beaucoup y ont laissé leur peau

leurs films mêmes ne seront-ils épurés ou proscrits ?

Le péché de fumer ne sera-t-il bientôt puni

de perte d’emploi comme de droits aux soins ?

 

Faute de sauver la planète

l’écologie arbitre le pouvoir

mais certains disent qu’elle s’est trompée

à cent quatre vingt degrés

On s'est aperçu récemment

que le soleil n'en finissait pas d'arriver

mais qu'il n'existait plus depuis longtemps

Aussi va-t-on multiplier les chantiers nucléaires

puis envoyer les déchets dans la lune

heureusement pour réchauffer la terre

 

Il y a des mots qui deviennent interdits

comme "douleur" et "agonie"

On a doublé les gardes-barrière

Aucun train ne s’arrête plus avant l’enfer

L’erreur détruisant des innocents

se nourrit toujours des délations jalouses

qu’accueillent des magistrats imprudents

Certains de ne jamais

plus perdre complètement un client

les avocats ont élevé une stèle

à un garde des sceaux funéraires

La vengeance n’est à aucun menu judiciaire

On regrette la vendetta

On n'assassine plus les assassins

même ceux des grands mères

ni les tortionnaires d'enfants

 

Le même respect de la vie

s’arrange au nom de la diplomatie

des tueries en masse

perpétrées au nom des peuples élus

 

C’est en vain que quelques uns s’épuisent enfin

à dénoncer les grandes impostures

libérale, majoritaire, européenne

 

Celle des économistes dont l’idéologie

fait passer des choix pour des faits

nie toute alternative en maintenant à jamais

sous le boisseau des concurrences

des mondes si différents

qu’ils se détruisent réciproquement

 

Celle des démocraties absolues

dont le pouvoir au lieu de résulter

d’un nécessaire compromis intelligent

est issu, par hasard, de majorités obtenues

à quelques voix près dont on sait le prix

mais qui devraient n’avoir le droit de fonder

ni légitimité, ni autocratie d’un clan

 

Celles des humanistes du vieux continent

consentant aux conséquences mécaniques

de ces économies, de ces démocraties

aspirant sur leurs plages interdites

tant de cadavres évadés de l’Afrique

majeure responsabilité historique

de l’Europe coloniale et des blancs

Published by Gérard Bélorgey - dans hors des clous
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22 octobre 2015 4 22 /10 /octobre /2015 11:04

Quelques uns font encore semblant

entre deux whiskies, entre trois parties

malgré leurs privilèges garantis

de faire la révolution ou d'apprécier celle des autres

mais ce qu'ils aiment par dessus tout

c'est qu'il n'y ait plus d'idéologies

plus d'idéologie du tout

mais des sociologies du néant

Nous voulions libérer les peuples

Ils ont libéré les moeurs

Nous cherchions un juste marché

Ils ont fait le libre échange

Leur prurit libertaire s’est converti en laisser faire

sans laisser faire bien évidemment

les courants concurrents

 

Une génération s’est partout poussée devant

Ses réseaux ont occupé tant de postes influents

chez les uns et les autres, copains et adversaires

qu’elle a aisément écarté des facultés d’expression

ceux venant de plus loin qu’elle

ne sentant pas, ne pensant pas

ne jugeant pas comme elle

et qui n’étant de leurs chapelles

se sont, bel et bien, souvent faits censurer

- il suffit tout simplement de refuser ou de ne pas commenter -

ce qu’ils voulaient faire connaître et publier

 

Les chiens des garde nés d’un mai d’illusions

les ont tenu à l’écart plus encore par l’éditorial

qu’ils ont largement colonisé

le poisson pourrit par la tête

que par le capital dont l’intérêt libéral

- ça tombe bien - du même tonnneau

a su récupérer la critique artiste

pour mieux neutraliser la critique sociale

 

C’est qu’en soixante ans de sarabande

un autre monde est né que j’ai laissé passé

dont je ne connais ni les musiks

ni les people, ni les albums

ni les gadgets de com

dont je ne veux ni des disciplines

ni des libertés

ni que fictions et réalités

y rivalisent d’effets spéciaux

d’instincts dragués et de culots

 

Tout au long même de ces années

ce monde, s’il s’est un peu amélioré

a aussi multiplié les malades

les faméliques, les rats et les égorgés

 

Partout les imbéciles et les déshonneurs

y ont allumé des brandons dispersé

et la guerre du feu y a bien prospéré

Trop en a été dit et chaque jour en est répété

pour à nouveau le raconter

sinon que le charcutent les scalpels prétentieux

d’intellectuels au goût de jours vite passés

redécouvrant en termes souvent illisibles

mais heureusement volatils

ou propageant par stéréotype

les vulgates ou trahisons des prêts à penser

 

