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POURQUOI CE BLOG



L'objet de ce site est de baliser par quelques souvenirs éloquents l'histoire récente et de faire contribuer ces expériences, par des commentaires d'actualité, à éclairer et choisir les changements, en s'interrogeant sur les propositions des politiques et les analyses des essaiystes. Par ailleurs, à côté des problèmes de société (parfois traités de manière si impertinente que la rubrique "hors des clous"a été conçue pour les accueillir), place a été faite à "l'évasion" avec des incursions dans la peinture, le tourisme, la littérature,  des chansons, ce qui constitue aussi des aperçus sur l'histoire vécue.

 
Identité de l’auteur
vous pouvez lui écrire à <gerard.belorgey@wanadoo.fr>

Né en 1933, appartenant à la génération dont l'enfance a été marquée par la deuxième guerre mondiale, l'occupation et la Résistance, l'adolescence par la Libération, la guerre froide, puis par de clairvoyants engagements pour les décolonisations, l'auteur a ensuite partagé sa vie professionnelle entre le service public (il a notamment été préfet, délégué à l’emploi, directeur des affaires économiques de l’outre-mer, président de la chaîne de radio-télévision, RFO), l'enseignement et la publication d’ouvrages de sciences politiques (il est aujourd’hui membre du comité de rédaction et
collaborateur régulier de la "Revue Politique et Parlementaire"). Il a également assumé des missions dans de grandes entreprises en restructuration (Boussac, Usinor/Sacilor), puis a été conseil d’organismes professionnels.

Alors que ses condisciples ont été en particulier Michel Rocard et Jacques Chirac (il a partagé la jeunesse militante du premier dans les années cinquante et fait entrer le second à Matignon dans les années 60, avant d'être son premier collaborateur à l’Emploi, pour la négociation de Grenelle et au secrétariat d’Etat aux Finances, il n'a suivi ni l'un, ni l'autre dans leurs itinéraires. En effet, dans le domaine politique, comme il ressort de ses publications (cf. infra), Gérard Bélorgey n’a rallié ni la vulgate de la Veme république sur les bienfaits de l’alternance entre partis dominants, ni les tenants du catéchisme du libre-échange mondial. Il ne se résigne donc pas à TINA ("there is no alternative" au libéralisme). Tout en reconnaissant les apports autant que les limites de ceux qui ont été aux affaires et avec lesquels il a travaillé, il ne se résigne pas non plus à trouver satisfaction dans tel ou tel programme de camp. Mesurant combien notre société multiculturelle, injuste et caricaturalement mondialisée, souffre aussi bien des impasses de l’angélisme que des progrès de l’inégalité et des dangers de l’autoritarisme, il voudrait contribuer à un réalisme sans démagogie.

Partie de ses archives est déposée dans les Fonds d'Histoire contemporaine de la Fondation des Sciences Poltiques (http://centre-histoire.sciences-po.fr/archives/index.html)

Il a écrit et existé sous d'autres noms que celui sous lequel il a signé des ouvrages fondamentaux que furent "le gouvernement et l'administration de la France" ( 1967), "la France décentralisée" ( 1984), "Les Dom-Tom" (1994)  : le peuso de Serge Adour correspond à l'époque de la guerre d'Algérie et à une grande série de papiers dans Le Monde en  1957 , celui d'Olivier Memling à l'écriture du recueil de poèmes "Sablier " (couronné en 1980 par l'Académie Française et référé  dans l'histoire littéraire du XXeme Siècle de Hachette) et aux chansons qui en sont issues, celui de  Gérard Olivier à son analyse dans de  grands quotidiens de la décentralisation en 1981/82; celui de Solon  (malheureusement partagée par erreur avec d'autres auteurs) à la publication en 1988 de "la démocratie absolue" . Cessant de vivre un peu masqué, il retrouve son nom en 1998 pour "Trois Illusions qui nous gouvernent", puis à compter de 2000 pour "Bulles d'Histoire et autres contes vrais " (série de coups de projecteurs sur notre monde  qui seront souvent repris ci-dessous), ainsi que pour de  nombreux articles dans  diverses revues. En 2009, son récit "la course de printemps" revient sur la guerre d'Algérie.

Une manifestation traditionnelle et réussie de "Coup de Soleil"
démontrant la capacité de pluralisme culturel et de compréhension réciproque de tous ceux, aussi divers qu'ils soient - quelles que soient leurs origines et leurs situations et parfois quels qu'aient été leurs expériences, leurs épreuves  et leurs engagements - qui partagent l'attachement pour le  Maghreb et le respect de ses habitants, de ses immigrés, de ses rapatriés, de ses originaires  et de leus amis
une démonstration dans la paix  de la capacité de fécondité d'une "société française (se voulant) sûre d'elle-même, ouverte au monde et fraternelle" ( article 2 des statuts de "coup de soleil") et de la réalité du sentiment d'"une communauté de destin entre les peuples de la Médterranée   occidentale".

Retrouver ce "Maghreb des Livres" dans
 

http://www.coupdesoleil.net





  
Mardi 9 février 2010 2 09 /02 /2010 18:09

Par Gérard Bélorgey - Voir les commentaires
Ceci ira bien sûr dans ma rubrique "hors des clous "
CAR MËME SI L'ACTUALITÉ   L'INSPIRE C'EST UNE FICTION
JE CHERCHE CO-RÉDACTEURS COMPÉTENTS en PRODUCTION AUTOMOBILE, TÉLÉVISEURS & COSMÉTIQUES




 

TEMPÊTES SUR MARINUFOUND

Dans différents pays du monde une série d’accidents épouvantables frappent des voitures de tourisme,  tandis que des  écrans de TV implosent et que certains produits de beauté engendrent de graves maladies chez les utilisatrices.

Ce ne sont pas uniquement des véhicules de la même marque qui sont en cause, mais  le plus fréquemment impliqué des constructeurs, Yoko cars,  rappele des millions de voitures à travers le monde.

Les enquêtes indiquent que les causes des accidents pourraient aussi bien être dans des défaillances de la chaine de conception/production ( du bureau d’études aux montages et livraisons  en divers points de la planète), que dans des erreurs de vérification ou des malveillances pour motifs inconnus  subies par des clients. La diversité des facteurs d’origine est aussi le constat qui ressort des recherches sur les explosions répétées et meutrières d’écrans et sur les effets nocifs et graves de certains cosmétiques.

 

Les recherches sont à la fois conduites par les polices des pays intéressés et par les experts de la compagnie internationale d’assurance United Anglo Arabian Insurance Brothers  qui assure d’un côté Yoko cars, et par ailleurs d’une part  Kingsun le fabricant des télévisions présentant la majorité des cas d’implosions  ainsi que d’autre part Fuschi For Ever,  créant et distribuant les produits de beauté incriminés. En effet ces trois ensembles sont sous le contrôle majoritaire du même groupe financier d’ampleur mondiale Marinufound (dont le siège est à Amsterdam) encore que leurs valeurs respectives soient cotées séparement à Tokyo, Hong Kong et Paris.


Au vu des défaillances de leurs produits et des crises de confiance qui en résultent, partout leurs titres plongent, les capitalisations boursières s’établissant très en dessous des  valorisations que devraient normalement recevoir chacune de ces affaires, du fait de leurs données comptables ou des actions stratégiques et des résultats commerciaux  qui étaient les leurs avant ces tempêtes .


Sur un autre front, les policiers et les limiers de la compagnie britannique d’assurance font bien apparaître deux choses rendant difficiles toute incontestable conlusion.

 

D’un côté,  dans certains cas, on est  en face d’évidents actes locaux  de sabotage de voitures, de télevisions ainsi que d’empoisonnements de cosmétiques, sans que ces sabotages et empoisonnements portent uniquement sur les produits des trois firmes contrôlées par Marinufound (et lorsque les auteurs de ces actes  se font prendre, ils ne dévoilent pas de commanditaires ).

D’un autre côté on ne peut exclure de très sérieux dysfonctionnements de conception et de production. L’existence parallèle de nuisances délibérées conduit à s’interroger sur la question de savoir si ces dysfonctionnments n’ont pas été volontairement provoqués par des « infiltrés », des aigris  ou des « achetés » ayant voulu nuire aux entreprises considérées. On ne le saura jamais avec certitude tant d’autres causes sont possibles : recherche d’économies, erreurs techniques, tension des flux, systèmes de livraisons, etc...