De la terreur et des rires

du napalm et des sunlights

du show biz et de la misère

la vermine, la peur et le froid des camps

les familles broyées dans l'incendie des villes

des jungles enlacées de pièges et de flammes

 

Les loups rassasiés dorment dans les poubelles

l'informatique irrigue les charniers

chacun couche avec la femme de l’autre

et l’autre méprise la vôtre

Il n’est que l'innocence pour ne pas s'ennuyer

 

On n'a pas encore trouvé le moyen

de faire sortir les enfants du ventre de leur père

mais il est revendiqué

que, sans mère

deux hommes accouplés puissent en élever

en attendant que le clonage humain

rende inutile de procréer

 

Femme, tu n’es plus l’avenir de l’homme

mais le fantôme d’un passé

dont il faisait les lois et toi les moeurs

la partenaire moins égale que suprême

comme la mort elle-même

qui joue les atouts des deux sexes

qui paye et prend à ses manières

sur tous les tableaux paritaires

où chacune joue, gagne ou perd

 

Et, dès qu’ils sont sortis des tripes nourricières

peut-être ensemencées par un père masqué

tes enfants vont en masse dans des pouponnières

avant de former les nouveaux régiments

de chômeurs consommateurs

s’éclatant ou grappillant

sur la misère des autres continents

 

Dans les stades, des coupes et des jeux

des mercenaires dopés qui valent très cher

galvanisent des foules pour changer en fêtes

des instincts d’agression et de domination

C’est la bonne école de la concurrence mondiale

 

L’offre de sexe exponentielle

ne fait plus deviner mais elle expose

faisant flamber l’envie du rut

et vendre le viagra

En attendant, pauvres adolescents

que vous soyez blasés avant d’être impuissants

voyez mon nombril sur ce doux ventre rond

votez pour le string qui me sculpte les fesses

apprécier le relief de mes parties

les pruneaux de mes seins et ma fente incrustée

l’enfant moulée premier et dernier cri

que sa tenue d’emblée offre à violer

 

Belle impunie au nom des libertés

la provoc, lorsqu’elle ne tue qui la pratique

dans le boomerang de quelques tournantes

a installé l’endémie d’une peste

et l’on a mis au pilori qui la conteste

tous ces ringards dont je suis

 

Les signes d’autres Fois

et d’autres droits que ceux du tout permis

sont incompris

voile et foulard collectent les lazzis

alors que j’aime y voir sous les apparences pudiques

le meilleur qui soit de l’érotique

le risque et l’interdit

l’inaccessible est mieux que le promis

et sa valeur est ainsi sans prix

 

Il te faudra quand même de la drogue en poche

pour oublier l’appel de ces épaules nues

et le duvet des bras, le velouté des peaux

ces gorges offertes dans l’odeur des aisselles

ces parfums de femmes que tout homme idolâtre

lorsque bus et métros plaquent contre ton corps

l’essence d’inconnues un instant inhalées

Va donc les semer de tabacs en cinés

Il y a tant de films que dans le lot du nombre

il s’en trouvera bien un qui te conviendra

pour chercher un temps dans des destins fantômes

ce que le tien n’assouvit pas

 

Détournons nous tous

des estrades qui firent le Verbe théâtre

devenues burlesques par le plein des ordures

en proposant l’ennui collectif de l’obscène

ou ces contes ravaudés en caricatures

de mythes éternels ainsi remis en scène

pour redire à grand prix, mais pas mieux qu’autrefois

ce que l’on sait des dieux, des hommes et des rois

 

Dans l’éventail de mille fictions historiques

je retrouve parfum ou puanteur des siècles

qu’illustrent tour à tour de crédibles remakes

et j’aime aussi y lire une pendule ou deux

qu’un écrivain fouineur a su bien mettre à l’heure

 

Mais je suis bien heureux de n’être pas au nombre

de ces morts illustres dont le nom sert d’appât

ou de ces « Grands » qu’on ne déguise même pas

pour en vendre l’histoire en quelque travesti

prétendant écrire ce qu’ils firent et furent

Quand le scénario est la fable qui ment

quand l’imaginaire se prétend document

il n’est plus d’identité qui soit garantie

et mieux vaudrait garder le secret de leurs vies

 

Que la postérité s‘y trompe est bien le but

des marchands de soupes, d’intox et mascarade

qui font passer des faux pour des faits avérés

auxquels croient des publics sans formation critique

dont l’illusion de savoir va de pair

avec des navigations de hasard

sur des sites aléatoires

 

Et je ne parle pas des créations plastiques

allant d’installations en point mathématique

de millions de gélules

aux espaces tout nus

de monuments faits de scories coriaces

en éphémères pestilentiels

ou difformités célébrées par des cerceaux criards

 

Si je fus compétent, je suis perdu

surtout depuis qu’un farceur monochrome

du gland de son pinceau, je ne peux mieux le dire

a levé la fille dont j’étais l’homme

Quand on a la puissance d’argent ou de cul

- ce qui réserve l’extase à quelques élites -

on peut se choisir l’absurde ou l’insolite

et admirer ainsi les commandes publiques

 

Plus jubilatoire est l’horreur

et mieux les thrillers sont vendeurs

J’aime mieux ne pas avoir de nom

que d’avoir écrit ces saloperies

grâce auxquelles des auteurs nominés

courent après les prix

Mort, torture et possession par procuration

en attendant plus de live

sont en libre accès sur tous les écrans

dans toutes les collections

 

Il faut scandaliser non plus par l’imposture

mais en rêvant des vertus qu’aurait la censure

La meilleure, et d’abord pour soi-même,

est une assurance esthétique :

sans règles subies et interdits surmontés,

il n’est ni art, ni écriture 

La liberté ouvre aux facilités du pire;

à la rigueur enfin de nous faire survivre.

Le plus mauvais dans ce qu'on  écrit

est ce qui dit en clair ce  qu’il eut fallu crypter 

le sexe raconté n’est plus énigmatique,

mais névrose expliquée sans rien de poétique

 

Comment distinguer les fruits de la liberté

des attrapes du « sans limites » ?

et des fortunes des marchés ?

c’est à pleurer, c’est à fumer

Le « tout permis » égare plus qu’il n’affranchit

le « tout possible » qu’autorisent à tous les techniques

portent aux fractures plus qu’aux harmonies

et aux chaos d’architectures dans tous les sites

N’importe qui peut faire n’importe quoi

en n’ayant plus à se soumettre

aux climats et matériaux d’autrefois

 

La liberté n’ouvre chance de qualité qu’aux talents

la certitude de survie qu’aux génies

et il n’est pas établi qu’ils soient

plus qu’autres valeurs

garantis par la démocratie

 

 

 

Published by Gérard Bélorgey - dans hors des clous
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13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 11:17

À l'ouverture du nouveau siècle, j'ai salué l'an 2000 par ces versets  parfois , ici ou là, à nouveau publiés depuis lors. Les temps font qu'ils sont terriblement vrais   et que rien n'est venu corriger ce qu'ils constataient et  annoncaient.

Voici donc, encore une fois, mais  en plusieurs morceaux pour ne pas donner tout à consommer et oublier d'un coup, ces REJETS

 

Pour l’anniversaire des morts et des vivants

nés entre les deux guerres

mon pamphlet est de bouts scandés

une rafale de mots amers

qui doit faire l’affaire

à bout portant

 

Du métier auquel j’ai cru

et de ceux que j’ai fait en plus

de choses que j’ai vues

je ne parlerai guère ici

l’ayant fait dans ces divers écrits

où j’ai vécu caché sous des pseudo sans liens

mais il me faut dire un peu

ce que j’ai sur le coeur

Ce peu que j’en dirai

sera déjà bien sévère

ne pouvant comme Maïakovski

brandir par dessus les murs de l’Histoire

la carte d’un parti

et n’ayant eu à sa manière

le courage de dire « au revoir »

 

Cette planète est mal outillée pour la joie

la joie, il faut l’arracher aux temps futurs

je n’ai jamais trouvé le pouvoir que j’eus voulu servir

mais ceux qui se sont fait complices en désespoir de cause

de sottise et complaisance en tous lieux accueillis

 

J’en fus trop l’auxiliaire ou le bouc émissaire

nomade ne sachant conduire ses ruptures

Pas plus que dans mes autres vies

je n’ai jamais su choisir

En voulant découvrir des compromis d’honneur

plutôt que le meilleur que chercha mon orgueil

dans les fumées de mes débats de conscience

jugeant bien, agissant à revers

solitaire par fidèle inconstance

n’aurai-je été des pires ?

 

Je ne connaîtrai plus

l’un de ces matins d’avant l’été

où l’on descend boire le café

allumer la première cigarette

voire passer une ou deux amourettes

sous les marronniers de Paris

les platanes du Midi

ou les pins de Bretagne et Provence

prendre à la maison de la presse

les journaux dont les infos vous inspirent

pourquoi et comment votre génération

peut et doit faire un monde plus heureux

Oui, j’ai eu ce goût de sang, de cendre dans la bouche

depuis bien longtemps

depuis que je cours après l’adolescent

ayant cru à l’unisson

de l’écriture, de l’amour et de l’action

 