Le résultat, lui,  tombe en moins d’un an. Pressé par ses partenaires et par des  banques qui sont aussi celles de ses concurrents, Marinufound  parvient à sauver et à conserver Fuschi For Ever pour laquelle se battent les salariés et les pouvoirs locaux, mais doit fermer ou délocaliser d’Europe du Nord en Europe de l’Est et en Asie  les derniers sites deKingsun, et surtout doit céder à prix dérisoire son fleuron japonais dont le titre s’est effondré. Les acquéreurs, de rudes concurrents dans l’automobile,   se préparent alors à dépecer Yoko , à substituer leurs marques à la sienne sur les marchés les meilleurs , en devant offrir  à quelques ingénieurs des postes clefs  et à des hommes de main des réseaux de concessionnaires comme prix de leur concours.


Ce récit de combats entre puissances économiques concurrentes n’hésitant pas sur les moyens à employer  mêle naturellement au déroulement de la loi de la jungle entre entreprises, le jeu des pouvoirs politiques et les passions des hommes, ce  qui achève de conférérer un caractère sans pitié à ces affrontements.

 




 
Lundi 8 février 2010 1 08 /02 /2010 16:15
- Publié dans : hors des clous
Par Gérard Bélorgey - Voir les commentaires

La crise serait finie. j'entends, le lis, je reçois de partout l'intox de l'establishment, mais je vois que si les bourses ne baissent plus, l'emploi lui continue à plonger .

Alors pourquoi?  Nombreux sont les analystes - y compris au PS - qui veulent ramener à trois explications (en fait conjoncturelles) la dépression : les contagions de la crise des subprimes, les abus bancaires, la mauvaise adéquation des réponses des états.


Tous les complices de la pensée unique refusent l'explication systémique : dans les pays avancés les effets dévastateurs sur la demande, sur l'investissement et sur le "business model",  du libre échange mondial .

 Et  des relèves politiques -  qui veulent se préparer mais qui seraient sans doute bien illusoires font appel à des personalités internationales surcotées dont les crédos sont social <démocratie + libéralisme international>, sans percevoir que c'est exactement l'équation élémentaire qui a mené l'Espagne "socialiste"  à la catastrophe économique et l'oblige à des régressions sociales bien plus importantes que celles mises en oeuvre ou envisagéees  chez nous ou même en Allemagne .


A la question de base sur les causes de notre situation, les états généraux de l'industrie dont ci après le sommaire du rapport d'étape ( à consulter in extenso sur le site de la documentation française)  de fin janvier donnent d’appréciables éléments de réponse

 

 

I. DIAGNOSTIC de l’industrie française

 

A – Les constats généraux

1. Le recul de l’emploi industriel

1.1 L’emploi dans l’industrie accuse une baisse régulière

1.2 La diminution de l’emploi industriel affecte tous les secteurs, y compris ceux bénéficiant d’une croissance de la valeur ajoutée

1.3 Peu de sous-secteurs se caractérisent par un duo vertueux de maintien des effectifs et de croissance de la valeur ajoutée

1.4 Paradoxalement, certains secteurs éprouvent des difficultés récurrentes de recrutement

 

2. Le recul de la position de l’industrie française

2.1 Un secteur manufacturier qui pèse moins dans la valeur ajoutée que dans la plupart des pays de l’Union européenne

2.2 La valeur ajoutée de l’industrie française a évolué moins favorablement que celle des autres pays de la zone euro depuis 2000 et que celle de l’économie française dans son ensemble

2.3 L’industrie française est en majorité largement ouverte sur l’international, élément de force et de vulnérabilité

2.4 La balance commerciale de l’industrie française se dégrade

2.5 Une situation qui contraste avec celle de l’Allemagne

2.6 Une situation qui se traduit par une perte de parts de marché de l’industrie française au niveau mondial mais aussi et surtout vis-à-vis de l’Allemagne et de la zone euro

2.7 Des marges dans l’industrie française plus faibles que dans les principaux pays de l’Union européenne

 

3. Une faible dynamique d’investissement et d’innovation

 

3.1 Une dynamique d’investissement globalement faible et hétérogène selon les secteurs

3.2 En lien avec les investissements, la productivité de l’industrie continue de croître mais l’hétérogénéité sectorielle est grandissante

3.3 L’effort de R&D dans les branches industrielles les plus intenses en R&D est comparativement plus important en France qu’en Allemagne

3.4 Mais la France accuse un retard notable en termes de dépenses totales de R&D rapportées au PIB du fait de la part importante des industries peu intenses en R&D dans son tissu industriel

3.5 La stagnation de l’effort en R&D privée en France réduit la capacité du pays à influer sur la définition des normes et standards au niveau mondial

3.6 La R&D de l’industrie manufacturière française est concentrée sur quelques secteurs

 

4. Les faiblesses rémanentes du tissu de grosses PME en France

4.1 Les PME représentent plus de 90 % des entreprises en France mais ne génèrent que 17 % des exportations

4.2 Un tissu de PME et d’entreprises de taille intermédiaire (ETI) nettement plus faible en France qu’en Allemagne et au Royaume-Uni

 

B – L’identification des principaux facteurs déterminant la situation de l’industrie française

 

1. Les facteurs favorables

1.1 Des grandes entreprises à rayonnement mondial et des savoir-faire reconnus

1.2 Des écosystèmes innovants de PME/ETI dans certains segments industriels

1.3 Une capacité relative d’attraction des investissements étrangers

1.4 Une qualité reconnue de la formation des ingénieurs et des scientifiques

1.5 Une bonne performance comparée en matière environnementale

1.6 Des dispositifs de soutien public qui attestent de l’intérêt soutenu des Pouvoirs publics et des collectivités territoriales pour l’industrie

1.7 Des infrastructures de qualité

 

2. Les facteurs pénalisants

2.1. Le constat d’une sensibilité plus forte qu’en Allemagne à la question des parités monétaires

2.2 Un prélèvement public sur les entreprises par rapport à la valeur ajoutée plus important que dans la plupart des pays comparables

2.3 Un avantage compétitif sur les coûts du travail dans l’industrie par rapport à l’Allemagne qui s’est effrité depuis 2000 et a disparu

2.4 Des difficultés spécifiques dans le domaine du financement

2.5 Des dispositifs de formation insuffisamment adaptés aux besoins des salariés et des entreprises

2.6 Une image dégradée de l’industrie et de ses métiers qui entraîne un déficit d’attractivité

2.7 Une culture de l’innovation et de la créativité insuffisamment développée

2.8 La croissance des entreprises encore trop peu encouragée et accompagnée

2.9 Des relations entre acteurs du monde de l’industrie et de la recherche insuffisamment structurées et pas assez orientées vers le bénéfice collectif

2.10 Les outils d’aides publiques à l’industrie sont nombreux mais manquent d’une lisibilité d’ensemble

 

C – Les spécificités par filière

 

1. Les biens intermédiaires, biens d’équipement et industries de l’environnement

2. Les biens de consommation (y compris agro-alimentaire)

3. Les industries de santé

4. Les industries des TIC

5. Les industries des matériels de transport

 

II. LES ENJEUX

 

A – Les défis majeurs auxquels les sociétés sont confrontées aujourd’hui appellent tous une réponse de l’industrie

1. Le défi démographique

2. Le défi du développement durable

3. Le défi de la mobilité

4. Le défi du progrès médical

5. Le défi de la société numérique

 

B –La réponse de l’industrie doit se faire en combinant toujours davantage l’innovation, la production et les services

1. Intégrer davantage l’enjeu de l’accélération de l’innovation technologique et celui de l’extension du concept d’innovation

- Se fixer pour objectif d’atteindre un effort de R&D comparable à celui des grands pays qui comptent en ce domaine (Allemagne, Suède, Finlande, Etats-Unis, Japon, Corée) et créer les conditions d'un dialogue structuré entre la recherche publique et la recherche privée pour utiliser au mieux le potentiel de chacune

- Etre en capacité d’anticiper, de détecter ou mieux encore d’inventer des innovations de rupture

- Intégrer l’innovation dans toutes ses dimensions : technologie, management, process, design, marketing

- Raccourcir les délais entre la R&D et l’industrialisation

- Mettre à profit les TIC pour améliorer la productivité et la compétitivité des entreprises, notamment dans les PME

- Favoriser la mise en place dans les entreprises d’un véritable management de l’innovation ; organiser un recensement et une diffusion des meilleures pratiques en ce domaine, notamment au sein des PME

- Identifier de nouvelles pistes financières pour favoriser l’innovation dans l’industrie

 

2. Satisfaire les attentes des consommateurs et répondre aux interrogations de la société

- Développer au sein des entreprises la connaissance et la compréhension des tendances mondiales, des spécificités des marchés régionaux et des évolutions des attentes des consommateurs

- Répondre de façon transparente aux questions de la société

- Prendre en compte les enjeux sanitaires, sécuritaires et environnementaux

- Identifier de nouvelles pistes pour encourager les entreprises à investir davantage dans l’éco-conception et l’éco-production

 

3. Structurer des écosystèmes plus solidaires dans le cadre d’une politique de filières

- Travailler à l’identification des filières les plus porteuses pour asseoir au besoin une spécialisation industrielle plus performante

 

- Favoriser de façon générale, en matière de projets industriels ou de R&D, le raisonnement en filières, en écosystème, en projet industriel multi-partenarial au niveau international, national ou territorial

 

- Structurer dans ce cadre une démarche de montée en gamme de la production française

 

- Mettre en place les enceintes de dialogue nécessaires pour permettre la définition de visions stratégiques partagées entre tous les partenaires d’une même filière et la mise en place d’actions partenariales visant le bénéfice collectif

 

C –Un environnement plus favorable à la compétitivité de l’industrie française doit être mis en place

- Assurer une meilleure stabilité de l’environnement réglementaire des entreprises, une visibilité sur les évolutions prévisibles de cet environnement et leur donner des délais d’adaptation suffisants ; repérer et mettre en place tous les mécanismes de simplification administrative possibles

- Inscrire les évolutions du coût du travail en France dans une perspective de compétitivité

- Identifier les mesures les plus favorables au renforcement du tissu d’ETI en France par exemple par la fiscalité ou l'amélioration des règles de transmission

- Améliorer les systèmes de formation, en particulier dans l’enseignement technique, pour mieux répondre simultanément aux attentes des salariés et aux besoins de l’industrie

- Engager des campagnes publiques pour améliorer l’image de l’industrie et renforcer son attractivité auprès des jeunes

- Renforcer la présence de la France et de ses industries sur les chantiers internationaux des standards et de normalisation, en encourageant et facilitant la participation des entreprises à ces travaux par tous les moyens possibles, y compris financiers

- Evaluer les dispositifs d’aides publiques à l’industrie existants pour s’assurer qu’ils s’inscrivent pleinement dans la stratégie nationale pour l’industrie et les adapter en tant que de besoin ; rendre les modalités d'accès à ces dispositifs plus simples, par exemple par la mise en place d'un guichet unique

- Amplifier les actions de soutien aux entreprises à l’export

- Assurer une défense plus efficace de la propriété industrielle et une lutte renforcée contre la contrefaçon

- Encourager les relocalisations par la valorisation des atouts « France » et par l’identification et la mise en œuvre d’actions incitatives nouvelles

 

D – La mobilisation et l’engagement de tous les acteurs autour de l’objectif de la reconquête industrielle doivent être recherchés



Les reprises par les médias sont nombreuses.  On citera tout particulièrement celle de "Alternatives Économiques"  de février et le dossier de "l'Humanité" du 28 janvier. Cet effondrement industriel français  est la première explication de notre mauvais emploi mais  cet effondrement n'a-t--il lui même comme cause dominante l'impossiibilité actuelle de notre industrie, du moins de celle qui est "exposée - à faire face à la compétitivité des pays à bas coût de revient.?

 C'est bien ce qui ressort entre les lignes de ce que disent les chefs d'entreprise eux-mêmes: l' abence d'une protection raisonnable  de l'industrie ( cf. ci après ce que je souligne dans la déclaration de Yvon Jacob, ) et/ ou  l'excès de nos coûts collectifs  ( les impôts) et sociaux ( les rémunérations et charges) et les dépenses d'énergies en dialogues infructueux  ( cf. extraits de l'article de l'entretien Gallois/Humanité) se conjuguent pour nous pénaliser .

 

Entretien avec Yvon Jacob, président du Groupe des Fédérations Industrielles

In Alternatives Économiques Février 2010

 

Pour restaurer la compétitivité de l'industrie française, faut-il aider en priorité certains secteurs ?

Il peut y avoir de grands projets dans certains secteurs, pour lesquels l'inves-tissement public est indispensable. Mais c'est l'industrie dans son ensemble qui doit être soutenue, parce que tous les secteurs sont fortement interdépendants.

Par exemple, parmi les clients de la mécanique, on trouve l'automobile, l'aéronautique, le ferroviaire et le nucléaire. Ou la chimie, dont toute la production passe par des équipements mécaniques : tuyauterie, vannes, chaudronnerie, etc. Arevane pourrait pas construire de réacteur nucléaire en France ni en vendre à l’étranger si elle n'avait à son service une multitude de sous-traitants très spécialisés. Areva n'est qu'un concepteur-assembleur,comme les deux constructeurs automobiles français : il y a trois fois plus de valeur ajoutée et d'emplois chez les fournisseurs de Renault et PSA que chez eux. Ces grands groupes ne pourraient plus se développer en France s'il n'y avait plus ces compétences en amont. Ils seraient obligés d'aller les chercher à l'étranger. Et à terme, la logique serait de s'installer là où sont ses fournisseurs.

 

Cette politique peut-elle être efficace sans action au plan européen?

L'Europe se veut un modèle au plan du libre-échange, de la lutte contre les émissions de CO2 comme de la qualité des produits. Mais une fois qu'elle a mis en place des réglementations comme le dispositif Reach d'enregistrement et de contrôle des produits chimiques, elle se désintéresse du problème concurrentiel vis-à-vis du reste du monde. Elle exige des industriels européens qu'ils respectent ces normes, qui représentent un coût supplémentaire pour eux, mais un industriel chinois peut quant à lui se contenter d'apposer le label CE sur ses produits et les faire entrer sur le territoire européen sans aucun contrôle.

Il faut que les Etats membres exigent de l'Union européenne qu'elle mette en place ces contrôles pour les produits en provenance de l'extérieur de l'Europe et qu'elle fasse respecter ses normes dans les discussions commerciales à l'Organisation mondiale du commerce (OMC)

Enfin, il faudra traiter un jour le problème de la parité de change entre l'euro et les autres monnaies de la zone dollar. Cela ne sert à rien de se battre pour améliorer la productivité de 5 % si, dans le même temps, l'euro voit sa valeur augmenter de 50 %,comme c'est le cas depuis huit ans. Certaines industries européennes sont menacées de disparition par l'euro fort.

 

Qu'attendez-vous des Etats généraux de l'industrie ?

En premier lieu, un diagnostic sur les causes de la perte de compétitivité de l’indusirie française, et la reconnaissance du rôle primordial qu'elle joue dans l'économie. Les politiques publiques qui se sont succédé en France depuis le débutdes années 1990 ont eu pour résultat d'ouvrirle pays sans restriction à la concurrence internationale. Sans qu'aucune conclusion n'en ait été tirée afin de placer l'industrie française dans les meilleures conditions pour affronter cette concurrence.

 

Propos recueillis par M. Ch.


 

 

 

Entretien Louis Gallois/Humanité


Vous ne concevez pas l'Europe sans usines. Pourtant, les grands groupes européens délocalisent.

Louis GALLOIS. Je ne crois pas que l'on puisse construire une Europe autonome avec une réelle capacité de décision sans industries et sans usines. Il n'est pas possible de se replier sur les services ou uniquement sur les bureaux d'études. Aucun continent ne peut considérer qu'il joue un rôle mondial s'il n'assure pas sa capacité industrielle.......Les pays émergents vont s'attaquer à tous les créneaux, y compris ceux de  haute technologie. Tant que ces pays n'auront pas atteint notre niveau de développement, ils produiront moins cher que  nous. Notre force, c'est laqualité de nos produits et des services qui les accompagnent, et l'innovation, pour être toujours un pas (ou deux) en avance sur les autres. Pour cela, l'effort de recherche et développement dans les hautes technologies est décisif.

Nous avons, bien sûr, également besoin d'un environnement qui soutienne l'industrie par plusieurs leviers. Certainement, une politique monétaire qui ne handicape pas les industries en Europe. Une politique industrielle qui devienne une vraie priorité en France et en Europe. Pour être tout à fait franc, je ne sens pas encore cette volonté au niveau européen.....

Et en France?