En voulant être de ceux

qui écrivent l’Histoire en même temps qu’ils la font

je n’ai rien eu en fin de comptes

que ce goût de cendre et de sang

Faute de talent, faute de marché

en retard ou à contretemps

dédié d’abord à ses devoirs de vie

il n’est pas venu au bon moment

il n’a guère eu d’audience

ça n’intéresse plus personne

ce n’est plus l’écriture d’aujourd’hui

Il y a des ateliers pour cela désormais

et il n’y pas pas été, ce n’est pas un initié

rien que des fumées pour se consoler

dans ces domaines aussi

on m’a volé ma vie

En regardant dans ses rétroviseurs

il voit ses amours qui furent si vivantes

se faner en floues brassées d’erreurs

de nostalgies et de dettes entassées

mes cigarettes pour oublier

Et l’action toujours à recommencer

- sauf si Sisyphe devient Kamikaze -

est parvenue à le lasser

Comment ne pas en allumer une de plus

pour essayer de se retrouver

dès qu’on peut au matin

à nouveau respirer

après s’être juré dans les étouffements dans les éternuements

de ne jamais recommencer

 

Ils avaient rêvé des héros en série

avec de grosses têtes, de grosses mitraillettes

de gros sexes sur des corps de fil de fer

et en voilà beaucoup qui sont des patrons ronds

potelés pelotant

des secrétaires platinées et multilingues

derrière des bureaux mordorés

dans de grands immeubles de verre

 

 

Published by Gérard Bélorgey
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27 septembre 2015 7 27 /09 /septembre /2015 15:56

Je ne partage pas le rejet qu'exprime DLF pour les réfugiés

mais j'en partage une conception de l'État Nation telle que l'exprime le papier ci dessous de D. Jamet

Oui, la dislocation de grands États nations  est le prélude et le moyen de la prise de pouvoir d'une Europe apatride, constituée, loin des garanties et des péréquations qu'apportent des pouvoirs publics unitaires et un territoire indivisible, d'un puzzle de régions vivant des concurrences de  leurs  égoîsmes respectifs  .

Tandis que  c'est l'ouverture aux autres de nos grands États Nations qui devrait être leur avenir, leur gloire et leur honneur.

 

Il n’y a pas si longtemps, la géographie politique de l’Europe telle que l’avaient dessinée et stabilisée les siècles nous paraissait définitivement fixée. Quand, venant de France, on franchissait les Pyrénées par l’Est ou par l’Ouest, on entrait en Espagne. Lorsqu’on avait traversé la Manche, par mer ou, depuis peu, sous terre, on se retrouvait en Angleterre. A Barcelone, Saint Sébastien, Madrid ou Séville, comme à Manchester, Liverpool, Londres ou Edimbourg, on était à l’intérieur d’un même pays. Ces notions avaient la simplicité de l’évidence.

Etaient-elles trop simples ? Un même prurit de déconstruction et de reconstruction démange aujourd’hui la Catalogne, le Pays basque ou l’Ecosse et menace l’unité de l’Espagne comme celle de la Grande-Bretagne. Cette unité façonnée par l’histoire, héritée du passé, sur la base d’un destin partagé, de souvenirs communs, d’un même patriotisme, d’un même refus de se soumettre face à l’envahisseur, qu’il s’appelle Napoléon ou Hitler, est mise en péril par un indépendantisme à courte vue, fait de rancunes, de frustrations, de rêves de grandeur, de désirs de revanche mais aussi, il faut le dire, d’un solide et sordide égoïsme qui vise à dispenser les régions les plus riches de payer pour les plus pauvres.

Le vote qu’émettront aujourd’hui trois ou quatre millions d’électeurs catalans à l’occasion du renouvellement de leur Parlement autonome dira si la Generalitat fait un pas de plus sur la route de la sécession ou si, tous comptes et toutes réflexions faits, elle s’en tient à un avantageux statu quo auquel leurs parents et leurs ancêtres n’auraient jamais cru possible et même rêvé d’accéder.
La Constitution décentralisée de l’Espagne actuelle garantit à la Catalogne comme au Pays basque le respect de leur personnalité, de leur dignité, de leur fierté, de leur identité, de leurs particularismes linguistiques, culturels et autres et la gestion autonome de leurs finances. Faut-il aller plus loin ?

Le morcellement des grands ensembles qu’a si laborieusement bâtis l’histoire va dans le sens d’un fédéralisme supra-national, donc à proprement parler apatride, dont l’objectif est de faire éclater les solides structures qui ont fondé et perpétué les grandes nations du continent pour les réduire à une sorte de gélatine dans laquelle seraient taillés des sous-ensembles, prélude artificiel à des Etats-Unis d’Europe. La Grande-Bretagne serait-elle toujours grande dans l’hypothèse où l’Ecosse prenant le large elle ne serait plus qu’un Royaume-Désuni ? Sous couleur d’une dénonciation des abus du jacobinisme, une vaste offensive concertée, qui ne se limité pas aux deux pays pris en exemple, s’en prend à l’unité et à l’indivisibilité des Etats-nations.

Où trouver le juste équilibre entre les excès passés du centralisme monarchique ou républicain et l’émiettement façon puzzle de l’Europe ? On ne saurait trop méditer la superbe et fameuse apostrophe du grand écrivain et philosophe Miguel de Unamuno. Recteur de l’Université de Salamanque en 1936 et contraint d’assister dans sa ville conquise au banquet de la victoire phalangiste, il répliquait au général franquiste Millan Astray qui parlait de noyer dans le sang toute velléité autonomiste : « Une Espagne sans Pays basque et sans Catalogne serait comme vous, mon général, borgne et manchote… »
 

 

Published by Gérard Bélorgey - dans Europe
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18 septembre 2015 5 18 /09 /septembre /2015 18:03

Deux textes pour aider à la prise de conscience qu'il faudre un statut ( mais non sarkorsien, certes prudent,  mais généreux) , pour les "réfugiés".  Si le droit d'asile n'est pas en tant que principe à  couper en tranches,  le PM ne doit pas faire l'autruche : ce n'est pas en vertu des dispositions sur l'asile "individuel" que, hot spots ici ou là, on pourra traiter et faire des tris, avec des renvois dans les pays d'origine . Les accueillir sans laisser entrer des terroristes, c'est un gros défi qui attend la France et l'Europe dans laquelle se dessinent à la faveur de ces drames des lignes de rupture existant de longue date et que l'on aurait jamais du occulter.  

 

Jean-Michel BELORGEY   :

Quelles réponses à quelles migrations ?

Dans le climat de noire confusion qu’entretiennent, inconsciemment ou consciemment, les médias et de larges franges de la classe politique sur la question des réfugiés et/ou des migrants, il est urgent de s’essayer à quelques clarifications dont il n’est pas sûr qu’elles intéressent ceux qui ont le goût des simplifications, ou des amalgames, hostiles ou vainement vertueux, mais qui, si l’on souhaite dégager des solutions concrètes, ont leur prix.

1 – Même si l’aggravation, dans nombre de pays du sud, des phénomènes de pauvreté et de mauvais gouvernement, conjuguée au développement des transports intercontinentaux, crée pour des populations aux abois une forte incitation à la migration vers les pays du nord, on ne peut raisonnablement parler d’explosion des flux migratoires en général. Mais il est vrai que l’intensification des conflits dans des zones géographiques moins éloignées que l’Amérique du sud,  l’Afrique équatoriale, l’Asie du sud-est, le subcontinent indien, c’est-à-dire, plus précisément, l’Afrique du Nord et le Proche Orient, a, au cours de la dernière décennie et plus encore des trois dernières années, engendré en direction de l’Europe occidentale des mouvements de population  d’une ampleur dont celle-ci n’avait pas connu l’équivalent depuis l’avant et l’après seconde guerre mondiale, sauf au moment des évènements de Hongrie et de l’explosion de la Yougoslavie ; ce n’est pas l’Europe occidentale qui a porté le poids des exodes massifs liés aux évènements du Rwanda, du Congo, de la Corne de l’Afrique ; les exodes liés aux évènements du Vietnam, et plus généralement de l’ex-Indochine présentaient des caractéristiques particulières, ceux liés à la guerre civile sri-lankaise également.

2 – A la différence des arrangements intervenus avant la seconde guerre mondiale dans le cadre de la SDN, la Convention de Genève sur le droit d’asile n’ouvre pas le droit à un asile collectif ; elle prévoit que  la reconnaissance de la qualité de réfugié doit être accordée à toute personne se présentant, serait-ce sans visa, ni même document d’identité, à la frontière d’un pays pour y demander l’asile, et en mesure d’accréditer qu’elle a été victime de persécutions ou est menacée de l’être, à raison de ses opinions politiques, de sa religion, de son appartenance, réelle ou supposée, à une ethnie, à un groupe social etc…  . Cette reconnaissance individuelle en vient, en cas d’afflux de demandeurs, à se révéler à plusieurs égards inadaptée. Il est évidemment, sinon impossible, du moins très difficile, de se livrer, , en pareil cas,  à une évaluation individuelle satisfaisante des mérites des demandeurs d’asile. Ou on risque de s’y épuiser, à tout le moins si on souhaite sincèrement le faire. Il y a beau temps qu’on ne souhaite plus. Mais on s’y épuise quand même. Etant entendu que la ligne de partage entre demandeurs d’asile au sens de la Convention de Genève et autres catégories de migrants devient, dans le cas des exodes massifs liés à des guerres civiles avec ou sans interventions extérieures, à une violence généralisée, à une désorganisation totale de l’économie et de la vie urbaine, devient  de plus en plus incertaine.  