Louis GALLOIS. Des outils ont montré leur efficacité : les grands programmes de typeAriane ou Airbus, les agences de financement Oseo, le FSI -, le   'crédit impôt recherche ou les pôles-dé compétitivité. Il y a la base  d'une politique industrielle, et le gouvernement a pris des initiatives qui peuvent créer une dynamique ...Cela dit, il faut aussi assurer la compétitivité des entreprises : je n'ai jamais été un adepte des 35 heures. Je ne dis pas du tout que l'on paye trop les gens en France et je sais que la productivité horaire est forte. Mais il y a un problème global de durée du travail sur la vie professionnelle...... C'est une vraie contrainte pour la croissance et pour l'industrie.

N'est-il pas pourtant devenu urgent d'investir en direction des personnels, des emplois, des formations et des qualifications?

Louïs GALLOIS. J'évoquerai un premier problème...Cela me navre de voir de plus en plus de diplômés des écoles d'ingénieurs choisir la finance et les banques.... Il faut réhabiliter (enfin !) enseignement technique et professionnel Mais, plus largement, je pense, le renouveau industriel de notre pays doit s'appuyer sur une nouvelle « dynamique sociale ».Est-on capable de demanderles efforts que nécessite une compétition mondiale farouche et dans le même temps, discuter avec les salariés et leurs représentants sur la flexi-sécurité ou sécurité professionnelle, sur la penibilité du travail, sur la formation, sur le partage de la valeur ajoutée ou sur la capacité d’intervention des personnels dans les entreprises ? C'est aux partenaires sociaux de trouver ensemble les conditions d'une dynamique industrielle et sociale . Le pays en a besoin!

 

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR ILDE MATHIEU ET ALAIN RAYNAL

 




Mais, alors qu'il est vrai que les entreprises soumises  à une farouche  concurrence mondiale, ne peuvent avoir une autre position que de rechercher tous les allégements possibles de coûts de production, on ne  pourra méconnaître toujours plus loin  les besoins collectifs que nourrissent les impôts et  le respect des standarts sociaux occidentaux.

D'autant que les politiques conduites en faveur des entreprises et des plus aisés des acteurs économiques en tant qu'on y voit des porteurs d'investissement ne sont pas sélectives : elles ne font pas la distinction entre les activités exposées aux concurrences internationales qu'il est légitime de soutenir et l'ensemble des entreprises et des détenteurs de revenus et patrimoines  appréciables. Ce qui est vital pour qui opère dans les secteurs "exposés" est effet d'aubaine pour les autres quand les mêmes allégements ou les mêmes privilèges fisccaux s'appliquent à tous. C''est ainsi, par exemple,  que la suppression de la Taxe professionnelle - encore qu'il est sans doute erronné d'y voir une cause majeure de délocalisations ou de non localisation en France  - peut se justifier pour certaines catégories  d'entreprises et constitue un "cadeau" pour d'autres, comme la baisse de la tva en restauration, tant il est vrai que ce n'est pas ce taux de  tva qui commande l'attractivité touristique de la France, et que nos efforts budgétaires et  "dépenses fiscales" devraient être focalisés au bénéfice  des  secteurs exposés ( ce qui s'obtient mieux par des exonérations ou dégrèvements ciblés que par des mesures générales d'allégement  fiscal).

Mais moins d'impôts, moins de services publics ,  des restrictions salariales et  la rigueur sociale sont les versets de la bible élémentaire des politiques libérales  bible dans laquelle il y a une part de vérité et une part d'excès. La première est qu'il faut se garder de trouver remède à tous les problèmes dans la dépense publique ( comme il est bien aisé de le faire quand on est dans l'opposition) et qu'il faut bien veiller tout au contraire à comprimer ( mais avec discernement) celle-ci  pour réduire la dette. La part d'excès ( comme on peut y être porté par clientèlisme quand on est au pouvoir) est d'appliquer sans sélectivité  une stratégie en faveur de toutes les entreprises et de tous les mieux nantis    D'ailleurs le modèle dit "allemand" n'offre en réalité
qu'un exemple de  rémission parce  que malgré des particularités industrielles qui l'ont ménagé  notre voisin subit avec décalage les mêmes phénomènes que nous ccnnaissons ; la perspective sans une certaine dose de protection commerciale  de pertes de positions économiques, de rigueur sociale amplifiée obligatoire et de l'entrée des pays du noyau européen sous le contrôle politique de fait des plus puissants des Émergents. Nous n'allons pas à un monde multipolaire, mais , au delà, à l'asservissement  de nos sociétés et de nos héritiers   par des puissances étrangères dont les patriotes contrôlent les multinationales . Le soin que l'on prend déjà à ne pas contrarier par exemple la Chine ou les Émirats témoigne de l'installation de  notre dépendance.
 

Il ne s’agit pas ici  ni de faire le procès de ceux qui ont la responsabilité des affaires, ni la critique des postures de l’opposition, mais de revenir à la question fondamentale qui  relève autant d’une analyse de généraliste que de compétences d‘économiste, tant il est vrai que la consultation des travaux de ceux-ci, malgré l'interpellation en cours pour contester l'uniformité de leur formatage mental, fait apparaître que leur référence logique au marché occulte chez la plupart d'entre eux le concept de nation.

Cette question fondamentale est simple : elle  est de savoir comment gérer le défi de la compétitivité des ÉMERGENTS : par leurs low costs, ceux-ci conduisent les pays occidentaux avancés aux pertes de positions, de marchés et d’emplois que l’on sait  ( et personne aujourd’hui ne saurait honnêtement le nier , une compensation étant au mieux trouvée dans le bénéfice financier qu'en contre-partie les économies ocidentales  peuvent, au profit de leurs privilégés, tirer de ce système-monde )


  Pour faire face à ce défi et à nos besoins d'emplois il y a ,  certes en simplifiant  beaucoup, deux approches

- celle qui consiste à chercher à être compétitifs par les prix ( car les progrès en qualité des Émergents font que seuls les prix sont décisifs, l'indispensable innovation occidentale étant très vite rattrapée par des facultés  considérables d'innovation des nouvelles puissances)  non seulement à leur égard, mais relativement aussi envers des pays comparables au nôtre; 

- celle qui consisterait à se protéger contre les low costs  en combinant  une forme ou une autre de droits ( voire de contingents) d’entré et de contrôle,  et un soutien par les finances publiques (et donc par l'ensemble des contribuables) en faveur des activités situées ou s'implantant dans un  périmère de notre intérêt politique et social , c'est à dire sur le territoire national ( au premier chef aussi longtemps que c'est dans ce périmètre qu'a lieu le choix des gouvernants)  ou dans un espace européen homogène et dont les composantes resteraient clairement en synergie, en même temps que la dévolution du pouvoir politique  pourrait s'y effectuer "at large" de manière de plus en plus démocratique  à un échelon supra national mais culturellement  cohérent. 


La première voie est la voie politique libérale et, un peu tempérée par des précautions sociales, la voie sociale démocrate. Cette variante est à l'aise dans les postures  critiques d'opposition , parce que ses  clefs sont  la compassion pour les victimes, la concommation populaire comme levier économique revendiqué, la recherche et l'innovation comme horizon stratégique. Mais cette variante si elle vient aux affaires débouche inéluctablement sur des contradictions : ses vertueuses politiques sociales entrant en conflit avec l'impératif de compression des coûts qui restera dominant aussi longtemps qu'il n'est pas tempéré par une part de protection négociée avec nos partenaires de manière  à nous garantir des marchés et donc des emplois   ainsi que  des ressources fiscales  pour les services publics et des facultés de prélévement assouplies pour les besoins des régimes de couverture des risques . 

 

C'est la seconde voie - aujourd'hui taboue- qui serait autant que la première une impasse si elle n'était judicieusement conduite et bien pondérée. Il n'est de salut que dans le dosage.  Mais les libéraux, soutenus et  tenus  de surcroît par les principes d'ouverture commerciale de l'UE n'y sont guère prêts sauf peut-être pour des cas particuliers comme pour une taxe carbone aux frontières. Et les courants  "de gauche"  ne conditionnent jamais aujourd'hui leurs programmes consuméristes et sociaux à la mise en place de leur condition minimale de faisabilité : ces  parts  de protection - qui sont à étudier et rechercher de manière très habile et ciselée - sans lesquelles nous sommes voués aux compétitions de la jungle ainsi qu'à la probabilité des décadences et de la soumision à d'autres intérêts que les nôtres     

 

 

Mercredi 3 février 2010 3 03 /02 /2010 14:27
- Publié dans : politique éco et emploi
Par Gérard Bélorgey - Voir les commentaires

Ce  27 janvier 2010, B. Guetta sur France Inter a réservé un sort éminent à la déclaration de  Ehud Barak, ministre de la Défense du gouvernement de coalition conduit par Benjamin Netanyahu :

 

"C’est un étonnant reflet des désarrois et interrogations d’Israël. Appelant, hier, devant un parterre universitaire, à une paix fondée sur la coexistence de deux Etats, le chef du parti travailliste israélien,, a estimé que « tout autre situation, et non pas une bombe iranienne ou tout autre menace extérieure, constituerait la menace la plus grave pour l’avenir d’Israël ».

On a bien entendu.... le plus sérieux des dangers pesant sur Israël n’est pas que l’Iran se dote de la bombe atomique, que le Hamas ou le Hezbollah dispose d’armes plus sophistiquées ou qu’une nouvelle guerre éclate avec le monde arabe. Non. Le plus grand des dangers, c’est que perdure « tout autre situation » que la coexistence avec un Etat palestinien dont la naissance serait, autrement dit, urgente.

 

Ehud Barak n’est pas le seul à penser en Israël. C’est parce que son parti était arrivé à cette conclusion dès le début des années 90, avant même que ne se développent les ambitions nucléaires de l’Iran, que la gauche israélienne avait signé, avec l’OLP de Yasser Arafat, les Accords d’Oslo, ceux qui auraient, en principe, du mener à cette solution à deux Etats. C’est parce qu’il avait fini par arriver à la même conclusion qu’Ariel Sharon, ancien partisan du Grand Israël, avait évacué Gaza et rompu avec le Likoud, son parti, pour fonder Kadima, nouvelle formation centriste et favorable aux deux Etats. C’est peut-être – c’est moins clair, on verra – pour cette même raison que l’actuel Premier ministre et héros de la droite, Benjamin Netanyahu, a accepté, en juin dernier, avec toutes les conditions imaginables, la création d’un Etat palestinien.

 

L’idée est aujourd’hui majoritaire parmi les Israéliens que, faute d’un Etat nation palestinien, Israël risque d’être confronté bientôt à un changement de stratégie des Palestiniens qui demanderaient à devenir citoyens israéliens, à disposer du droit de vote et pourraient ainsi, pacifiquement, par la démographie et la démocratie, prendre les commandes de ce qui avait été la Palestine du mandat britannique, aujourd’hui divisée."


J'ajoute personnellement  que c'est sans doute pour envisager de compenser un peu ce risque démographique et démocratique que  les autorités de l'État Hébreu cherhent à attirer le maximulm d'immigrants Juifs et du même coup poussent à une colonisation qui par un effet pervers nuit à "la bonne solution" des deux États ! (ce qui illustre parfaitement les contradictions d' Israël)

Quant à B. Guetta il cntinuait ainsi :

L’idée de  l’alternative est simple, l’Etat palestinien ou une victoire palestinienne par le nombre, est devenue dominante en Israël mais pourquoi Ehud Barak, un ministre - de la Défense qui plus est - l’a-t-il en quelque sorte officialisée ?

Il y a deux hypothèses possibles. La première est qu’il a voulu faire pression sur Benjamin Netanyahu, l’amener à ne plus tergiverser mais à vraiment bouger pour parer la « plus grave des menaces ».

Autrement plus fascinante, la seconde est qu’Ehud Barak saurait que des choses progressent dans l’ombre, qu’il a voulu pouvoir apparaître, a posteriori, comme l’un des artisans du mouvement et que sa déclaration était destinée à préparer l’opinion à la possibilité d’un tournant. On ne sait pas mais, dans l’une ou l’autre hypothèse, cette déclaration est importante.

 

 

C'est sur ce changement de concept quant aux voies de traitement du besoin de justice du peuple palestinien  qu'il y a un an sur ce site j'avais appelé  appelé l'attention dand les termes ci dessous:

L’hypothèse ..... que les massacres  de Gaza puissent être jugés par un tribunal international a été regardée comme invraisemblable par certains de mes lecteurs. Or depuis lors, au vu des suspicions d’emplois  d’armes démesurées et meurtrières (avec phosphore,  et aussi avec uranium appauvri ?), et au vu de la destruction d’une installation de l’ONU, c’est le secrétaire général de cette institution qui évoque un  tel type de plainte.

De la même façon que ce qui était hier considéré comme invraisemblable ne doit être exclu, il faut aller à une nouvelle hypothèse de réglement des drames de Palestine, hypothèse que beaucoup regarderont, bien sûr,  comme à contre courant de l'Histoire, mais qui serait peut-être  en fait la chance de l'Histoire. 

L’État hébreu s’est mis sur la sellette sous bien des collimateurs, au milieu de ses impasses . Il a conduit une offensive inspirée par la loi du talion à la puissance X et  construite sur une erreur  d’estimation militaire . En voulant détruire les combattants du Hamas, il  n’a pas vu à temps à quel point le bouclier humain  dont on  leur fait honte est automatique puisque ceux-ci  sont immergés dans un camp assiégé et que pour les détruire il faut quasiment taper dans le tas. Ce qui s’est pratiquement fait jusqu’à un point  levant l’indignation internationale  et a du, en conséquence,  être stoppé. Tel est l’échec de la stratégie d‘Israël. Tandis que l’on s’interroge par ailleurs sur celles qui peuvent ressortir des deux camps palestiniens dont la plus pertinente serait apparemment que ceux-ci  - également aujourd'hui dans leurs impasses - se rapprochent en un gouvernement d’union pour des renégociations.

Mais sur quelles bases? celles de deux États, l’un hébreu et l’autre palestinien, ce qui renouvellera  les occasions de conflits et résoudrait si difficilement les questions des territoires occupés, des populations déracinées, des moyens des uns et des autres.  N‘y a-t- il une totale  révision conceptuelle à imaginer un jour ? Ne devrait -on regarder les chances que pourrait avoir  un État multi culturel ? Un État - comme devraient l’être tous les États sérieux du monde -  sachant gérer, s’il le faut, par le fédéralisme,  des différences religieuses et ethniques , mais refusant d’avoir un  pays né de leurs  héritages,  éclaté entre entités coexistant mal. Un État abandonnant donc ces voies nées  à une autre époque, sous d'autres circonstances et s’engageant, au contraire,  dans une Histoire enfin tournée vers un avenir commun, libérée de  l’inégalité des conditions humaines,  du malheur des vaincus et du malaise de bien des occupants, hors  des passés  fantasmés des uns et des autres?"

Il y a un an environ une réflexion de cette nature ne recevait guère  chez nous du moins,  droit de  crédibilité,  mais les choses ont été vite .
Moustapha Barghouti qui dirige l"’Initiative Nationale Palestinienne", parti politique créé en 2002  préconisant l’action non-violente a développé dans le New York Times du 16 décembre 2009 que 

 « La fin de la solution à deux Etats ne pourra conduire qu’à une nouvelle lutte pour l’égalité des droits dans un seul État. Israël, qui fait le choix tragique de la suprématie plutôt que de l’intégration avec ses voisins palestiniens, aura provoqué ce nouveau combat en poussant sans relâche l’entreprise de colonisation. Nul ne peut dire qu’il n’aura pas été averti.  ( note GB : et c'est bien cet avertissement que vient de relèver E. Barak)  Au bout du compte, nous serons libres dans notre propre pays, que ce soit avec la solution de deux Etats ou dans un nouvel Etat unique. »

(sur  Moustapha Barghouti et son itinéraire cf."le Monde diplomatique", interview par I.Ramonet -

www.monde-diplomatique.fr/carnet/2008-05-09-Moustapha-Barghouti)

 

 

Jeudi 28 janvier 2010 4 28 /01 /2010 17:38
- Publié dans : société multiethnique
Par Gérard Bélorgey - Voir les commentaires
Ayant réalisé un dossier sur "le Rif, une guerre oubliée (1921/926)"  - qui constitue le cadre de départ de "La Course de printemps" -  j'en ai confié la publication à Actualité de l' l'Histoire en septembre 2009 ( N° 102 , avec un complément bibliographique dans le N° 103 ). C'est donc dans cette revue qu'on en trouvera l'intégralité, le présent article en produisant la présentation, des extraits, des repères, ainsi que des documents photograhiques qui y sont liés.