3 - Cela ne signifie pas que la distinction entre demandeurs d’asile et autres migrants a, ni pour l’avenir, ni pour le présent, perdu son sens ; les cas demeurent nombreux de persécutions ou menaces de persécutions pesant à titre individuel (notion qu’il faut comprendre compte tenu de la mise en œuvre de pratiques de responsabilité collective) sur différentes catégories de personnes et pas seulement sur des figures exemplaires de combattants pour les libertés, mais aussi sur des comparses. Et il est hors de question, s’agissant de cette catégorie de personnes, de parler quotas ou c’en est fini de la Convention  de Genève. Il faudrait, de surcroit, mettre fin à nombre de pratiques faisant obstacle à la sortie des territoires de persécution ou à l’entrée sur le territoire d’éventuels pays d’accueil, ou organisant de façon impraticable la répartition des responsabilités entre ceux-ci, qui sont contraires à cette Convention. 

Il faut en revanche songer à mettre en place, du moins pour un temps, un dispositif s’inspirant pour partie de ceux ayant eu cours avant et après la dernière guerre, et si possible plus performants. Auquel cas parler de quota cesse d’être désinvolte et contraire aux engagements internationaux qu’on a souscrit. Encore faut-il,  bien sûr, que les quotas mis en avant ne soient pas ridiculement disproportionnés par rapport au volume des exodes à prendre en compte, ni certes, par rapport aux capacités économiques et humaines des pays d’accueil. Mais ces capacités économiques sont loin d’être aussi faibles que la tendance est à l’articuler. L’apport, même durable, de populations migrantes à la démographie apparait même, pour beaucoup d’entre eux, comme un besoin. Et, en dépit du chômage, nombre d’emplois sont susceptibles d’être occupés par des migrants ; la voie d’une immigration sélective, sous le signe du brain-drain n’est pas la seule qui mérite d’être explorée. Les capacités humaines des sociétés d’accueil ne sont pas partout non plus dérisoires. Même si la xénophobie fait ravage dans quelques pays, et, dans tous les pays, dans certaines couches de la population, il existe au sein de la société civile une disponibilité à se montrer solidaire sure laquelle il n’est pas impossible de faire fond. L’Europe, quoiqu’il en soit, ne peut devenir une forteresse sous les murs de laquelle on laisse périr la population de pays presque limitrophes, dans les eaux de laquelle on n’organise plus de sauvetage en mer, à moins qu’on ne charge des pays intermédiaires, quand il y en a,  de retenir, dans un univers concentrationnaire, les migrants qui cherchent à s’en approcher.  

4 - Reste la question, qu’on ne doit ni ignorer, ni retenir comme prétexte d’une posture de rejet des demandeurs d’accueil, de l’identification, même en dehors de la mise en œuvre de la Convention de Genève (qui comporte quant à elle des dispositions très précises, encore que difficiles d’application, à ce sujet), du profil, ou de l’arrière-plan des demandeurs d’accueil. Il faut incontestablement éviter d’introduire le loup dans la bergerie, d’importer, sur le territoire des pays d’accueil, les querelles des pays d’origine, comme il est vrai que cela arrive (Tchétchènes en Pologne, où l’asile n’est, de ce fait, pas sûr), de donner abri à des persécuteurs ou de faciliter l’infiltration de terroristes. Le risque n’est pas nul, encore que l’accueil de migrants, au sens large, n’en soit pas la seule source. Le dispositif d’accueil devrait, par conséquent, comporter des procédures, point trop inutilement inquisitoires, permettant d’y parer.   

 

CIMADE : 

Lettre ouverte au Président de la République sur l’accueil des réfugiés et des migrants en France et en Europe

Paris, le 10  septembre 2015

Monsieur le Président,

 

Lundi dernier, lors de votre conférence de presse vous avez fait un certain nombre d’annonces sur le thème de l’asile et des migrations qui éclairent la position que la France entend défendre lors de la réunion des ministres de l’Intérieur de l’UE du 14 septembre prochain à Bruxelles.


Nous notons que la tonalité de vos propos et leur contenu contrastent significativement avec les positions que la France défendait avant l’été. Les tragiques événements survenus depuis semblent avoir enfin provoqué le sursaut tant attendu pour que ces personnes qui souhaitent rejoindre l’Europe en quête de protection et de conditions de vie dignes soient considérées pour ce qu’elles sont : des êtres humains qui méritent en premier lieu notre compassion et notre solidarité, et non un regard suspicieux et le rejet à coup de murs, de barbelés et de répression policière.


Pour autant, vos annonces, si elles sont plus généreuses que celles faites avant l’été, restent de notre point de vue très en deçà du défi posé à notre pays et à l’Union européenne pour répondre à l’attente de ces réfugiés et migrants, qu’ils se trouvent déjà dans l’UE ou encore dans des pays tiers.