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                         carte




                              commentaire

I - LES ORIGINES

 

En 1909 l’Espagne essuie au « ravin du loup » puis aux portes de Melilla sur les rives de l’oued Kert  sous les coups de Mohamed Améziane (1) - qui soutient les dissidents attaquant la voie ferrée devant permettre l’exportation des minerais d’Ajouan (2) (concédés par le « roghi » Bouhmara(3) ) - de sanglants revers créant une violente contestation populaire ; elle est réprimée, tandis que près de 50 000 hommes supplémentaires  sont bientôt acheminés vers le Rif pour mettre un terme à la révolte. Alphonse XIII vient, en effet,  au delà des « presides » majeurs (Ceuta, depuis 1580;  Melilla depuis 1497),  d’engager l’occupation du croissant rifain qui lui a été ouvert par un jeu accords avec l’Angleterre et la France dès d’octobre 1904 (4).


LIRE LA SUITE DANS "ACTUALITÉ DE l'HISTOIRE" N° 102)

 

L’Espagne, pour sa part, hésitera longtemps devant le « guêpier » rifain que dénonce même celui qui sera le futur chef de gouvernement conduisant la guerre contre Abd el Krim, Primo de Rivera  qui préconise alors l’abandon au profit de la France de la zone d’influence et même un échange avec l’Angleterre entre Gibraltar et Ceuta. Ces hésitations sont telles que la France veut faire considérer que Madrid  ne remplit pas ses obligations internationales et propose en 1919 le rachat du Rif à l’Espagne.

 

En ce temps là,  Mohamed Abdelkrim El Khattabi , né en 1882 à Ajdir dans la tribu des Aït Ouriaghel de la région d'Al-Hoceima,  est le respectueux reflet de sa famille : son père qui est « cadi » cherche à concilier les intérêts locaux et le service incontournable de l’occupant ..... (LIRE LA SUITE, IDEM)

Revenant à Ajdir en 1919 et voyant mourir son père dans des conditions suspectes, il commence, avec son frère, à unir les tribus du Rif dans une idée de résistance que l’étincelle d’une provocation meurtrière du fringant général Sylvestre, va transformer en l’épopée rifaine. En effet alors qu’en 1920,  les Français comme les Espagnols s’implantent dans l’ouest ( les premiers sur Ouezzane, les autres, depuis Tétouan, sur le pays Djebala et sur la ville sainte de Chechaouen) le Rif central se révolte victorieusement.

 

II - LA GUERRE ET LA RÉPUBLIQUE DU RIF

 

 

L’histoire a retenu le nom de la victoire d’ Anoual en regroupant sous ce terme une série de journées (fin juillet 1921), de ruses, d’assauts et de massacres qui laissèrent un effroyable charnier  (quinze à vingt mille morts dont le général , suicidé ?), et aux rifains un butin considérable d’armements modernes et de ressources (les rançons des prisonniers qui pouvaient payer). ....... L’humiliation d’Anoual entraînera Primo de Rivera  à concrétiser ses idéaux militaristes, nationalistes et autoritaires en lançant avec succès un coup d'État le 13 septembre 1923 et le « tercio » (la légion espagnole)  formera le jeune officier Franco à être impitoyable.

Abd el Krim, alors,  ne se laisse pas aller ( pourquoi ?) à prendre Melilla, ce qui aura été, selon lui-même,  sa plus grande faute. Il a d’autres chantiers.

Le premier est d’entretenir un réseau de soutiens internationaux qu’il trouvera au cas par cas auprès d’hommes d’affaires ( comme son ami,  Daniel-Bourmancé de Port Say ) ou selon des lignes de clivage politique ; la gauche et particulièrement les partis communistes en Espagne, comme en France (où l’on voit même des révoltes de conscrits)  fait campagne, manifestations très dures  et débats parlementaires agressifs pour la paix dans le Rif, avec le soutien de Barbusse et des anarcho-surréalistes. John Aznell, journaliste anglais et militant socialiste, favorisera les liens sur Londres ( où en 1925 apparaîtra le « Rif comitee » dont le fondateur Gordon Canning devint le représentant international soutenant un plan de paix que Painlevé et Briand traitent par le mépris, tandis que Robert Gardiner (officier du service spécial de l’Amirauté britannique) fut plénipotentiaire du Rif, alors même que la Grande Bretagne lâchait  les rifains par peur des contagions dans son Empire.

 

Par l’envoi des délégations en France et ailleurs les insurgés cherchent à se faire reconnaître ; parfois reçus, ils n’obtiennent guère plus des autorités françaises, alors même que celles-ci apprécient l’homme qui a conduit  ce qui arrive à leurs rivaux hispaniques. Ils sont des pions du jeu de rivalités entre puissances européennes qui gouverne longtemps le cours des événements et l’intérêt réel qu’ils inspirent se manifeste plus clairement dans les pays colonisés d’Asie (Ho Chi Minh retient la leçon rifaine) et du Moyen-Orient, mais ils ne peuvent en recevoir que quelques modestes concours.

 

Au Maroc même, un tête à tête indirect a lieu quatre ans  durant  entre Abd el Krim et Lyautey qui correspondent parfois et dont les relations sont assurées par l’officier des Affaires Indigènes  Léon Gabrielli (qui a laissé des mémoires très précises). Le résident général ne peut admettre la menace et le risque de l’exemplarité qu’un État rifain ferait peser sur sa construction marocaine mais,  longtemps....  en fait il voudrait rallier et absorber la force que représente Abd el Krim,  comme il a réduit et employé d’autres chefs de guerre et il le verrait bien en gouverneur à la mode du Glaoui ( comme d’ailleurs les Espagnols qui y ont pensé un moment). 

 

Mais Abd el Krim est autre chose: la volonté de lier la construction d’une autorité politique, voire d’une nouvelle société à la réalisation d’une indépendance reconnue. ........

COMPLÉMENTS ET SUITE DANS LE N° 102 DE "ACTUALITÉ de l'HISTOIRE" 


L’émir cherche à combiner une obsession de modernité avec la  tradition de l’assemblée berbère .


Alors même qu’il ne voudrait pas la guerre avec la France, mais qu’il est prêt à la faire, ses conditions de paix resteront toujours fondamentalement les mêmes : la reconnaissance d’un territoire libéré des occupants ; une délimitation de ses frontières qui semblent, compte tenu de sa zone d’implantations, devoir déborder sensiblement vers l’ouest le noyau rifain et, vers le sud, la zone espagnole.   

 

C’est la seconde guerre du Rif dans une nouvelle conjoncture politique : à la chute du gouvernement Herriot en avril 1925, succèdent Painlevé et Briand ; le « cartel des  gauches » qui se fissure est en train de passer à des politiques plus droitières sur le terrain financier, comme sur le terrain marocain. Sur place, Abd el Krim se faisant- au vu des appréciations du journaliste anglais Walter Harris - des illusions sur la position des autres puissances reçoit Gabrielli en juin 1925  à Ajdir et confirme qu’il veut « la reconnaissance de l’indépendance du Rif et de claires limites des frontières » . Lyautey est donc dans une impasse  sur le plan diplomatique, comme il l’est sur le plan militaire, aussi longtemps qu’il n’a pas assez de renforts.

 

pétain


C’est Pétain qui, missionné par le président du conseil pour une tournée d’appréciation de la situation au Maroc, va les obtenir. Dans la foulée, en juillet, il fait nommer un commandant militaire ( le général Naudin qui reste un technicien ) et, surtout se fait désigner comme « chargé de la direction des opérations au Maroc ». Sur ses conseils – il a déjà vu à plusieurs reprises les autorités espagnoles - Paris, tout en prenant les formes, désavoue Lyautey pour sortir de la double ambiguïté de celui-ci vis à vis d’Abd el Krim et vis à vis des Espagnols. La politique va céder place à la stratégie. Deux plans de campagne sont en concurrence : celui du Résident qui vise à infliger une leçon à Abd el Krim pour l’obliger à négocier ; celui du «directeur des opérations » qui vise à écraser la sédition . ........ Lyautey part en octobre et est remplacé par  Théodore Steeg (8) qui aurait peut-être cherché à son tour un équilibre, mais que bouscule le nouveau commandant en chef soutenu par tous les lobbies coloniaux : il ne veut, lui,  ni cantonner, ni apprivoiser le rebelle, il veut le détruire à n’importe quel prix. Il n’a d’ailleurs que sympathie vis à vis de l’Espagne du dictateur Primo de Rivera avec lequel, sur la route du Maroc, il ira une nouvelle fois se concerter à Algésiras pour construire leur action commune : elle va comporter deux phases militaires séparées par une fausse négociation. 

 

La première phase militaire est l’offensive d’août septembre 1925. La France déploie 100 000 hommes de son armées régulière (tirailleurs, spahis, zouaves, largement constitués de troupes indigènes maghrébines et africaines ) et 400.000 supplétifs ( les goumiers qui sont des « réguliers » engagés volontaires auprès d’un officier et des « harkas » levées par le Sultan et par ses vassaux) ainsi que 16 escadrilles d’aviation. Elle appuie de sa flotte le  débarquement espagnol qui a lieu à El Hoceima en septembre et qui aboutit à la prise et au sac d’Ajdir ..... SUITE DANS "ACTUALITÉ DE L'HSTOIRE"

 

cercle tribal

 

L’hiver 25/26 tombe sur un corps expéditionnaire englué dans la boue et les maladies (typhus, paludisme, dysenterie)  encerclant  un rif bombardé, et affamé qu’a fini de mettre en état de siège l’embargo anglais et qui, n’ayant pas la qualité  de « belligérant »,  se voit refuser l’intervention de la Croix Rouge. Beaucoup de défections interviennent dans les rangs de la résistance. 12.000 familles du glacis qu’occupait Abd el Krim font soumission. Des expéditions punitives sont réciproques. Les officiers goum, comme de Bournazel (9), rétablissent des caïds déchus, mais d’autres, spécialistes des « affaires indigènes » restent à la recherche d’une sortie politique que Pétain veut naturellement empêcher .

 

C’est ainsi qu’a lieu en mai 1926 à Oujda une « négociation » solennelle - cette fois-ci triangulaire (avec les Espagnols) et largement de ce fait « mort née » - qui voit s’opposer des positions inconciliables. Si les représentants de l’émir accepteraient une forme de simple autonomie,  c’est aux conditions du retrait (sauf de Ceuta et Melilla )  des forces coloniales du Rif et des Djebala, de l’exil des chefs locaux qui ont combattu avec l’Espagne, d’indemnités de dommage de guerre et de rançons pour les prisonniers, tandis que les Puissances exigent la restitution de ceux-ci, l’éloignement d’Abd el Kim, le désarmement des tribus qui recevront « des garanties à préciser ».

 

Dès le lendemain de l’échec, la dernière offensive utilise plus de 600.000 hommes ( plus que la population totale du Rif) , des matériels considérables (dont ceux prêtés par la Grande Bretagne) et des centaines d'avions (dont ceux mis à disposition par l’Allemagne et l’Italie) avec pour objectif la réduction totale du réduit des rifains, tandis que les deux armées font course pour être celle qui va  prendre l’émir. A la barbe des Espagnols, ce sont le général Ibos et le colonel Corap (notamment assisté du lieutenant de vaisseau Robert Montagne (10), qui le 25 et le 26 vont négocier la reddition. Abd el Krim vient, dans une grande dignité, recevoir l’ « amman » à l’aube du 27 mai à Targuist.

 

Abd-el-krim-9

 

III –CARACTÈRES et LENDEMAINS de L’AFFAIRE DU RIF

 

 

Alors que la pacification est loin d’être faite (certains rifains poursuivront  des résistances et la réduction de la tache de Taza durera jusqu’en 1934), les photos (ci-contre)  de ce matin là sont les symboles de cette guerre  :

Abd-el-krim-2ces rustiques paysans berbères face aux représentants des états majors qu’ils ont tenu cinq ans en haleine ; ces partisans des uns ou des autres, ces goums et ces soldats indigènes : tant d’hommes de mêmes origines s’étant battus férocement les uns contre les autres; ces petites colonnes de prisonniers et de malades ;  et derrière eux tous,  ces djebels épuisés, gris de misère et de ruines ;  enfin ces taureaux égorgés en un sinistre sacrifice.

Abd-el-krim-5



Abd-el-krim-1

  

 

  Guerre qui fut  un lourd tribut pour tous: cruelle, souvent féodale et sans pitié, relevant d’un autre temps, mais dotée de moyens performants de destruction des combattants et des populations,   laissant beaucoup de morts, d’estropiés, d’incurables et de faméliques, de plus en plus « asymétrique »....... cf. "ACTUALITÉ DE L'HISTOIRE" N° 102

 

Cette guerre fut aussi « totale » : par les armes, par les blocus, par les propagandes, par l’importance que chaque camp donna à la communication. D’où le rôle qu’y prirent des visiteurs nombreux du Rif, et, comme commentateurs, comme conseillers, des journalistes du temps. D’où le rôle aussi de plus en plus marquée le long de son cours du thème nationaliste; Abd el Krim glisse de l’affirmation de l’identité rifaine à l’appel à la solidarité marocaine, à la recherche d’impulsions d’autres dissidences (dans l’Atlas, au Sud) et il est bien obligé de mobiliser - pour trouver les terrains spirituels communs, mais sans jamais prêcher une guerre sainte -  par les valeurs de l’Islam arabe......

 

La « médiatisation » de cette guerre  est, en fait,   à double tranchant. Elle apporte au Rif des soutiens - qui sont d’ailleurs plus des sympathies que des moyens concrets et  des leviers politiques  - mais elle engendre surtout l’appréhension que la révolution rifaine ne devienne exemplaire,  contamine les Empires, favorise le bolchevisme. C’est donc une guerre sous dépendance des jeux internationaux des grandes nations...........   Et c’est ce qui va liguer les puissances coloniales contre le Rif.

 

Ainsi la vieille rivalité franco-espagnole va se dénouer dans le sens d’une coalition de leurs droites militaristes bien que la France eut lorgné depuis longtemps sur le Maroc espagnol qui n’était guère occupé, et ait demandé, en 1919,  de le racheter, et  alors même que certains amoureux de notre Empire avaient peut-être encouragé les attaques rifaines contre les Espagnols en pensant qu'une fois ceux-ci défaits, la France étendrait son influence sur le Nord du Maroc. Lyautey lui-même n’a-t-il été tenté,  en ayant comme fer au feu l’hypothèse d’une communauté rifaine acceptant une forme de rattachement  à Rabat, par l’idée que si l’Espagne était poussée dehors, il y avait place pour la France à condition de s’entendre avec les rifains ? En  proposant de l’argent aux rifains pour attaquer le seul front français, ou lorsqu’elle tâtait l’émir pour une espèce de gouvernement pour son compte l’Espagne imaginait bien sans doute, pour sa part, qu’un grand Rif féodal puisse être son vassal. Entre les deux pays, longtemps la Grande Bretagne, l’oeil sur Gibraltar et Tanger, géra une instable balance ; mais les ondes du Rif en Syrie, Libye, Égypte la convainquirent qu’il fallait s’en tenir à la carte des accords internationaux de 1904/1912 dans laquelle un Rif autonome n’existe pas et que le plus expédient était de les faire respecter.  Elle va donc aider les belligérants européens....

 

Au delà, l’écrasement du Rif donne en Europe des portes, des moyens et des alliances au fascisme. C’est la gloire de Primo de Rivera, c’est l’adoubement de Franco, tandis que le Maroc espagnol sera le tremplin fournissant les « tercios » et les troupes « maures » qui combattront les républicains en employant les mêmes moyens répressifs et expéditifs qu’au Maroc ; le Rif fut aussi l’expérience de collaboration  avec des italiens et des allemands et la découverte en Pétain d’un homme fort qui partage sans limites les implications de l’anticommunisme. L’ordre du monde entre les deux guerres s’oppose autant à l’indépendance du Rif que l’ordre du monde quelque temps après la seconde guerre mondiale imposera des indépendances.  La réalité du temps c’est que l’Histoire n’était pas mûre, malgré le pugnacité des rifains, pour que puisse être reconnu  un état autochtone en Afrique du Nord.

 

Ce qui reste fascinant c’est que malgré ce destin  qui était écrit par le rapport de forces, cette guerre ait aussi été le ballet incessant des barouds et des pourparlers. Cela relève de son aspect médiéval, et berbère aussi ( le proverbe dit «  on se bat le jour et on discute la nuit »), comme d’une contagion du système Lyautey privilégiant la pénétration négociée sur la domination pure. Au pire des engagements, des bombardements, des règlements de comptes, les liaisons continuent, les émissaires passent et sont généralement respectés. De bout en bout,  on aura tué,  mais parlé. Pour faire l’un ou l’autre, bien des figures de la nomenklatura militaire française qui ont déjà un nom ou qui joueront un rôle ultérieur - en exprimant déjà, parfois des sensibilités bien différentes - apparaissent dans les horizons du Rif (11) . C’est l’imagerie de la guerre du Rif faite des photos de combattants comme de conciliabules ; elle diffuse dans l’opinion un goût pour les gloires comme pour les intrigues de l’Empire : pour son rôle « civilisateur » pour ses courages et ses paternalismes, pour, selon ce qu’il faut, son devoir de « sévérité » à l’égard des rebelles  comme de « mansuétude » à l’égard de ceux qui ont demandé l’ammam.