Aujourd’hui la France doit urgemment adopter des positions courageuses, et ce, dès la réunion des ministres de l’Intérieur de l’UE du 14 septembre.  Elles sont au moins au nombre de trois :


1-    Concernant les réfugiés et migrants se trouvant déjà sur le sol français.


Compte tenu de la tradition d’accueil par la France des exilés, que vous avez réaffirmée, comment justifier l’insuffisance de l’accueil proposé à ces personnes? Aujourd’hui, il faut sortir de la logique d’encampement à Calais. La France a la capacité logistique et économique de proposer des mises à l’abri dans des dispositifs en dur, à Calais et tout au long de la trajectoire migratoire en métropole et notamment à Paris. Ces lieux de mise à l’abri doivent permettre d'apporter aux personnes une réponse à leurs besoins vitaux comme manger, boire, se laver, être soignées et, pour la plupart, être accompagnées sur le plan psychologique. Des conditions d’accueil décentes sont indispensables pour que les migrants puissent être correctement informés et exercer sereinement leurs droits, notamment de demander l’asile.


Comme vous, nous saluons la mobilisation de nombreuses communes de France, certaines n’ayant pas attendu les événements tragiques récents pour agir. Nous attendons de l’Etat et des collectivités qu’ils mobilisent des moyens humains et financiers suffisants pour que la parole de la France se traduise en actes concrets de solidarité pour un accueil digne.


2-     Concernant l’accueil des personnes se trouvant actuellement dans des pays de première arrivée (Grèce, Italie, Hongrie…).


Vous avez annoncé que la France accueillera 24 000 de ces personnes dans le cadre d’un dispositif permanent et obligatoire de relocalisation. Nous saluons le soutien de la France à un tel dispositif qui devra permettre une meilleure répartition de l’effort d’accueil des  demandeurs d’asile entre les pays de l’UE.


En revanche, le nombre de 24 000 (sur deux ans), suggéré par la Commission européenne, est  inadapté à la réalité immédiate. Le HCR lui-même estime à 200 000 au minimum le nombre de personnes à « relocaliser » en Europe sachant qu'il en est arrivé 350 000. La solidarité européenne, notamment vis-à-vis de la Grèce et de l’Italie, doit être autrement plus ambitieuse.


Vous avez par ailleurs insisté sur l’importance de la mise en place de « centres d’identification et d’enregistrement » (hotspots) dans les pays de première arrivée pour effectuer un tri entre les demandeurs d’asile et les personnes qui doivent être « raccompagnées », « dans la dignité ».  Nous avons les plus grandes inquiétudes quant aux méthodes qui seraient utilisées pour procéder à ce tri, et aux conditions matérielles dans lesquelles il s'effectuerait. Pouvez-vous nous garantir que ces centres ne seront pas des lieux de privation de liberté, des prisons aux portes de l’Europe ?


Nos organisations sont par ailleurs choquées qu'il soit envisagé de rejeter d’emblée certaines catégories de ces personnes qui, pour la plupart, ont risqué leur vie pour rejoindre l'Europe, alors que la complexité croissante des causes de départ rend de plus en plus difficile la distinction entre asile « politique » et exil « économique ». Rejeter ceux qui sont déjà plongés dans une extrême précarité, parce qu’ils seraient « pauvres » et non « réfugiés », n’est pas acceptable. En face de personnes qui fuient des situations de guerre, d’oppression ou de misère, la seule conduite digne, c’est celle fondée sur l’accueil et le respect des droits fondamentaux.
La crise actuelle a amené l’Allemagne à suspendre unilatéralement l’application du règlement Dublin pour les ressortissants syriens. Nos organisations alertent depuis longtemps l’UE sur les conséquences dramatiques de ce dispositif injuste, inéquitable et pourtant très inefficace. Nous vous demandons donc de tirer les conséquences de la crise actuelle et d’appeler l’UE à remettre à plat le système d’asile européen, en commençant, comme le préconisent le Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe et le Rapporteur spécial sur les droits de l'homme des migrants de l'ONU, par suspendre l’application du règlement Dublin, quelle que soit la nationalité du demandeur d’asile.


Enfin, nous estimons que la France et l’UE doivent urgemment renégocier avec le Royaume-Uni les règles d’entrée sur le territoire britannique. Ces règles sont à l’origine des problèmes majeurs rencontrés dans le Calaisis depuis bientôt 20 ans. Si, comme vous l’avez rappelé, cette crise doit nous amener à faire des « choix qui compteront » et qui seront jugés « par l’histoire » et à traiter les migrants avec « humanité et responsabilité », alors il est urgent de rouvrir ces discussions.