 

Le modèle de littérature de propagande coloniale est cet "Abdel Krim" écrit à chaud par un chaud partisan du Protectorat français

 

AEK bon plaisirLorsque l’affaire du Rif entre dans la légende coloniale...et anticolonialiste  (comme en témoignent toutes les publications passionnées des uns et des autres et, aujourd’hui, sur le net, la place qu’elle tient sur les blogs berbères), Abd el Krim entre, lui, dans l’exil de la Réunion. Il y vivra avec sa famille jusqu’à ce printemps 1947, où il germe dans l’esprit d’Erik Labonne, devenu Résident général au Maroc, de donner – on ne voit comment -  à l‘émir,  qui n’a cessé de demander la fin du bannissement,  un certain rôle politique au regard d’un Sultan du Maroc devenu nationaliste. C’est ainsi que le gouvernement  offre à l’émir de venir dans le midi de la France pour laquelle il s’embarque avec les siens en mai, sous une garde légère, sur un vieux navire le Katoomba. A l’escale de Port Saïd il est pressé par diverses personnalités nationalistes d’Afrique du Nord de rester au Caire, ce qu’il fera en prenant bientôt la présidence du comité de libération du Maghreb.

 « Je suis venu trop tôt » dira-t-il, mais il a continué assez longtemps (jusqu’à sa mort en 1963)  ses combats contre les colonisations pour voir reconnues, en Afrique du Nord, les trois indépendances. Ils les a souvent considérées de manière critique parce qu’elles n’étaient sans doute pas bien conformes aux valeurs de sa République du Rif. Malgré sa rencontre en Egypte avec Mohamed V,  il n’a jamais voulu revenir en terre maghrébine aussi longtemps qu’elle serait « souillée » par la présence de forces armées européennes.

 

D’ailleurs la guerre du Rif n’a cessé de peser un peu sur la monarchie chérifienne. Celle-ci en a connu des conséquences politiques enchevêtrées. La première, dès lors que le Trône était dans la dépendance des forces françaises, fut que le Maroc passa de plus en plus sous administration directe, au lieu et place de la méthode Lyautey de gouverner par la préservation de la tradition. Pour autant cette méthode, ayant eu pour effet de cultiver l’identité marocaine, passe parfois pour avoir contribué au nationalisme qui s’est fortifié en protestant contre la dépossession des pouvoirs chérifiens.

En même temps la prise en compte  - certains disent l’exploitation -  du « fait berbère », pour tenir compte de revendications comme celle du Rif et pour récompenser les « grands caïds » de cette appartenance qui avaient servi contre les dissidences,  a conduit la France à confier à ces notables des importantes responsabilités et bénéfices d’administration. En outre « le dahir berbère » de 1930 est passé pour une opération contre le Maghzen arabe : il soustrait alors largement les populations « de coutume berbère» à la justice caïdale en transférant la charge des instructions à des autorités coutumières et à des juridictions spéciales d’appel, ce qui soulève des tollés. Enfin, en 1953 c’est en mobilisant pour ben Arafa un certain nombre de chefs locaux (330 notables signant la pétition,  dont d’importants  caïds berbères tel que le Glaoui) que la France avait déposé le Sultan; mais cette division fit long feu puisque, après des troubles meurtriers,  Mohammed V revint sur le trône avec un très large appui et les ralliements mêmes de ceux qui avaient un moment joué contre lui, tandis que l’Armée de Libération du Maroc avait trouvés de  fortes racines, en pays berbère, dans le Rif et l’Atlas. Loin de jouer contre l’accès à l’indépendance, le monde berbère marocain, dans l’axe des rifains,  a milité pour elle et a contribué à la construire. Ainsi, parmi les 13 caïds qui s’étaient élevés contre la déposition du Sultan et démis de leurs fonctions, il y avait-il, l’un et l’autre, anciens officiers de l’armée française, le pacha de Sefrou, Si Bekkaï, (qui fut le premier chef de gouvernement du Sultan restauré) et le pacha d’Oulmès, Majouhbi Aherdane (qui devint le leader du Mouvement des Forces Populaires, force politique voulant représenter une identité traditionnelle du Maroc)(12).

Pour autant le nouveau Maroc indépendant n’a pas été sans connaître de graves difficultés avec le Rif. Alors que Majouhbi Aherdane entendait bien, au regard de l’approche de l’Istiqlal, qu’il y ait une meilleure prise en compte des singularités de pays comme le Rif, l’apparition en 1958 d’une très grave crise entre le Rif et le Trône aboutit à des opérations militaires faisant quelque 7 à 8.000 morts. La participation à divers gouvernements chérifiens de ce Mouvement populaire (qui se transforme  à plusieurs reprises) n’empêche pas la poursuite d’un profond malaise  - irrédentisme local ?  pouvoir trop distant ? - traduisant surtout, avec les émeutes de la misère de 1980, les difficultés d’une zone montagneuse déshéritée qui - à deux pas aujourd’hui des sites touristiques de la côte - a surtout trouvé ses ressources dans l’émigration, dans l’engagement militaire et dans la culture du kif.

 

Devant ces défis et au regard du poids de l’héritage berbère dans le creuset marocain (cf. encadré) le pouvoir chérifien s’est bien engagé dans une reconnaissance de cette identité. Le Maroc honore aussi de plus en plus la mémoire d’Abd el Krim dont le fantôme pèse toujours sur la monarchie qui le respecte,  mais qui n’a guère bien accueilli ses points de vue, ses  conseils, son frère.... : voir l’enquête du très indépendant magazine marocain  « TEL QUEL »  (14 AU 20 FÉVRIER 2009).

 

ALLEZ sur http://www.telquel-online.com/383/index_383.shtml LE TÉLÉCHARGER POUR ÊTRE ENCORE MIEUX DOCUMENTÉS ET Y TROUVER DES PHOTOS QUE JE N'AI PAS PU TRANSPOSER

 

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(1)Améziane est célébré comme un mythe marocain et berbère.

(2)C’est le principal intérêt économique ibérique qui  relève d’une société appartenant à un  homme politique espagnol, le comte de Romanonès (plusieurs fois ministre et chef de gouvernement (notamment en 1912-1913 où il négocia avec la France les protectorats sur le Maroc).

(3)Bou Hamara (l'homme à l'ânesse) se présentant en pieux descendant des Alaouites, s’était fait proclamer chérif de Taza ;  prétendant au trône et maître de la région pendant sept ans, il vend des concessions aux Espagnols ; capturé, il est abominablement exécuté  en 1909 par le sultan Moulay Hafid.

(4)Cf. « Les origines diplomatiques du "Maroc espagnol » (1880-1912), Henry Marchat, Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, Année 1970, Volume 7,  et du même auteur « La France et l'Espagne au Maroc pendant la période du Protectorat (1912-1956) », in même revue, Année 1971, Volume 10.

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(8) Gouverneur de l'Algérie de 1921 à 25  résident général au Maroc jusqu’en 29 ; président du conseil en 1930.

(9)L’homme à la « baraka » légendaire, combattant en burnous rouge, tué à Rissani en 1933.

(10)spécialiste, déjà,  du renseignement et de l’action psychologique  qui deviendra un auteur réputé sur le Maghreb.

(11)Mangin, Giraud,  Catroux,  Franchet d'Espérey,  Juin, Rondot, de Lattre,  Billotte, de la Rocque, Beauffre, Noguès, etc.


croixfontaine3.jpg(12)  on les voit, dans les photos ci contre, fin 1954 ou  début 1955,

à une réunion de concertation pour le Maroc avec

l’historien Charles André Julien et le député socialiste

  Robert Verdier.

           croixfontaine-1.jpgcercle-fr-Maghreb-54--Verd-.jpg



Lundi 25 janvier 2010 1 25 /01 /2010 17:04
- Publié dans : histoire et societe
Par Gérard Bélorgey - Voir les commentaires
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