3-    Concernant les personnes qui souhaitent rejoindre le territoire européen.


Vous avez également évoqué les défis posés par ces flux migratoires sur le plan international, notamment dans la perspective du sommet Europe-Afrique de La Valette (11 novembre 2015) et d’une conférence internationale sur les réfugiés que la France pourrait accueillir.


Pour nos organisations, l’urgence de la situation est telle que des mesures doivent être prises immédiatement pour éviter de nouvelles tragédies, de nouveaux décès - près de 3 000 -  que vous avez-vous-même rappelés au début de votre conférence. La France et ses partenaires européens doivent, d’urgence, ouvrir des voies d’accès légales et sûres pour les personnes qui se trouvent dans des pays tiers (Liban, Jordanie, Libye etc..) et qui souhaiteraient rejoindre l’Europe sans risquer leur vie et sans avoir recours à des passeurs. La délivrance de visas et la suppression des visas de transit aéroportuaire s'imposent, comme s'imposent le soutien au regroupement familial  et la sécurisation des parcours.


Pour faire face à cette urgence, l'UE pourrait aussi mettre en œuvre le mécanisme prévu par la Directive 2001/55/CE du 20 juillet 2001 relative à l'octroi d'une protection temporaire en cas d'afflux massif de personnes déplacées, précisément conçue pour offrir, « en cas d’afflux massif ou d’afflux massif imminent de personnes déplacées en provenance de pays tiers qui  ne peuvent rentrer dans leur pays d’origine », une protection immédiate à ces personnes.


Quant aux discussions avec les pays de départ et les pays de transit des migrants, nous constatons que, depuis des années, des politiques de coopération et d'aide au développement sont mises au service de l'externalisation des contrôles migratoires, entraînant parfois  de graves conséquences en termes de droits humains des migrants. Nous sommes très alarmés par les travaux en cours dans le cadre du processus de Khartoum, où sont sous-traités, y compris à des régimes dictatoriaux, certains aspects de la politique migratoire de l'Union européenne. Nos organisations vous demandent solennellement de bannir, en matière de migrations, toute coopération avec des États tiers, d’origine et de transit, qui ne respectent pas les libertés et droits fondamentaux.
Monsieur le Président, l’émotion provoquée dans l’opinion par les images récentes, nous la ressentons depuis des années. Pour être à la hauteur des défis posés par la nécessaire protection des personnes qui frappent aux portes de l’UE, les dirigeants européens doivent faire preuve d’une grande volonté politique. Si cette volonté est bien expliquée, si vous et votre gouvernement vous engagez résolument, nous sommes persuadés que nos concitoyens seront de plus en plus disposés à accueillir ces personnes en quête de paix et de protection.
Nous souhaitons pouvoir évoquer de vive voix ces sujets avec vous, en particulier en vue du prochain sommet européen et des futures conférences internationales. Nous vous invitons une nouvelle fois à recevoir tous les acteurs de la société civile qui agissent concrètement, et certains depuis longtemps, en faveur d’un accueil digne et respectueux des réfugiés et des migrants. C’est ensemble que nous pourrons relever ce défi.

 

Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, l’assurance de notre très haute considération.
 


Signataires :
L’ACAT-France ;  l’ACORT;  Action tunisienne ; ADTF ; Anafé ; ARDHIS ; ATMF ; CCFD Terre-Solidaire ; Centre Primo Levi ; La Cimade; Coordination 93 de lutte pour les sans-papiers ; Coordination SUD ; CRID ; DIEL (Droits Ici et Là-bas) ; Elena-France ; Emmaüs France ; Emmaüs International ; Enda Europe ; EuroMed Droits – REMDH ; FASTI (Fédération des Associations de Solidarité avec Tou-te-s les Immigré-e-s) ; Fédération de l’Entraide Protestante ; FIDH ; FNARS ; Fondation France Libertés - Danielle Mitterrand ; FORIM ; Français Langue d’Accueil; France Amérique Latine ; FSU ; FTCR ; Gisti ; Grdr Migration-Citoyenneté-Développement ; IDD;  Ligue des Droits de l’Homme ; Médecins du Monde ; Migreurop ; Mouvement de la Paix ; Mouvement pour la dignité et les droits des Maliens ; MRAP ; l'Observatoire Citoyen du CRA de Palaiseau ; l’Organisation pour une Citoyenneté Universelle ; Réseau Foi et Justice Afrique Europe ; Secours Catholique-Caritas France ; Secours Islamique France ; Syndicat de la Magistrature; Terre des Hommes France ; Union syndicale Solidaires.

Cc : M. Manuel Valls, M. Laurent Fabius, M. Bernard Cazeneuve, Mme Marisol Touraine, Mme Annick Girardin, M. Harlem Désir                

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